Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juillet 2024, Mme B... A..., représentée par la SCP Baron C..., demande au tribunal :
1°) d’annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 7 juin 2024 par laquelle le président de la communauté de communes du pays de Conches a refusé de la placer en congé de longue maladie à compter du 1er janvier au 31 décembre 2023, puis du 1er janvier au 30 juin 2024 ;
2°) d’enjoindre à la communauté de communes du pays de Conches de la placer en congé de longue maladie sur cette période ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du pays de Conches une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 822-6 du code général de la fonction publique.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2025, la communauté de communes du pays de Conches, représentée par la SELARL Huon & Sarfati, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- l’arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l’octroi de congés de longue maladie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Aubert, rapporteure publique,
- et les observations de Me André, représentant Mme A..., et de Me Huon, représentant la communauté de communes du pays de Conches.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B... A..., adjointe administrative territoriale de 2ème classe, a été recrutée à compter du 20 octobre 2015 par la communauté de communes du pays de Conches. En congé de maladie ordinaire depuis le 4 janvier 2023, l’intéressée a été informée, par un courrier du 8 juin 2023, de la possibilité de solliciter notamment un congé de longue maladie. Mme A... a adressé une telle demande par un courrier du 5 juillet 2023 et a de nouveau été placée, dans l’attente, en congé de maladie ordinaire du 30 septembre 2023 au 9 février 2024. Le conseil médical a émis, le 1er décembre 2023 et après expertise, un avis favorable au placement de Mme A... en congé de longue maladie pour quinze mois à compter du 4 janvier 2023. Par un arrêté du 8 février 2024, notifié le 13 février, Mme A... a été mise en disponibilité d’office pour raison de santé du 4 janvier au 9 février 2024. Par un courrier du 23 avril 2024, cette dernière a formé un recours gracieux contre cet arrêté et sollicité de nouveau son placement en congé de longue maladie. Par un courrier du 7 juin 2024, le président de la communauté de communes du pays de Conches a refusé de faire droit aux demandes de Mme A.... La communauté de communes du pays de Conches avait auparavant contesté l’avis précité du conseil médical, par un courrier du 10 janvier 2024, devant le conseil médical supérieur, lequel a émis, le 10 septembre 2024, un avis défavorable au placement de Mme A... en congé de longue maladie. Cette dernière a ultérieurement été recrutée, à compter du 15 octobre 2025, comme agent de gestion locative au sein du service Logement et attributions de la commune d’Evreux, et a été radiée, à compter du 22 octobre 2025, des effectifs de la communauté de communes du pays de Conches par un arrêté du 31 octobre 2025.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En plaçant Mme A..., par arrêté du 8 février 2024, en disponibilité d’office pour raison de santé après avis du conseil médical du 1er décembre 2023, le président de la communauté de communes a implicitement mais nécessairement statué sur la demande de congé de longue maladie de l’intéressée adressée par courrier du 5 juillet 2023. Si cette décision, révélée par l’arrêté précité qui a été notifié le 13 février 2023, n’a pas été contestée dans le délai de deux mois suivant cette date, l’intervention, le 17 avril 2024, d’un nouvel avis du conseil médical et la tenue, le 25 avril 2024, d’une nouvelle expertise, constituent des circonstances faisant obstacle à ce que la décision attaquée du 7 juin 2024, qui a le même objet, présente un caractère purement confirmatif.
3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 822-6 du code général de la fonction publique, qui reprend les dispositions de l’article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : « Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de longue maladie, dans les cas où il est constaté que la maladie met l’intéressé dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée ». Aux termes de l’article 18 du décret du 30 juillet 1987 susvisé : « Le fonctionnaire qui est dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions par suite d’une maladie grave et invalidante nécessitant un traitement et des soins prolongés est mis en congé de longue maladie, selon la procédure définie à l’article 25 ci-dessous ».
4. D’une part, les circonstances, dont fait état Mme A..., qu’elle n’a pas été informée de la saisine, par la communauté de communes, du conseil médical supérieur, et que, faute pour celui-ci de s’être prononcé dans un délai de quatre mois, l’avis du 1er décembre 2023 du conseil médical est réputé confirmé, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
5. D’autre part, Mme A... ne saurait sérieusement soutenir que la communauté de communes devait prendre une nouvelle décision après la notification de l’avis précité du conseil médical dès lors qu’elle a statué sur la demande de congé de longue maladie de l’intéressée, une première fois, postérieurement à cet avis, par l’arrêté du 8 février 2024 la mettant en disponibilité d’office pour raison de santé, puis une seconde fois, par la décision attaquée, refusant de modifier sa position administrative.
6. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, le 1er décembre 2023, le conseil médical a émis un avis favorable au placement de Mme A... en congé de longue maladie et que, dans son rapport dressé le 30 avril 2024, l’expert a relevé un fléchissement thymique à compter du mois de novembre 2019, puis un épuisement professionnel durable, qu’il a qualifié d’effondrement dépressif, caractérisé par de la fatigue, des ruminations anxiodépressives, assorties de pleurs récurrents, et des troubles du sommeil, ayant requis la prescription d’un anxiolytique, en particulier pendant toute l’année 2023, et a conclu à son inaptitude à son emploi, justifiant qu’un congé de longue maladie lui soit octroyé. Toutefois, de telles conclusions ne permettent pas à elles seules de démontrer que l’état de santé de Mme A... présentait un caractère de gravité suffisant pour lui octroyer un tel congé, ainsi d’ailleurs que l’a estimé le conseil médical supérieur, saisi sur recours de la communauté de communes, dans son avis du 10 septembre 2024, venu infirmer l’avis précité du 1er décembre 2023. Dans ces conditions, le président de la communauté de communes du pays de Conches n’a pas méconnu les dispositions précitées en rejetant la demande de congé de longue maladie de Mme A.... Ce moyen doit par suite être écarté.
7. En second lieu et en revanche, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) / 6° Refusent un avantage dont l’attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l’obtenir ; (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».
8. La décision attaquée, qui se borne à rejeter la demande de Mme A... « après analyse de [ses] arguments », ne vise pas, ni ne mentionne les dispositions dont elle fait application et ne fait pas état des considérations de fait qui la fondent. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation ne peut par suite qu’être accueilli.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision du 7 juin 2024 par laquelle le président de la communauté de communes du pays de Conches a refusé de la placer en congé de longue maladie à compter du 1er janvier 2023 au 30 juin 2024.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
10. Compte tenu du motif qui la fonde, l’annulation de la décision attaquée implique seulement que la demande de congé de longue maladie de Mme A... soit réexaminée. Il y a dès lors lieu d’enjoindre à la communauté de communes du pays de Conches d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
11. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de Mme A..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par la communauté de communes du pays de Conches et non compris dans les dépens. Il n’y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de cette dernière une somme au titre des frais exposés par Mme A... et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 juin 2024 du président de la communauté de communes du pays de Conches est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la communauté de communes du pays de Conches de réexaminer la demande de congé de longue maladie de Mme A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : La surplus des conclusions de la requête de Mme A... est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la communauté de communes du pays de Conches au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la communauté de communes du pays de Conches.
Délibéré après l’audience du 20 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Favre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 avril 2026.
Le rapporteur,
Signé :
J. Cotraud
La présidente,
Signé :
C. Van MuylderLe greffier,
Signé :
J.-B. Mialon
La République mande et ordonne au préfet de l’Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON