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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403403

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403403

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES JU
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2024, M. D A C, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné sa reconduite à la frontière et fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé ;

3°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de la SELARL Mary et Inquimbert la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision de reconduite à la frontière :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- n'a pas été précédée d'une procédure lui permettant de présenter ses observations, en méconnaissance de l'article L. 722-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en méconnaissance du droit de l'Union européenne ;

- est dépourvue de base légale, le préfet n'établissant pas qu'il aurait fait l'objet d'une décision de non-admission dans l'espace Schengen ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Il soutient que la décision fixant le pays de renvoi :

- n'a pas été précédée d'une procédure lui permettant de présenter ses observations, en méconnaissance du droit de l'Union européenne ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la reconduite à la frontière ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Il soutient que l'assignation à résidence :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- n'a pas été précédée d'une procédure lui permettant de présenter ses observations, en méconnaissance du droit de l'Union européenne ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la reconduite à la frontière ;

- méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'étant cru à tort tenu de prendre une telle décision ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

Vu :

- la décision du président du tribunal désignant M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Mary pour M. A C, qui développe les moyens soulevés dans la requête ;

- les observations de M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A C, ressortissant tunisien né le 14 décembre 1996, déclare être entré en France en juillet 2022. Par deux arrêtés du 14 août 2024, le préfet, d'une part, a ordonné sa reconduite à la frontière et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit, d'autre part, l'a assigné à résidence pendant quarante-cinq jours.

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991, d'admettre provisoirement M. A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Aux termes de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider de mettre en œuvre une décision obligeant un étranger à quitter le territoire d'un autre État dans les cas suivants : 1° L'étranger a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission en vertu d'une décision de refus d'entrée ou d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 et se trouve irrégulièrement sur le territoire métropolitain ; 2° L'étranger a fait l'objet, alors qu'il se trouvait en France, d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres États membres de l'Union européenne, la République d'Islande, la Principauté du Liechtenstein, le Royaume de Norvège ou la Confédération suisse () ".

4. L'arrêté de reconduite à la frontière, fondé sur ces dispositions, indique que M. A C " fait l'objet d'un signalement de non-admission dans l'espace Schengen prononcé par les autorités italiennes le 7 juillet 2022 valable jusqu'au 4 janvier 2026 ". M. A C soutient toutefois qu'il n'a jamais fait l'objet d'une décision de refus d'entrée ou d'éloignement exécutoire prise par un État partie à la convention de Schengen du 19 juin 1990 et ayant justifié son signalement aux fins de non-admission. En défense, le préfet produit une fiche émanant du département de la coopération internationale opérationnelle de la direction nationale de la police judiciaire, qui mentionne un signalement émanant des autorités italiennes. Toutefois, cette fiche est en grande partie rédigée en langue étrangère et le préfet, en dépit de la demande qui lui a été faite, n'en a pas produit de traduction en langue française, ne mettant pas le tribunal en mesure d'en apprécier le contenu. La partie de cette fiche rédigée en langue française ne mentionne ni la date du signalement de M. A C aux fins de non-admission, ni sa date d'expiration, ni la nature de la décision ayant justifié ce signalement. Dans ces circonstances, le moyen tiré du défaut de base légale de l'arrêté de reconduite à la frontière ne peut qu'être accueilli, et M. A C est fondé à en demander l'annulation pour ce motif. Par voie de conséquence, il est également fondé à demander l'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence.

Sur l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. M. A C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à la SELARL Mary et Inquimbert d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à ce dernier.

D É C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 14 août 2024 par lesquels le préfet a ordonné la reconduite à la frontière de M. A C, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et l'a assigné à résidence pendant quarante-cinq jours sont annulés.

Article 2 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à la SELARL Mary et Inquimbert, avocate de M. A C, la somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

Ph. B

Le greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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