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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401999

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401999

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401999
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n° 2401874 du 6 mai 2024, enregistrée le 14 mai 2024, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Rennes a transmis le dossier de la requête de Mme D B, enregistrée le 3 avril 2024, au tribunal administratif de Rouen en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête et un mémoire enregistré le 8 août 2024, Mme D B, représentée par la SELARL Béguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 150 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

* l'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence de son signataire ;

- est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

* la décision portant refus de titre de séjour :

- méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations des articles 6 et 13 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

* la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- l'ordonnance du 12 juillet 2024 fixant la clôture de l'instruction au 14 août 2024 à 12 h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ;

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Bénin, signée à Cotonou le 21 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Minne, président de chambre, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante béninoise, est entrée en France le 27 novembre 2020 munie d'un visa long séjour mention " étudiant ". Elle a bénéficié d'un titre de séjour en cette qualité, renouvelé jusqu'au 4 novembre 2022. Par l'arrêté du 15 février 2024 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa dernière demande de renouvellement de carte de séjour sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-béninoise applicable aux étudiants, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, par arrêté n°23-109 du 18 décembre 2023, régulièrement publié le 22 décembre 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2023-191, M. C A, directeur des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer, dans le cadre des attributions de sa direction, les décisions en matière de séjour et d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dans toutes ses composantes, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté préfectoral en litige reproduit les stipulations de l'article 9 de la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992 dont Mme B a demandé le bénéfice en qualité d'étudiante. Il mentionne également les considérations de fait, propres à l'intéressée, qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas réalisé un examen particulier de la situation personnelle de la requérante avant l'édiction de l'arrêté en litige.

Sur le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre État d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable dans l'État d'accueil. "

5. Mme B, qui soutient être titulaire d'un diplôme de médecine obtenue hors Union européenne, indique avoir été admise à concourir aux épreuves de vérification des connaissances en septembre 2023 afin de faire valider ce diplôme. Toutefois, la requérante n'en justifie pas. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est inscrite dans une formation de soins infirmiers pour l'année universitaire 2021/2022 et, parallèlement, en 2e année du diplôme interuniversitaire (DIU) d'acupuncture obstétricale dispensé par l'université de Rouen Normandie. Elle s'est également inscrite au titre de l'année 2023/2024 en DIU de vaccinologie et prévention des maladies infectieuses. Toutefois, elle n'apporte pas la preuve de la validation de ces diplômes par les pièces qu'elle verse au dossier. Ainsi, la requérante n'a obtenu aucun diplôme depuis son arrivée sur le territoire français et ne justifie d'aucune progression dans ses études à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a méconnu les stipulations précitées de l'article 9 la convention franco-béninoise.

6. En deuxième lieu, la circonstance que l'intéressée a travaillé pendant la durée de sa présence en France ne constitue pas une circonstance particulière compte tenu de l'objet de son séjour. Par suite l'erreur manifeste d'appréciation invoquée n'est pas établie.

7. En dernier lieu, les stipulations des articles 6 et 13 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qui sont dépourvus d'effet direct à l'égard des particuliers, ne peuvent être utilement invoquées par la requérante pour contester la légalité de la décision de refus de séjour attaquée.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () "

9. Dès lors que l'illégalité de la décision refusant à Mme B la délivrance d'un titre de séjour n'est pas établie, la requérante se trouvait dans le cas, prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile visé par la décision attaquée, où le préfet de la Seine-Maritime pouvait, sans commettre une erreur de droit ni, en l'espèce, une erreur d'appréciation, lui faire obligation de quitter le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer une carte de séjour à Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

N. BOULAY

N°2401999

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