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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402918

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402918

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402918
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024, M. A D, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois ;

3) d'annuler la décision du 16 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a décidé son assignation à résidence ;

4) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 au bénéfice de la SELARL Mary et Inquimbert.

M. D soutient que :

* La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

­ méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

­ souffre d'une motivation insuffisante ;

­ n'a pas de base légale car aucune obligation de quitter le territoire français ne lui a été notifiée ;

­ n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;

­ méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

­ méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

* La décision portant assignation à résidence :

­ méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

­ n'a pas de base légale car aucune obligation de quitter le territoire français ne lui a été notifiée ;

­ méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 26 juillet 2024, présenté son rapport et entendu les observations orales de :

* Me Mary, avocat représentant M. D qui soutient que :

- son épouse a demandé son admission au séjour en raison de son état de santé et qu'il doit l'accompagner ;

- que les obligations de quitter le territoire français adoptées à leur encontre ne leur ont pas été notifiées ;

- leur enfant est scolarisé en France où ils ont pris des cours de français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français n'a que pour objet de lui interdire de pouvoir de nouveau solliciter un titre de séjour ;

- l'assignation à résidence est disproportionnée.

* de M. D qui, sous couvert de l'interprétariat de Mme B, interprète en géorgien, soutient que sa famille lui adresse de l'argent, qu'il a pris des cours de français et que, s'il a tenté de voler, il n'a pas commis de vol.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 11 heures 10, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien, né le 24 mars 1994, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 3 juillet 2023. Il a sollicité l'asile en France le 19 juillet 2023. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 10 juillet 2023 et par la Cour nationale du droit d'asile le 2 février 2024. Un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours a été adopté à son encontre le 26 avril 2024 auquel l'intéressé n'a pas déféré. Par arrêtés du 16 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois et a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours aux motifs qu'il n'a fait aucune démarche tendant à régulariser sa situation depuis la notification de l'obligation de quitter le territoire français adoptée, que la personne qu'il présente comme son épouse est également en situation irrégulière et sous le coup d'un mesure d'éloignement, qu'il ne justifie pas de ses problèmes de santé et n'a pas sollicité de titre de séjour sur ce fondement, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de vol aggravé, qu'il est sans travail et sans ressources, que la scolarité de son enfant peut se poursuivre dans son pays d'origine, qu'aucune circonstance humanitaire ne justifie qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas adoptée, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et que M. D n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. M. D demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions :

3. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. D par le préfet de la Seine-Maritime, sont donc suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français adoptée le 26 avril 2024 a été adressée à M. D à l'adresse communiquée aux services de la préfecture dont il ressort de l'entretien réalisé le 16 juillet 2024 qu'elle était la sienne. L'enveloppe dont il n'est pas contesté qu'il contenait cette décision comporte la mention " pli avisé et non réclamé " de sorte qu'elle doit être regardé comme ayant été régulièrement portée à la connaissance de l'intéressé nonobstant la circonstance qu'il indique ne pas en avoir eu connaissance. Par suite le moyen tiré du défaut de base légale manque en fait.

5. En troisième lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi, prononçant une interdiction de séjour ou sur la décision d'assignation à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

6. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition signé par l'intéressé, que M. D a été entendu par les services de police le 16 juillet 2024 sur sa situation personnelle notamment en ce qui concerne son âge, sa nationalité, sa situation de famille, ses attaches dans son pays d'origine, les raisons et conditions de son entrée en France ainsi que ses conditions d'hébergement. Le requérant a eu ainsi la possibilité, au cours de cet entretien, de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre les mesures qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées méconnaîtraient le principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. D'une part, l'entrée sur le territoire français du requérant est récente alors qu'il ne justifie pas d'une insertion particulière et qu'il reconnaît avoir été appréhendé dans le cadre d'une tentative de vol. D'autre part, l'épouse de M. D fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français rendue à la suite du refus de délivrance du titre de séjour sollicité en raison de son état de santé. Enfin, le requérant ne fait pas valoir de circonstances humanitaires particulières. Par suite, alors que les dispositions de l'article L. 423-23 sont inapplicables au présent litige, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Seine-Maritime a adopté une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant, lequel n'avait pas déféré à l'obligation de quitter le territoire français adoptée à son encontre. Pour les mêmes motifs la décision ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant assignation à résidence :

9. Il ressort des pièces du dossier que c'est sans erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé que le préfet de la Seine-Maritime a décidé de l'assigner à résidence.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.

Le magistrat désigné, La greffière,

T. CA. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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