jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401910 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mai 2024, M. B A, représenté par Me Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de renouvellement de son certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un certificat de résidence temporaire valable un an dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert, au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de son conseil au versement de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ; à supposer même que cette commission ait rendu un avis, celui-ci ne lui a pas été communiqué, ce qui l'a privé d'une garantie ;
- méconnaît les dispositions du point 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
La décision fixant le pays de destination :
- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galle,
- et les observations de Me Inquimbert, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 20 juillet 1996, est entré sur le territoire français le 7 juillet 2015 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 23 mai 2016, il a obtenu, en raison de son état de santé, une autorisation provisoire de séjour puis un certificat de résidence d'une année le 21 août 2018, renouvelé chaque année. Le 10 juin 2021, un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " lui a été délivré au titre de sa vie privée et familiale et a été renouvelé le 16 novembre 2022. Le 30 novembre 2023, M. A en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 30 janvier 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de renouvellement, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () ; / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Ces dispositions s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme celles, de portée équivalente en dépit des différences tenant au détail des conditions requises, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement sur le territoire français sous couvert d'un visa de court séjour le 7 juillet 2015, et qu'il a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour puis de titres de séjour en qualité d'étranger malade à compter du 23 mai 2016 régulièrement renouvelés, puis de titres de séjour au titre de sa vie privée et familiale à compter de 2021, régulièrement renouvelés jusqu'en novembre 2023, date à laquelle l'intéressé a de nouveau sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour rejeter la dernière demande de l'intéressé tendant au renouvellement de son certificat de résidence, le préfet de la Seine-Maritime s'est exclusivement fondé sur la menace à l'ordre public que constitue, selon lui, la présence en France de M. A du fait d'une condamnation pénale intervenue le 1er mars 2023 pour des faits de vol aggravé par deux circonstances et de la circonstance que l'intéressé est connu des services de police pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime et recel en bande organisée de bien provenant d'un vol en bande organisée. Toutefois, l'arrêté attaqué rappelle également que M. A bénéficie d'une " ancienneté de séjour ", qu'il vit en couple avec une ressortissante française, et qu'il travaille sous couvert d'un contrat de travail à durée indéterminée. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé, qui séjourne régulièrement en France depuis 2016, justifie de contrats de travail en qualité de chauffeur livreur pour diverses entreprises à compter de septembre 2019, et notamment, à la date de la décision attaquée, d'un contrat de travail conclu avec la société KG transport à compter du 11 janvier 2023, devenu contrat à durée indéterminée à compter du 27 février 2023, qu'il est atteint d'une pathologie grave, pour lequel il est régulièrement suivi au CHU de Rouen, et qu'il est titulaire d'une carte mobilité inclusion mention " invalidité ". Il ressort ainsi de l'ensemble des pièces du dossier que compte tenu de l'ancienneté et de son séjour régulier et de ses liens en France, M. A remplissait effectivement les conditions lui permettant de prétendre au renouvellement de plein droit de son certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la circonstance que la présence de M. A constituerait une menace à l'ordre public ne dispensait pas le préfet de la Seine-Maritime de son obligation de saisir la commission du titre de séjour avant d'édicter la décision de refus de renouvellement de certificat de résidence en litige. Par suite, M. A, qui a été effectivement privé d'une garantie en l'espèce, est fondé à soutenir que cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière.
5. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 janvier 2024 portant refus de délivrance d'un certificat de résidence en litige ainsi que, par voie de conséquence, des décisions subséquentes contenues dans l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 30 janvier 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, mais seulement, qu'il soit procédé au réexamen de la demande de renouvellement de certificat de résidence présentée par M. A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de statuer à nouveau sur cette demande, après avoir saisi pour avis la commission du titre de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de munir sans délai M. A de l'autorisation provisoire de séjour à laquelle il a droit en vertu des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la suite de l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
Sur les frais liés au litige :
7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Inquimbert (Selarl Mary et Inquimbert), avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Inquimbert (Selarl Mary et Inquimbert) de la somme de 1 000 euros.
.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 30 janvier 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Inquimbert (Selarl Mary et Inquimbert) une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Inquimbert (Selarl Mary et Inquimbert) renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Inquimbert (SELARL Mary et Inquimbert) et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Galle, présidente,
- M. Bellec, premier conseiller,
- Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
C. Galle
L'assesseur le plus ancien,
C. BellecLa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2401910
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026