vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401071 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3P |
| Avocat requérant | CASTOR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2024, et un mémoire en production de pièces enregistré le même jour, Mme D A, représentée par Me Castor, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers l'Espagne ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation au titre de l'asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 (alinéa 2) de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme A soutient que l'arrêté attaqué :
- a été pris par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivé ;
- méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- méconnaît les articles 7 et 9 du règlement (UE) n° 604/2013 et est entaché d'erreur de droit à ce titre ;
- a été pris sans examen de sa situation personnelle ;
- méconnaît le 1 de l'article 16 et l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 ;
- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 25 mars 2024, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Derbali substituant Me Castor pour Mme A, et de Mme A, assistée de Mme B, interprète en arabe, qui reprend les conclusions et moyens de sa requête, le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application des dispositions des articles R. 777-3-6 et R.776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, de nationalité marocaine, demande l'annulation de l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers l'Espagne.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de Mme A à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions en annulation :
3. En premier lieu, la décision en litige a été prise par M. E C qui disposait, en qualité de directeur des migrations et de l'intégration, d'une délégation de signature par arrêté n° 23-109 du 18 décembre 2023 du préfet de la Seine-Maritime régulièrement publié le 22 décembre 2023 au recueil des actes administratifs n° 76-2023-191 de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée, notamment l'identification de Mme A comme titulaire d'un visa délivré par l'Espagne et l'accord explicite de ce pays pour sa prise en charge sur le fondement du 2 de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013. Elle permettait donc à l'intéressée de discuter des fondements de son transfert et est suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été mise en possession, le 29 septembre 2023, du guide du demandeur d'asile, de la brochure A et de la brochure B rédigées en langue arabe que l'intéressée ne conteste pas comprendre et dont elle a signé sans réserve les pages de couverture. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 doit donc être écarté.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'il a été procédé, le 29 septembre 2023, conformément à l'article 5 du règlement européen n° 604/2013, à un entretien entre l'intéressée et, comme en atteste le tampon de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime et celui de son directeur, apposés sur son résumé, un agent de la préfecture affecté au service des étrangers, soumis aux obligations d'obéissance hiérarchique, de discrétion professionnelle, de moralité, de probité et de neutralité, donc qualifié, avec l'assistance d'un interprète par téléphone en langue arabe que la requérante ne conteste pas comprendre. Mme A a pu, au cours de cet entretien, faire état de sa situation personnelle. Il n'est donc pas établi que les exigences de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 n'auraient pas été respectées.
7. En cinquième lieu, en application de l'article 2 du règlement (UE) n° 604/2013, les " membres de la famille " au sens de ce règlement ne comprennent pas la fratrie des demandeurs d'asile. Par suite, en ne faisant pas application de l'article 9 de ce règlement, qui concerne le cas où un " membre de la famille du demandeur " a été admis au séjour en qualité de bénéficiaire d'une protection internationale, à la situation de Mme A dont la sœur a été admise au séjour en qualité de réfugiée, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les articles 7 et 9 du règlement (UE) n° 604/2013 ni commis d'erreur de droit.
8. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle et familiale de Mme A n'aurait pas fait l'objet d'un examen approfondi avant l'édiction de l'arrêté en litige.
9. En septième lieu, aux termes du 1 de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 : " Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. "
10. Si Mme A est présente en France avec ses trois enfants mineurs, dont le plus jeune est âgé de trois ans, elle a bénéficié des conditions matérielles d'accueil et ne peut être regardée comme dépendante de l'assistance de sa sœur, avec laquelle elle n'établit au demeurant pas de lien avant son arrivée en France en septembre 2023. Elle ne peut donc pas utilement invoquer les dispositions du 1 de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013.
11. En dernier lieu, si Mme A produit des photographies et des attestations de nature à établir qu'elle entretient désormais des liens avec une femme portant le même nom, qu'elle présente comme sa sœur résidant légalement en France en qualité de réfugiée, l'intensité et l'ancienneté de ces liens n'est pas suffisamment établie dès lors qu'aucune preuve n'est produite attestant des liens qu'aurait entretenu l'intéressée quand elle résidait dans son pays d'origine avec sa sœur, qui réside en France depuis au-moins 2019 et dont la requérante ne connaissait, lors de son entretien individuel, ni la date de naissance exacte ni l'adresse, alors qu'elle affirme avoir été hébergée par elle lors de son arrivée sur le territoire national et alors que Mme A, qui ne parle pas français, est entrée sur le territoire des Etats parties à l'accord de Schengen en demandant un visa à l'Espagne et sans même demander un visa à la France. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Espagne, qui a explicitement accepté la prise en charge de Mme A, ne serait pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à ses droits et de garantir la préservation de l'unité de sa famille, l'intéressée étant accompagnée de ses trois enfants mineurs âgés de 12, 9 et 3 ans. Si Mme A a déclaré lors de son entretien souffrir de problèmes psychologiques, elle ne l'établit par aucune pièce médicale et ne démontre pas que le suivi pédopsychologique dont son enfant de trois ans pourrait avoir besoin ne pourrait pas être pris en charge en Espagne ni que son transfert vers ce pays entraînerait, par lui-même, un risque réel d'une aggravation significative et irrémédiable de son état de santé. Si elle déclare à l'audience que sa cadette a également besoin d'une prise en charge, aucune pièce médicale n'en atteste. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers l'Espagne. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Anna-Laurine Castor et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
La magistrate désignée,
Signé
H. JEANMOUGINLa greffière,
Signé
C. DUPONT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. DUPONT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026