jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403895 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | BERRADIA NEJLA |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n° 2403913 du 25 septembre 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif de Rouen le dossier de la requête de M. A se disant Mohamed Azem enregistrée le 19 septembre 2024 et par laquelle le requérant demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Le requérant soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;
- a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision lui interdisant le retour en France :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de délai de départ volontaire ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en production de pièces enregistré le 24 septembre 2024 et des mémoires en défense enregistrés le 25 septembre 2024, le 1er octobre 2024 et le 6 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du président du tribunal désignant Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 7 octobre 2024, ont été entendus le rapport de Mme B, et les observations de Me Berradia pour le requérant, et de celui-ci, assisté de Me Grosley, interprète en langue arabe, qui persiste dans les conclusions et moyens, mais indique qu'il est né en 2000, a laissé son passeport dans son pays d'origine, est marié religieusement avec une ressortissante française et qu'il travaille comme livreur à domicile et qu'il a exécuté la dernière mesure d'éloignement prise à son encontre en se rendant aux Pays-Bas où sa demande d'asile a été rejetée, le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A se disant Azem de nationalité algérienne né en 2004 puis en 2000 à l'audience, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par Mme C qui disposait, en qualité de chargée de missions au bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Maritime, d'une délégation de signature par arrêté n° 24-035 du 12 juillet 2024 du préfet de la Seine-Maritime, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour n° 76-2024-119. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées, contenues dans l'arrêté du 30 août 2024, doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées, notamment l'absence de preuve que M. A se disant Azem serait entré en France en 2020, la nationalité algérienne qu'il revendique, son séjour irrégulier sur le territoire, les différentes identités sous lesquelles il est défavorablement connu des services de police, les précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre et l'absence de preuve qu'il serait exposé à des risques de peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elles sont donc suffisamment motivées.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été auditionné par les services de police le 17 septembre 2024 et qu'il a pu faire état de la date de son entrée en France et de sa situation personnelle et familiale. Il a lui-même souhaité mettre fin à son audition avant son terme. Il ne précise pas quelles observations supplémentaires il aurait souhaité apporter et qui auraient été de nature à influer sur la décision prise à son encontre.
5. En dernier lieu, si le requérant, qui s'est présenté sous de multiples identités et comme étant né entre 2000 et 2006, soutient être entré en France en 2020, il n'en justifie pas et n'établit sa présence en France en 2022 et en 2023 que par les interpellations dont il a fait l'objet par les services de police, notamment pour des vols et dégradations. La résidence en France de membres de sa famille n'est pas démontrée, pas plus que la relation amoureuse qu'il dit à l'audience entretenir avec une ressortissante française. M. A se disant Azem n'établit aucune insertion sociale ni insertion professionnelle. S'il a mentionné aux services de police être marié et avoir un enfant, il n'en justifie pas et admet à l'audience n'avoir pas d'enfant. Il ne démontre pas être entré régulièrement en France et n'a pas tenté de régulariser sa situation administrative. S'il est parti aux Pays-Bas en exécution d'une décision de transfert de décembre 2023, il n'avait pas mis à exécution les précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre en août 2022, et en septembre 2023. Le requérant ne justifie pas être dépourvu de toute attache en Algérie, pays dont il revendique la nationalité et où il a passé la majeure partie de sa vie. En obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a donc pas porté, eu égard aux buts poursuivis, une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
6. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige et de son insuffisante motivation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 3 du présent jugement.
7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision ayant obligé
le requérant à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale, par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit donc être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
9. Par les pièces qu'il produit, le requérant ne démontre pas être entré régulièrement en France après l'exécution de son transfert à destination des Pays-Bas et le rejet par ce pays de sa demande d'asile et il a affirmé n'avoir pas avoir demandé la délivrance d'un titre de séjour. Il n'a pas présenté de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et s'est présenté sous de multiples identités auprès des services de police. Il ne fait état d'aucune ressource qui lui permettrait de rejoindre son pays d'origine par ses propres moyens. Il n'avait pas mis à exécution les obligations de quitter le territoire français prises à son encontre le 11 août 2022, et le 19 septembre 2023. Il présente donc un risque de soustraction à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. C'est, par suite, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.
Sur la décision portant fixation du pays de destination :
10. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige, de son insuffisante motivation et du défaut de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2, 3 et 7 du présent jugement.
11. En second lieu, le requérant, qui n'a pas demandé l'asile en France, n'allègue pas encourir, en cas de retour dans son pays d'origine, des traitements inhumains ou dégradants. Il ne justifie d'aucune attache forte sur le territoire national et n'établit pas être dépourvu de toute attache en Algérie. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige, de son insuffisante motivation et du défaut de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2, 3 et 7 du présent jugement.
13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision refusant au requérant l'octroi d'un délai de départ volontaire n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc, en tout état de cause, être écarté.
14. En dernier lieu, le requérant n'établit par aucune pièce qu'il résiderait en France de manière habituelle depuis 2020, il est dépourvu de logement autonome et ne justifie pas de liens avec les membres de sa famille qui résideraient sur le territoire. Il n'établit aucune insertion sociale ni d'aucune perspective d'insertion professionnelle. Il est défavorablement connu des services de police et n'a pas mis à exécution les deux premières mesures d'éloignement prises à son encontre. En lui interdisant le retour en France pendant la durée de trois ans, le préfet de la Seine-Maritime n'a donc pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.
15. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Mohamed Azem et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. B Le greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026