vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401614 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 23 avril et 26 juin 2024, Mme B A, représentée par la Selarl Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire, valable un an, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision de refus d'admission au séjour :
*a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine du collègue de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
*méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
*méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
*méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
*a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine du collègue de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
*est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
*méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
*méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
- la décision fixant le pays de destination :
*a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue ;
*est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus d'admission au séjour et portant obligation de quitter le territoire français ;
*est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 6 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 27 juin 2024 à 12 heures.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Armand,
- et les observations de Me Lechevalier représentant Mme A.
Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 2 novembre 1986, est entrée régulièrement en France le 12 avril 2007. Elle a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étranger malade du 25 février 2013 au 2 juin 2016. Sa demande de renouvellement de ce titre de séjour a été rejetée par un arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 13 avril 2017, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Rouen du 18 octobre 2017 et un arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 27 septembre 2018. Le 23 février 2022, Mme A a présenté une nouvelle demande d'admission au séjour, que le préfet de la Seine-Maritime a rejetée par un arrêté du 19 octobre 2022. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Rouen du 30 mai 2023, qui a enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de l'intéressée. A la suite de ce réexamen, le préfet de la Seine-Maritime a, par l'arrêté attaqué du 14 décembre 2023, rejeté la demande d'admission au séjour de Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime a saisi, dans le cadre de l'examen de la demande de titre de séjour de Mme A, qui souffre d'un ulcère chronique du membre inférieur gauche, le collège de médecins de l'OFII qui, par un avis du 13 juillet 2022, a estimé que si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge ne devrait pas entrainer pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, Mme A a produit un certificat médical du 28 février 2023, donc postérieur à cet avis, qui indique qu'elle " doit subir une nouvelle intervention chirurgicale dans le cadre de la prise en charge de sa plaie chronique de la jambe ", confirmé par un autre certificat médical du 27 mai 2024, qui fait état de ce qu'elle " présente un ulcère étendu de la jambe gauche qui nécessite probablement une greffe de la peau " et que cette " intervention (est) probablement difficilement réalisable en Guinée ". Dès lors que ces pièces médicales attestent d'une aggravation de son état de santé, la requérante est fondée à soutenir que l'autorité préfectorale était tenue de saisir à nouveau le collège de médecins de l'OFII et qu'en l'absence de cette saisine, qui l'a privée en l'espèce d'une garantie, la décision refusant son admission au séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 14 décembre 2023 rejetant la demande de titre de séjour de Mme A doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquences, les décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Le présent jugement n'implique pas nécessairement qu'il soit fait droit à la demande de titre de séjour présentée par Mme A. En revanche, il y a lieu de prescrire au préfet territorialement compétent de réexaminer cette demande dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la Selarl Mary et Inquimbert, conseil de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la Selarl Mary et Inquimbert de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 14 décembre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à l'autorité préfectorale territorialement compétente de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la Selarl Mary et Inquimbert une somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la Selarl Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Armand, premier conseiller,
- M. Cotraud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024
Le rapporteur,
Signé : G. Armand
La présidente,
Signé : C. Van MuylderLa greffière,
Signé : A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. Husseinah
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2505083
Le Tribunal Administratif de Rouen a annulé l'arrêté préfectoral du 23 mai 2025 rejetant la demande de titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant bissau-guinéen. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'insertion scolaire, de la situation médicale et des perspectives d'intégration professionnelle de l'intéressé, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour au regard de ces éléments, en application des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2505081
Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF) et l'interdiction de retour associée. La juridiction a jugé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car il était signé par une personne habilitée, suffisamment motivé, et qu'il résultait d'un examen conforme des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (articles L. 613-1 notamment). Les autres demandes, incluant la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, ont également été rejetées.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2400503
Sujet principal : Recours d'un agent public stagiaire contre le refus de sa titularisation et la prorogation de son stage. Juridiction : Tribunal Administratif de Montpellier (2ème chambre). Solution retenue : Le jugement, non intégralement reproduit, statue sur la légalité de l'arrêté de prorogation de stage et de l'arrêté refusant la titularisation. L'agent invoque notamment des vices de procédure, une erreur manifeste d'appréciation, un détournement de procédure et une violation de l'article L. 327-1 du code général de la fonction publique concernant les conditions du stage. Textes appliqués : Le code général de la fonction publique (notamment article L. 327-1) et le code de justice administrative (article L. 761-1 sur les frais irrépétibles).
08/04/2026
Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2600904
Le Tribunal Administratif de Nîmes rejette la demande de suspension d'une décision préfectorale refusant l'enregistrement d'une demande de titre de séjour. Le juge des référés estime que le courriel attaqué du 14 janvier 2026 ne constitue pas une décision faisant grief, une décision implicite de refus étant déjà née le 11 janvier 2026 suite à l'expiration du délai d'instruction. La demande est donc irrecevable au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
07/04/2026