jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401336 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | GRAVELOTTE BERENGERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 avril 2024, M. E B, incarcéré à la maison d'arrêt d'Evreux, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Il soutient qu'il a sa vie privée et familiale en France et qu'il ne peut pas retourner en Algérie en raison de problèmes familiaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Cazcarra, première conseillère, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cazcarra, magistrate désignée ;
- les observations de Me Gravelotte, avocate désignée d'office pour M. B, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête. Me Gravelotte sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Elle ajoute par ailleurs les moyens suivants, communs à l'ensemble des décisions attaquées :
o les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;
o elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
o elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
o elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
o la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée l'obligation de quitter le territoire français ;
o l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant algérien né le 25 juillet 1991, également connu sous l'alias Mohamed Razi né le 25 juin 1991, déclare être entré en France au cours de l'année 2019. Le 12 décembre 2021, M. B a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, prises par la préfète du Val-de-Marne. Le 12 août 2022, le préfet de l'Eure l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Le 25 décembre 2023, M. B a été écroué à la maison d'arrêt d'Evreux. A l'approche de sa levée d'écrou, le préfet de l'Eure a pris un arrêté, le 3 avril 2024, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 3 avril 2024.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
3. Par un arrêté n° DCAT-SJIPE-2023-10 du 4 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Eure le 5 mai 2023, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du département a donné délégation à M. D C, chef du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer l'ensemble des décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision portant à l'encontre de M. B obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, il ressort tant des termes mêmes de l'arrêté attaqué que des éléments préparatoires à celui-ci qu'il a été pris à l'issue d'un examen de la situation particulière du requérant.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
7. M. B, qui soutient être entré sur le territoire français en août 2020, ne justifie pas d'une durée de présence significative. Il se prévaut de sa relation avec Mme A ainsi que de la présence en France d'oncles et de cousins. Toutefois, M. B n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations alors que le préfet établit que M. B n'a reçu aucune visite et n'a eu aucun contact téléphonique durant son incarcération. Enfin, M. B ne justifie d'aucune insertion professionnelle sur le territoire. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, il n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de l'Eure aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Sur le refus de délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. B comporte l'énoncé des motifs de droit et de fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
12. En deuxième lieu, il ressort tant des termes mêmes de l'arrêté attaqué que des éléments préparatoires à celui-ci qu'il a été pris à l'issue d'un examen de la situation particulière du requérant, l'arrêté relevant notamment que M. B n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement.
13. En troisième lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés, l'exception d'illégalité de la mesure d'éloignement soulevée contre la décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire doit être écartée.
14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
15. En premier lieu, la décision attaquée qui vise les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que M. B, de nationalité algérienne, n'est pas dépourvu d'attache familiale dans son pays d'origine et ne prouve pas y être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. La décision en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation ainsi que celui tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doivent donc être écartés.
16. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel M. B pourra être éloigné, ne peut qu'être écartée.
17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
19. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
20. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que l'autorité administrative a examiné et pris en compte chacun des quatre critères énoncés par la loi et énoncé les considérations de droit et de fait qui fondent sa décision qui, dès lors, est suffisamment motivée. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. B doit être écarté.
21. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. B ne peut qu'être écartée.
22. En dernier lieu, la durée de présence en France de M. B est relativement récente à la date de l'arrêté en litige et, ainsi que cela a été indiqué précédemment, M. B ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou sociale sur le territoire. En outre, par jugement du tribunal correctionnel d'Evreux du 2 décembre 2023, M. B a été condamné à six mois d'emprisonnement pour refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique lors de la constatation d'un crime, d'un délit ou d'un accident de la circulation et violence par une personne en état d'ivresse manifeste suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui causant un dommage léger et non respect de l'obligation de présentation périodique aux services de police ou de gendarmerie par un étranger assigné à résidence. Enfin, M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Dans ces circonstances, en fixant à trois ans la durée d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de l'Eure n'a pas méconnu les dispositions précitées ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni encore entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de son destinataire.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Gravelotte et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
La magistrate désignée,
L. CAZCARRA La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026