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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403585

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403585

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantAUDRA-MOISSON STEPHANIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024 et un mémoire en production de pièces enregistré le 5 septembre 2024, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

M. A soutient que :

Sa requête est recevable ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de base légale dès lors qu'il est ressortissant espagnol ;

- méconnaît les stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

La décision fixant le pays de destination :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La décision lui interdisant le retour en France :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de délai de départ volontaire ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistrés le 11 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que la requête est tardive et donc irrecevable et que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du président du tribunal désignant Mme E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024, ont été entendus le rapport de Mme E et les observations de Me Yousfi pour M. A, et de M. A, qui persiste dans ses conclusions et moyens, et indique qu'il y a deux versions différentes de la notification de l'arrêté attaqué, dont l'une n'est pas datée, qu'il n'est pas établi qu'il aurait refusé l'extraction de sa cellule pour se voir notifier l'arrêté, que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que l'interdiction de retour sur le territoire français méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Connaissance prise de la note en délibéré produite par M. A le 12 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de cinq ans.

2. S'il ressort des pièces du dossier que, le 25 juillet 2024, des agents de police ont transmis au greffe du centre pénitentiaire du Havre l'arrêté en litige en vue de sa notification à M. A qui y était alors incarcéré, il ne ressort d'aucune pièce que le greffe aurait effectivement remis l'arrêté à l'intéressé. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime n'est pas fondé à soutenir que le délai de recours courait du 25 juillet 2024 et que la requête est tardive. La fin de non-recevoir doit donc être écartée.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par Mme B D qui disposait, en qualité de cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Maritime, d'une délégation de signature par arrêté n° 24-035 du 12 juillet 2024 du préfet de la Seine-Maritime, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2024-119 du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées, contenues dans l'arrêté du 23 juillet 2024, doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées, notamment le défaut de présentation de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et de visa de long séjour, l'entrée et le séjour irrégulier de l'intéressé en France, son incarcération et les condamnations pénales dont il a fait l'objet, l'absence de preuve apportée de liens familiaux en France, sa nationalité et l'absence de preuve qu'il se serait exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles sont donc suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, si M. A établit avoir été bénéficiaire d'un titre de séjour espagnol entre 2013 et 2016, il n'établit par aucune pièce posséder la nationalité espagnole. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, M. A ne peut utilement arguer, contre l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, de la méconnaissance de l'accord franco-algérien qui ne régit pas l'éloignement des ressortissants algériens mais seulement leur droit au séjour.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () "

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait manqué à son obligation de vérifier le droit au séjour de l'intéressé, en tenant notamment compte de sa durée de présence en France, de la nature et de l'ancienneté de ses liens et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit, compte tenu des éléments dont M. A, qui a refusé d'être auditionné, l'avait saisi. Il ne démontre par aucune pièce que la tuberculose dont il serait atteint ne pourrait pas être prise en charge de manière effective en Algérie. Par suite, et alors que la décision en litige mentionne qu'il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France sans disposer d'un visa de long séjour, ne remplit aucune des conditions d'admission au séjour prévu par l'accord franco-algérien, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont aucun texte ni aucun principe n'impose d'ailleurs qu'il doive être mentionné ou cité dans l'arrêté s'agissant d'une obligation de vérification qui s'impose en tout état de cause et sans procédure particulière à l'autorité préfectorale, doit être écarté.

9. En dernier lieu, si M. A, né en 1994, soutient avoir résidé en Europe depuis ses sept ans, d'abord avec son père en Espagne puis avec sa mère en France à compter de 2013, où il aurait été bénéficiaire d'un titre de séjour entre 2013 et 2015, il ne l'établit pas par les pièces qu'il produit. Il a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales à des peines d'emprisonnement, pour la durée d'un an par jugement du 16 novembre 2015 pour vol aggravé et vol avec violences, pour la durée de six mois par jugement du 14 juin 2018 pour recel et conduite sans permis et pour la durée de six ans par arrêt du 14 mai 2019 pour, notamment, acquisition et importation non autorisée de stupéfiants et trafic et détention d'une arme. Il est le père d'une enfant, née en février 2017, de nationalité française mais il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, participer à son éducation et, à hauteur de ses facultés contributives, à son entretien. S'il a fait l'objet de plusieurs crédits de réduction de peine et a pu travailler en prison, il ne fait état d'aucune perspective sérieuse d'insertion professionnelle. Il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où sa famille pourra lui rendre visite. Par suite, en obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts poursuivis, ni porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant mineur. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige et de son insuffisante motivation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 et 4 du présent jugement.

11. En second lieu, il résulte de ce qui précède que la décision ayant obligé

M. A à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale, par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit donc être écarté.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

12. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige, de son insuffisante motivation et du défaut de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3, 4 et 11 du présent jugement.

13. En second lieu, par les pièces médicales qu'il produit, M. A n'établit pas que son état de santé ne pourrait pas être effectivement pris en charge en Algérie, son pays d'origine. Il ne démontre donc pas encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. "

15. Il n'est pas contesté que M. A a adopté en détention un comportement lui ayant permis de bénéficier de crédits de réduction de peine et de permissions de sortie et qu'il a été autorisé à travailler en détention en 2023. La décision contestée mentionne d'ailleurs que M. A ne représente pas une menace à l'ordre public. L'intéressé est le père d'une enfant de nationalité française désormais âgée de sept ans avec laquelle il affirme, sans être contesté, avoir maintenu des liens pendant son incarcération. Compte tenu de sa durée, fixée au maximum prévu par les dispositions précitées, l'interdiction de retour sur le territoire français en litige méconnaît l'intérêt supérieur de cet enfant mineur et les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle doit, par suite être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 23 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de cinq ans. Cette annulation n'implique aucune mesure d'exécution et les conclusions d'injonction sous astreinte doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 23 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a interdit à M. A le retour sur le territoire français pendant la durée de cinq ans est annulée.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

H. E La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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