vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403077 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | Billel ZEKRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 juillet 2024 et le 8 août 2024, M. A B, détenu au centre de détention de Val de Reuil, représenté par Me Zekri demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure ou au préfet territorialement compétent de lui renouveler sa carte de séjour en qualité de parent d'enfant français, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par un signataire incompétent ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
- il méconnait les droits de la défense ;
- il est entaché d'un défaut d'examen ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales porte une atteinte à sa vie privée et familiale ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et porte une atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré 6 août 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Esnol comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers sur le fondement de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol, magistrate désignée,
- les observations de Me Zekri, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que :
* La décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen dès lors que M. B est entré en France en 2005, qu'il est père d'un enfant français pour laquelle il contribue, à hauteur de ses moyens, à l'entretient et à l'éducation de sa fille ;
* La décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure et méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* La décision portant refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour que son titre de séjour soit renouvelé sur ce fondement ;
* La décision portant refus de titre de séjour méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que M. B est entré en France en 2005, qu'il est père d'un enfant français pour laquelle il contribue, à hauteur de ses moyens, à l'entretien et à l'éducation de sa fille ;
- et les observations de M. B qui mentionne voir sa fille plusieurs fois par semaine au parloir et dans le cadre du relai parent-enfant, avoir demandé à sa mère de s'assurer du versement des sommes d'argent qu'il a mis de côté à sa compagne pour l'entretien de l'enfant et souhaiter trouver un travail pour assister sa compagne et sa vie.
Le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant congolais, né le 7 juillet 1997 est, selon ses dires, entré sur le territoire français en 2005. L'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 27 février 2024. Par arrêté du 23 juillet 2024, dont M. B, détenu au centre de détention de Val de Reuil demande l'annulation, le préfet de l'Eure a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans.
2. Aux termes de l'article L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est détenu, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. "
3. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. /Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant.". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".
4. Pour refuser de délivrer à M. B une carte de séjour en qualité de parent d'enfant français, le préfet de l'Eure a estimé que son comportement constituait une menace à l'ordre public compte tenu de la nature et la gravité des faits pour lesquels l'intéressé a fait l'objet de condamnations entre 2019 et 2021. Il ressort des pièces du dossier, de la fiche pénale M. B, que celui-ci a été condamné à 1, 3 et 5 ans d'emprisonnement délictuel, les 30 octobre 2019, 31 septembre 2020 et 12 novembre 2021 pour des faits de rébellion et outrage à une personne autoritaire de l'autorité publique et de vol aggravé. Il ressort également des pièces du dossier que M. B, qui est entré en France en 2005, soit à ses 8 ans, et a bénéficié de plusieurs titres de séjour depuis 2016 jusqu'au 12 juin 2024 portant la mention vie privée et familiale. Il est constant que sa fille née le 11 novembre 2022 réside avec sa mère, compagne de M. B, qui en assure la garde quotidienne à son domicile. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant de M. B et sa compagne se présentent au parloir plusieurs fois par semaine, et que M. B a ainsi entretenu un lien régulier avec son enfant depuis sa naissance. En outre, M. B fait également état de ses permissions de sortie ainsi que de sa participation à un " relai parent enfant " pour entretenir ses liens familiaux avec sa fille. M. B soutient, par des propos non dénués de toutes vraisemblances, qu'il a demandé à sa mère d'assurer un virement régulier de sommes d'argent à la mère de son enfant depuis une somme d'argent qu'il a préalablement mis de côté. M. B verse à l'appui de ses allégations des attestations de sa mère et de la mère de l'enfant faisant état de ses liens avec sa fille ainsi que du versement de sommes d'argent depuis un " pécule " constitué par M. B. De plus, M. B a effectué des formations et travaille en détention. Dans les circonstances de l'espèce, M. B doit être regardé comme contribuant effectivement à l'éducation et à l'entretien de son enfant. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que si M. B a commis des délits graves, le préfet a, compte tenu de la durée de séjour du requérant en France et de la vie familiale qu'il mène avec sa compagne et son enfant, commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que sa présence constitue une menace pour l'ordre public.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de titre de séjour du 23 juillet 2024 doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans qui se trouvent ainsi privées de base légale.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, celui-ci implique nécessairement que l'administration délivre à M. B une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement est imparti au préfet de l'Eure pour y procéder.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté 23 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Eure a refusé le renouvellement de la carte de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination de cette mesure d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Eure de délivrer à M. B une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.
La magistrate désignée,
signé
B. ESNOL
Le greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026