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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401555

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401555

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401555
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantBARHOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 avril et 20 mai 2024, M. B A, représenté par Me Barhoum, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et approfondi de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Delacour comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delacour, magistrate désignée ;

- les observations de Me Verilhac, substituant Me Barhoum, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 20 septembre 1989 à Yaoundé (Cameroun), de nationalité camerounaise, déclare être entré sur le territoire français le 23 mai 2018 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités belges. Le 4 mars 2020, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande par une décision du 31 mars 2022, confirmée le 30 janvier 2024 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 22 mars 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Toutefois, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire ont été définitivement refusés à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance de sa qualité de réfugié. Lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection internationale, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'intéressé ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement ainsi que l'indique le " Guide du demandeur d'asile en France " qui lui est remis à l'occasion du dépôt de sa demande. Il lui appartient, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utile, et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'éventuelle décision portant obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de renvoi qui sont prises en conséquence du refus de reconnaissance de la qualité de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire. Ainsi, la circonstance que

M. A n'ait pas été invité à formuler des observations avant l'édiction de la décision l'obligeant à quitter le territoire ne permet pas de le faire regarder comme ayant été privé de son droit à être entendu. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas plus des pièces du dossier que le préfet aurait omis d'examiner de façon particulière la situation de M. A.

5. En troisième lieu, si M. A, qui est entré sur le territoire français le 23 mai 2018, a conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française le 6 août 2018, avec laquelle il a vécu, il ressort de ses propres déclarations que leur vie commune a été rompue, après qu'il ait appris la transsexualité de sa compagne. Il ne se prévaut en outre d'aucune attache personnelle ou familiale sur le territoire français, et a précisé, lors de son audition par l'OFPRA, avoir trois enfants mineurs restés dans son pays d'origine. S'il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'il s'est investi dans le cadre d'une activité associative à titre bénévole, il n'en justifie qu'au titre des années 2018 et 2019, et n'apporte aucun élément de nature à révéler l'existence d'une activité professionnelle, en dépit des expériences professionnelles diverses mentionnées sur son curriculum vitae, et ne démontre nullement s'être inséré socialement ou professionnellement sur le sol national. Dans ces conditions, eu égard à ses conditions de séjour en France, il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (). Si

M. A soutient que le préfet n'a pas procédé à la vérification de son droit au séjour en violation des dispositions précitées, la décision mentionne le fait qu'il ne ressort pas, après examen attentif des pièces du dossier, que l'intéressé puisse être admis au séjour pour un autre motif que celui de sa demande de protection internationale. Dès lors et alors que le requérant n'établit pas, au regard de ses conditions de séjour en France énoncées au point 5 ou à un quelconque autre titre, que sa situation lui ouvrirait un tel droit, le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Selon l'article L. 612-2 du code précité : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

9. Pour refuser d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur la circonstance que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Si l'intéressé, ne conteste pas être défavorablement connu des services de police pour des faits de violences aggravées par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été poursuivi pénalement à ce titre. En outre, eu égard à la nature des faits de vol avec effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt commis en 2021 pour lesquels il a été condamné pénalement à une peine de six mois d'emprisonnement par un jugement du tribunal correctionnel de Nanterre du 18 avril 2023, à la date à laquelle ils ont été commis, et au caractère isolé ce cette condamnation pénale, M. A est fondé à soutenir que le préfet ne pouvait légalement estimer que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Toutefois, le préfet invoque dans son mémoire en défense l'existence de la part de l'intéressé d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement, notamment en application des dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code précité. Il ressort en effet des pièces du dossier que M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après l'expiration de la durée de validité de son visa, et n'a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile que près de vingt-deux mois après son arrivée. S'il soutient qu'il a été empêché par son compagne d'engager des démarches, il n'apporte aucun élément précis et circonstancié permettant d'étayer de telles allégations. Il en résulte que le préfet pouvait légalement refuser à M. A, pour ce seul motif, l'octroi d'un délai de départ volontaire. Dès lors et alors que la substitution de motifs sollicitée n'a pas pour effet de priver le requérant d'une garantie, il y a lieu d'y procéder. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit donc être écarté, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'encontre de la décision fixant son pays de destination.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales () ".

13. M. A soutient être exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Cameroun en raison de sa relation sentimentale passée avec une personne transsexuelle, affirme avoir été destinataire de menaces, et se prévaut du fait que l'homosexualité est y est pénalement réprimée. Toutefois, et alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA par une décision du 31 mars 2022, confirmée le 30 janvier 2024 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), en raison de l'insuffisance des déclarations écrites et orales de l'intéressé, tant au sujet de l'orientation sexuelle qui lui serait imputée, de leur diffusion au-delà de son cercle familial et amical et des menaces dont il aurait fait l'objet, qu'en ce qui concerne l'identité de ses persécuteurs dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément nouveau quant à la matérialité des faits tels qu'ils ont été exposés précédemment devant l'OFPRA et la CNDA, ni ne produit davantage d'éléments permettant d'établir ses allégations selon lesquelles il serait personnellement exposé aux risques précités en cas de retour au Cameroun. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

14. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait omis d'examiner de façon particulière la situation de M. A.

15. En deuxième lieu, selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

16. M. A, bien que n'ayant jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, ne justifie d'aucune attache personnelle et familiale sur le territoire français, ni d'une insertion sociale ou professionnelle sur le sol national, et a été condamné pénalement à six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol avec effraction par un jugement du tribunal correctionnel de Nanterre du 18 avril 2023. Dès lors, eu égard à ses conditions de séjour en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la durée de l'interdiction sur le territoire français méconnaît les dispositions citées au point 15, porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que celles présentées à fin d'injonction et au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Seine-Maritime et à Me Barhoum.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La magistrate désignée,

L. DELACOUR

Le greffier,

J-B. MIALONLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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