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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402880

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402880

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES JU
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 20 juillet 2024 et le 24 juillet 2024, M. F E, représenté par Me David, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

M. E soutient que :

* Les décisions :

­ sont entachées d'incompétence ;

­ sont insuffisamment motivées ;

­ procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation.

* La décision portant obligation de quitter le territoire français :

­ méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

­ méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

* La décision de refus d'un délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

* La décision fixant le pays de destination :

­ est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

­ méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

* La décision portant interdiction temporaire de circulation :

­ est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

­ méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 29 juillet 2024, présenté son rapport et entendu les observations orales de :

* Me David, avocat commis d'office représentant M. E qui soutient que :

- il est arrivé en 1997 en France ;

- il a subi des violences en Roumanie ;

* M. E qui, sous couvert de l'interprétariat de M. B, soutient que :

- il est arrivé pour la première fois en France en 1997 mais n'y est revenu avec sa famille que depuis douze ou treize ans ;

- il craint pour sa sécurité en Roumanie depuis qu'il s'y est fait agresser il y deux ou trois ans et n'y retourne plus depuis lors ;

- les enfants qui résident en Roumanie ne sont pas les siens mais ceux de sa compagne ;

- un des ses enfants est en Roumanie depuis décembre dernier ;

- il n'a pas connaissance des faits qui lui sont reprochés en dehors de sa dernière condamnation.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 16 heures 00, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant roumain, né le 22 mars 1973, est, selon ses dires, entré pour la dernière fois sur le territoire français en 2024. Il a fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français le 28 juin 2013 et le 25 octobre 2013. Par arrêté en date du 19 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans aux motifs qu'il a été condamné par jugement du tribunal judiciaire du Havre du 18 juillet 2024 à une peine de douze mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sans incapacité en présence de mineur par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de viol, violence suivie d'incapacité n'excédant par huit joursen présence d'un mineur, violence avec usage ou menace d'un arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours, violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, viol commis sur mineur de quinze ans et agression sexuelle imposée à un mineur de quinze ans, qu'il ne justifie ni de son concubinage ni être le père de dix enfants à sa charge, qu'il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement depuis 2013, qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour en raison de son état de santé, qu'il ne présente pas d'intégration sociale, économique et culturelle, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et que M. E ne justifie pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. M. E demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs aux décisions :

2. En premier lieu, Mme A D qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 12 juillet 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. E par le préfet de la Seine-Maritime sont donc suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, M. E, qui serait entré sur le territoire français pour la dernière fois en 2024, soutient, dans ses écritures, que le centre de ses intérêts privés et familiaux réside en France où se trouvent sa compagne et cinq de ses dix enfants à charge. Il ressort toutefois des propres déclarations de l'intéressé, certes empreintes de contradictions, que celui-ci, résidant en France depuis plus de dix ans, fait, trois ou quatre fois par an pour des séjours de deux semaines, régulièrement des allers-retours entre la France et la Roumanie où il dispose d'un logement et où demeurent les trois enfants de sa compagne, dont il a la charge, ainsi qu'un de ses enfants. Ces éléments, outre qu'ils ne sont pas de nature à justifier que le centre des intérêts du requérant se trouverait en France, ne sont que peu compatibles avec les craintes par ailleurs évoquées par l'intéressé de retourner en Roumanie depuis son agression. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. E, de même que sa compagne, ne travaille pas sur le territoire français et retire les moyens de sa subsistance des aides versées par la caisse d'allocations familiales en France et des aides versées par la Roumanie en raison des enfants qui y résident. L'intéressé a, à cet égard, déjà fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français en raison du caractère déraisonnable de sa charge pour le système d'assistance sociale français. Enfin, M. E, défavorablement connu des services de police comme cela ressort du fichier automatisé des empreintes digitales, pour des faits de viol, violence suivie d'incapacité n'excédant par huit jours en présence d'un mineur, violence avec usage ou menace d'un arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours, violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, viol commis sur mineur de quinze ans, agression sexuelle imposée à un mineur de quinze ans, et condamné par jugement du tribunal judiciaire du Havre du 18 juillet 2024 à une peine de douze mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sans incapacité en présence de mineur par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, présente, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que les décisions en litige du préfet de la Seine-Maritime en date du 19 juillet 2024 aient porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et qu'elles auraient méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces décisions ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. E.

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de circulation dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

6. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition signé par l'intéressé, que M. E a été entendu par les services de police le 19 juillet 2024 sur sa situation personnelle notamment en ce qui concerne son âge, sa nationalité, sa situation de famille, ses attaches dans son pays d'origine, les raisons et conditions de son entrée en France ainsi que ses conditions d'hébergement. Le requérant a eu ainsi la possibilité, au cours de cet entretien, de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur la décision prise à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait le principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Me David et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

Le magistrat désigné, La greffière,

Signé : Signé :

T. C P. His

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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