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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403245

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403245

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 août 2024, M. B C, représenté par Me Mary (Selarl Mary et Inquimbert), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime à titre principal de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser directement à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen complet de sa demande par le préfet, qui n'a pas examiné sa demande sur le fondement de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen complet de sa demande par le préfet ;

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant refus d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu préalablement ;

- elle a été prise sur le fondement d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 18 octobre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de procéder à une substitution de base légale entre l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel le refus de délivrance d'un titre de séjour attaqué portant la mention " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour est fondé, et le pouvoir général de régularisation du préfet.

Le préfet de la Seine-Maritime a produit des observations en réponse à ce courrier le 24 octobre 2024, qui ont été communiquées.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- l'accord-cadre relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire, le protocole relatif à la gestion concertée des migrations et le protocole en matière de développement solidaire entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signés à Tunis le 28 avril 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n°2009-905 du 24 juillet 2009 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, rapporteure,

- les observations de Me Lechevalier, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 1er octobre 1986, déclare être entré en France en 2014. Il a sollicité, le 11 janvier 2021, son admission au séjour en qualité de salarié. Le préfet a refusé son admission au séjour et l'a assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 9 juin 2021. Le 4 janvier 2024, il a sollicité, une nouvelle fois, son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 mai 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 423-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application. Elle mentionne également les considérations de faits propres à la situation personnelle et professionnelle de M. C. La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi les considérations de fait et les dispositions de droit dont elle fait application. La circonstance qu'elle ne fasse pas mention de l'accord franco-tunisien, que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas appliqué au cas d'espèce, est sans incidence sur la motivation de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation de M. C. Si le requérant fait valoir que le préfet n'a pas examiné sa demande sur le fondement de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien, d'une part, il ressort du formulaire de demande de titre de séjour que le requérant s'est borné à solliciter un titre de séjour en qualité de conjoint de Français et une admission exceptionnelle au séjour, et d'autre part, qu'un tel défaut d'examen n'a pu être d'aucune incidence sur la légalité du refus de titre de séjour attaqué dès lors qu'ainsi qu'il est dit au point 12, le titre de séjour prévu à l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien modifié ne peut être délivré qu'aux étrangers qui justifient d'une résidence habituelle ininterrompue d'une durée de dix ans à la date de l'entrée en vigueur de l'accord bilatéral du 28 avril 2008, soit au 1er juillet 2009, alors que l'intéressé déclare être entré en France en 2014.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 juin 1988 en matière de séjour et de travail : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent accord, dans les conditions prévues par sa législation ". L'article 3 de la même convention stipule que : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" ". Le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008, stipule, à son point 2.3.3, que : " le titre de séjour portant la mention "salarié", prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 modifié est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'annexe I du présent protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

6. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien précité prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, les stipulations de ce dernier n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

7. Il s'ensuit que le préfet de la Seine-Maritime ne pouvait légalement refuser l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié de M. C en se fondant sur la circonstance que ce dernier ne remplissait pas les conditions mentionnées par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, dès lors, de substituer à cette base légale erronée celle tirée du pouvoir dont dispose le préfet de régulariser ou non la situation d'un étranger dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans sa mise en œuvre et que les parties ont été mises à même de présenter leurs observations sur ce point.

8. D'une part, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. C ne peut utilement se prévaloir à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation du refus de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C réside en France au plus tôt depuis l'année 2018. S'il soutient dans sa requête être entré en France dès 2014 il n'établit nullement, par les pièces qu'il produit, en particulier deux avis d'imposition pour les années 2014, et 2017 ne comportant aucun revenu déclaré au titre de ces deux années, qu'il a vécu habituellement sur le territoire français entre 2014 et 2017. S'il fait valoir qu'il justifie de son insertion professionnelle depuis 2018, et s'il ressort des pièces du dossier que M. C a travaillé dans la restauration puis comme aide-câbleur entre février et août 2019, puis entre janvier 2020 et mars 2002 en qualité de peintre, il ne justifie pas d'une activité professionnelle depuis mars 2022 et ne produit aucune promesse d'embauche. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir général de régularisation, en ce qui concerne la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ".

10. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est marié à une ressortissante française depuis le 26 août 2023, mais ne conteste pas le motif de la décision attaquée selon lequel il est entré irrégulièrement sur le territoire français de sorte qu'il ne peut bénéficier d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française sur le fondement des articles L. 423-1 ou L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant fait valoir qu'il vit avec Mme A au moins depuis juin 2021, la seule production de bulletins de salaires et d'avis d'imposition établis au seul nom du requérant, à l'adresse du logement mentionné par le bail conclu en commun en août 2023 avec son épouse, ne permet pas d'établir l'existence d'une vie commune antérieurement au mariage intervenu en août 2023. Par suite, à la date de la décision attaquée, la vie commune entre le requérant et son épouse était relativement récente. En outre, le requérant et son épouse n'avaient pas d'enfant à la date de la décision attaquée et le requérant, qui ne justifie d'aucune attache familiale autre que son épouse, ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à ses 28 ans. Par suite, compte tenu du caractère récent du mariage et de la possibilité pour l'intéressé de solliciter un visa de long séjour en qualité de conjoint de Français depuis son pays d'origine, la décision attaquée portant refus de titre de séjour n'a pas porté, à la date à laquelle elle a été prise, une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qui concerne la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que l'intéressé obtienne un visa de long séjour en qualité de conjoint de Français depuis son pays d'origine, ou, compte tenu de la circonstance que l'épouse de M. C est actuellement enceinte, à ce que l'intéressé dépose une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français une fois que son enfant sera né.

11. En cinquième lieu, si M. C déclare être entré en France en 2014, il n'établit pas avoir résidé habituellement sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, en se bornant à fournir, pour l'année 2014, un avis d'imposition établi le 27 avril 2017, et aucune pièce pour les années 2015, 2016 et 2017. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes des dispositions de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail, tel que modifié par l'article 2 du protocole relatif à la gestion concertée des migrations du 28 avril 2008 : " Reçoivent de plein droit un titre de séjour renouvelable valable un an et donnant droit à l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions fixées à l'article 7 : / - les ressortissants tunisiens qui, à la date d'entrée en vigueur de l'accord signé à Tunis le 28 avril 2008, justifient par tous moyens résider habituellement en France depuis plus de dix ans, le séjour en qualité d'étudiant n'étant pas pris en compte dans la limite de cinq ans ; ().". Il résulte de ces stipulations que les ressortissants tunisiens ne justifiant pas d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans au 1er juillet 2009, date d'entrée en vigueur de l'accord du 28 avril 2008, ne sont pas admissibles au bénéfice de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien.

13. D'une part, M. C n'établit pas avoir sollicité un titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées. D'autre part, et en tout état de cause, M. C soutient dans la présente requête être entré en France en 2014. En conséquence, il ne saurait résider en France depuis plus de dix ans à la date du 1er juillet 2009. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il remplirait les conditions pour la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du d) de l'article 7 ter de l'accord du 17 mars 1988, ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, en application des dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français qui accompagne la décision de refus de titre de séjour n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de cette décision. La décision de refus de titre de séjour étant, ainsi qu'il a été dit au point 2, suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation de M. C.

16. En troisième lieu, le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour dirigé à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire doit être écarté comme inopérant.

17. En quatrième lieu, pour les motifs précédemment exposés, le moyen tiré de ce que la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français reposerait sur un refus de séjour illégal doit être écarté.

18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne, n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informée de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, elle soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Par ailleurs, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

20. M. C a été mis à même de faire valoir, à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, tous les éléments qu'il estimait pertinents à l'appui de celle-ci. Il ne pouvait ignorer, par ailleurs, qu'en cas de rejet de sa demande, il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision litigieuse, ni même encore qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure contestée et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles d'affecter le contenu de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

21. En dernier lieu, pour les motifs exposés aux points 14 à 18, le moyen tiré de ce que la décision attaquée portant fixation du pays d'éloignement reposerait sur une décision illégale portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la Selarl Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Bellec, premier conseiller,

- Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

C. GALLE

L'assesseur le plus ancien,

C. BELLECLa greffière,

A. HUSSEIN

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Signé

ah

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