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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401762

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401762

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantSODALO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. A, ressortissant sénégalais, qui contestait l'arrêté préfectoral du 27 mars 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Il a jugé que le refus de séjour était fondé sur l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995, qui permet le renouvellement du titre "étudiant" sous réserve de justifier de la poursuite effective des études et de moyens d'existence suffisants, conditions non remplies par le requérant. La décision a également confirmé la légalité de l'obligation de quitter le territoire français et du délai de départ volontaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024, M. E A, représenté par Me Rosalie Sodalo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

M. A soutient que :

' Les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire :

- ont été prises par une autorité incompétente ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise et les dispositions des articles L. 422-1 et L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 11 de la convention franco-sénégalaise.

' La décision fixant le délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes (ensemble une annexe), signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires signé à Dakar le 23 septembre 2006 et l'avenant à cet accord, signé le 25 février 2008 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Rosalie Sodalo, représentant M. A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 1er janvier 1992, est entré en France le 19 septembre 2018 muni d'un visa long séjour valant titre de séjour mention " étudiant ". Ce titre de séjour a été renouvelé jusqu'au 1er octobre 2023. Le 29 septembre 2023, il a sollicité un nouveau renouvellement de son titre de séjour étudiant sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise. Par un arrêté du 27 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. A titre liminaire, il y a lieu, en application de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle dès lors qu'il a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle le bureau compétent n'a pas encore statué.

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté n°24-015 du 21 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. D B directeur des migrations et de l'intégration, pour signer notamment les décisions portant refus de séjour et celles portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention du 1er août 1995 susvisée : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ". Aux termes de l'article 13 de la même convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ".

5. D'autre part, il résulte de la combinaison des textes précités que les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux conditions de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", dont se prévaut M. A, ne sont pas applicables à la situation des ressortissants sénégalais.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A, s'il a obtenu à l'issue de l'année 2020-2021, sa licence de philosophie, s'est ensuite inscrit, pour les années universitaires 2021-2022, 2022-2023 et 2023-2024, en master 1 " langues et sociétés " et n'a pas réussi à valider cette formation, étant soit défaillant, soit ajourné. Si M. A soutient qu'il a obtenu sa licence en trois ans, qu'il a eu des problèmes de santé, qu'il a été affecté par sa maladie et le décès de son père et qu'il doit travailler pour payer ses frais médicaux et ses études, il n'est pas établi que sa maladie ainsi que le décès de son père l'auraient fait basculer dans un état psychologique faisant obstacle à une poursuite de ses études alors mêmes que l'ensemble des éléments médicaux relatifs à sa maladie datent de 2019. La seule circonstance que l'intéressé ait été contraint de travailler pour subvenir à ses besoins n'est pas de nature à justifier ses résultats pour les années pendant lesquelles il a été évalué comme défaillant ou ajourné. Enfin, le requérant n'apporte pas la preuve, par la production d'une attestation de scolarité, de son sérieux et de son assiduité dans ses études. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime en faisant état de l'absence de progression dans le déroulement de son cursus universitaire et en estimant que le caractère réel et sérieux des études poursuivies n'était dès lors pas démontré, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 9 de la convention du 1er août 1995 susvisée

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger :

1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative ; 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal ;3° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 222-34 à 222-40, 224-1 A à 224-1 C, 225-4-1 à 225-4-4, 225-4-7, 225-5 à 225-11, 225-12-1, 225-12-2, 225-12-5 à 225-12-7, 225-13 à 225-15, au 7° de l'article 311-4 et aux articles 312-12-1 et 321-6-1 du même code ; 4° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues au livre II dudit code lorsqu'ils le sont sur le titulaire d'un mandat électif public ou sur toute personne mentionnée aux 4° et 4° bis de l'article 222-12 ou à l'article 222-14-5 du même code, dans l'exercice ou du fait de ses fonctions, lorsque la qualité de la victime est apparente ou connue de l'auteur ". Ces dispositions, issues de la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, n'ont pas pour objet de définir limitativement les cas dans lesquels un titre de séjour peut ne pas être renouvelé, de sorte que la circonstance que M. A n'entre pas dans leurs prévisions ne fait obstacle ni à ce que le préfet refuse de renouveler son droit au séjour, ni à ce qu'il l'oblige à quitter le territoire français

8. En dernier lieu, si M. A soutient qu'il entre dans les prévisions de l'article 11 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995, il n'établit pas avoir demandé la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement et le préfet n'a pas examiné, pour l'écarter, la possibilité de faire application de cet article.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision fixant le délai de départ volontaire.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, celles aux fins d'injonction et d'astreinte.

D É C I D E :

Article 1er : M. E A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. E A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Rosalie Sodalo et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Gaillard, présidente,

M. Colin Bouvet, premier conseiller,

M. Robin Mulot, premier conseiller.

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La présidente- rapporteure,

A. C

L'assesseur le plus ancien,

C. BOUVETLe greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401762

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