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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402351

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402351

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2024, M. A B, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler sa carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, un titre de séjour sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

* la décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un vice de procédure par méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'étant pas produit, il n'est pas en mesure de s'assurer de la régularité de la consultation de cette instance ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur de droit à ce titre ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de son droit au séjour, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'étant pas produit, il n'est pas en mesure de s'assurer de la régularité de la consultation de cette instance ;

- est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale par exception de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- l'ordonnance du 6 septembre 2024 fixant la clôture de l'instruction au 23 septembre 2024 à 12 h ;

- la décision du 15 mai 2024 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- et les observations de Me Inquimbert, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien, déclare être entré en France en septembre 2020. Après avoir vainement sollicité l'asile, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de vol à l'étalage le 14 décembre 2021. Par un arrêté du 15 décembre 2021, non remis en cause par le jugement n° 2104883 du tribunal du 21 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an. S'étant maintenu sur le territoire français, M. B a sollicité, et bénéficié, d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade d'une durée de six mois à compter du 14 décembre 2022. Le 13 juin 2023, il en a sollicité le renouvellement. Par l'arrêté attaqué du 30 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement de la décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, qui mentionne que la situation du requérant ne présentait pas de circonstances exceptionnelles ou de motifs humanitaires, que le préfet aurait omis d'examiner de façon particulière la situation de M. B. Par ailleurs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, seulement applicables en ce qui concerne le prononcé d'une mesure d'éloignement, est inopérant à l'appui des conclusions dirigées contre un refus de séjour.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () "

5. Par un avis du 9 octobre 2023, que le préfet produit en défense, le collège de médecins de l'OFII a considéré que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il devrait pouvoir y bénéficier du traitement adapté au stress post-traumatique dont il est atteint. Les certificats médicaux des médecins psychiatres du groupe hospitalier du Havre affirmant que sa pathologie nécessite une poursuite de soins en France et qu'il nécessite un suivi régulier ainsi que les ordonnances de prescription de médicaments ne permettent pas de renverser l'appréciation portée par l'administration sur la disponibilité de l'offre sanitaire en Géorgie. Par suite, les moyens tirés du défaut de recueil préalable de l'avis du collège de médecin de l'OFII et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, il résulte des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'elles garantissent le droit des personnes au respect de leur vie privée et familiale. Ces stipulations n'imposaient nullement au préfet de la Seine-Maritime de procéder à un examen distinct du droit au séjour du requérant au titre de sa vie privée, d'une part, et de sa vie familiale, d'autre part. La décision en litige n'est, dès lors, entachée d'aucune erreur de droit.

7. En cinquième lieu, M. B réside sur le territoire français depuis septembre 2020, soit depuis moins de quatre ans à la date de la décision attaquée. Cette présence, limitée à l'examen de la demande d'asile et autorisée provisoirement pour une durée de six mois en raison de son état de santé, avait un caractère précaire. Il est constant que M. B réside en France avec son épouse, compatriote en situation irrégulière, ainsi qu'avec leurs deux enfants mineurs. Si le requérant se prévaut de la scolarité de ses enfants en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans le pays d'origine où les enfants pourront poursuivre cette scolarité. Par ailleurs, M. B ne justifie, par les seules pièces qu'il produit, d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, notamment au regard des conditions de son séjour en France, la décision de refus de délivrance du titre de séjour litigieux n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En sixième lieu, M. B ne justifie pas, eu égard à sa situation personnelle telle qu'elle a été exposée aux points 5 et 7 du présent jugement, de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet n'a pas méconnu ces dispositions, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre à titre exceptionnel au séjour. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

9. En dernier lieu, au regard de ce qui précède, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée plus généralement par le requérant n'est pas établie.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

11. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issues de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, codifient le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait manqué à son obligation de vérifier le droit au séjour de M. B, en tenant notamment compte de sa durée de présence en France, de la nature et de l'ancienneté de ses liens et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'a pas droit à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En troisième lieu, le préfet de la Seine-Maritime a versé aux débats l'avis du collège des médecins de l'OFII en date du 9 octobre 2023. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

13. En quatrième lieu, le refus de titre de séjour n'étant pas illégal, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

14. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, la décision litigieuse ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. En dernier lieu, eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé sur le territoire français, ainsi qu'à sa situation professionnelle, personnelle et familiale, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, les refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégaux, le requérant n'est pas fondé à exciper de ces illégalités au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

17. En second lieu, M. B, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, ne produit pas d'éléments de nature à établir la réalité et l'actualité des menaces qu'il soutient encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point 5 concernant l'état de santé du requérant, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

18. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

Le président-rapporteur,

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

N. BOULAY

N°2402351

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