mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401988 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
| Avocat requérant | BIDAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mai 2024, M. B E D, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Delacour comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Delacour, magistrate désignée.
Ni M. D, ni le préfet de l'Eure n'était présent ou représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né le 10 janvier 1995 à Lagos (Nigéria), de nationalité nigériane, déclare être entré sur le territoire français en 2016. Le 30 novembre 2018, il a sollicité son admission au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande par une décision du 31 octobre 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 15 juillet 2021. L'OFPRA a rejeté sa demande de réexamen comme irrecevable, par une décision du 20 décembre 2022, confirmée le 19 avril 2023 par la CNDA. Suite à un contrôle routier, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, par un arrêté du 21 mai 2024, dont le requérant demande l'annulation.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
3. L'arrêté attaqué a été signé par M. A C, adjoint au chef du bureau des migrations et de l'intégration titulaire d'une délégation de signature du 2 novembre 2023, publiée au recueil des actes administratifs n° 329 du 2 novembre 2023, lui permettant de signer au nom du préfet notamment les décisions contestées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision attaquée, qui fait référence aux dispositions et stipulations dont il est fait application, fait état des conditions d'entrée et de séjour de
M. D, et notamment du fait que sa demande d'asile a été définitivement rejetée.
5. En second lieu, M. D se prévaut de sa relation sentimentale avec une compatriote, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 23 janvier 2025, avec laquelle il prévoit de se marier le 24 août 2024. Toutefois, si sa compagne atteste résider avec l'intéressé depuis le mois de juillet 2023, une telle communauté de vie présentait un caractère récent à la date de la décision attaquée. En outre, s'il soutient être entré sur le territoire français au cours de l'année 2016 et y résider de manière ininterrompue depuis lors, il ne justifie pas, en dépit de la durée de présence alléguée, d'une intégration sociale ou professionnelle sur le sol national. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Selon l'article L. 612-2 du code précité : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1,
L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
7. Pour refuser d'octroyer à M. D un délai de départ volontaire, le préfet de l'Eure s'est fondé sur l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement, et notamment sur la circonstance que l'intéressé ne justifie pas de l'exécution des différentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, dont la dernière en date du 9 février 2023. Si sa compagne atteste héberger l'intéressé depuis le mois de juillet 2023, il soutient qu'il réside de manière ininterrompue depuis 2016 sur le territoire français, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 10 septembre 2021 prise par le préfet du Haut-Rhin, puis d'une mesure d'éloignement en date du 9 février 2023 prise par le préfet de police dont il ne ressort pas des pièces du dossier, ni même allégué que ces décisions aient fait l'objet d'un recours contentieux ayant donné lieu à annulation juridictionnelle. Dans ces conditions, le préfet n'a pas inexactement qualifié la situation de M. D en estimant qu'il ne présentait pas de garantie de représentation suffisantes.
8. En second lieu et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
9. Selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles
L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
10. M. D, bien qu'ayant fait l'objet de deux mesures d'éloignement qu'il indique n'avoir pas exécutées, justifie résider depuis le 1er juillet 2023 avec une compatriote, titulaire d'une carte pluriannuelle de séjour valable jusqu'au 23 janvier 2025, élève aide-soignante au cours de l'année 2023-2024. Il en résulte que, compte tenu de ses attaches familiales sur le territoire français, le préfet de l'Eure a, en fixant à deux années, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. D fait l'objet, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens soulevés à l'encontre de cette décision, que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Les motifs du présent jugement impliquent uniquement l'effacement du signalement de M. D dans le système d'information Schengen. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet de l'Eure d'y procéder. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du préfet de l'Eure du 21 mai 2024 faisant interdiction de retour sur le territoire français à M. D pour une durée de deux ans est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Eure de prendre toutes mesures propres à mettre fin au signalement aux fins de non admission de M. D dans le système d'information Schengen.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B E D, au préfet de l'Eure et à Me Bidault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé : L. DELACOURLe greffier,
Signé : J-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026