vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404037 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | MACREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2024, M. C, actuellement détenu à la Maison d'Arrêt d'Evreux (Eure), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
M. A soutient que :
- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors, notamment, qu'il réside en France depuis 2011 et y a été scolarisé ;
- l'arrêté porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs ;
- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;
- les observations de Me Macrel, avocat commis d'office, représentant M. A, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête et dépose trois pièces ;
- les observations de M. A.
Le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, se disant né le 23 août 2002 à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) ou à Rome (Italie) de nationalité bosnienne, est entré en France en 2011, selon ses déclarations. Il a été condamné, le 5 avril 2024, par le tribunal correctionnel d'Evreux, à une peine de douze mois d'emprisonnement ferme pour vol en réunion en état de récidive et tentative d'escroquerie, puis écroué à la Maison d'Arrêt d'Evreux. Par un arrêté du 7 octobre 2024, le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
3. M. A fait valoir qu'il réside en France depuis 2011 aux côtés de sa compagne et de leurs deux enfants mineurs, ainsi que de plusieurs membres de sa famille, dont sa mère et certains de ses frères et sœurs. Toutefois s'il est établi par la note sociale du 7 avril 2011, versée aux débats par le préfet, que l'intéressé se trouvait sur le territoire national à cette date, en compagnie de ses parents et de ses sept frères et sœurs, et si l'attestation de suivi social du 16 octobre 2024 de l'association " La Sauvegarde du Nord ", qui se borne à faire état de ce que M. A est " connu " de cette association depuis janvier 2013, tout en précisant qu'il a bénéficié d'octobre 2019 à septembre 2022, d'un accompagnement social, permet de démontrer qu'il a séjourné en France, au moins durant la période précitée, ces éléments ne permettent pas de tenir pour établi qu'il a résidé habituellement en France depuis son entrée sur le territoire. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A aurait déposé une demande de titre de séjour ou tenté de régulariser sa situation administrative. Le requérant, qui ne dispose pas d'un domicile, ne produit aucun élément de nature à démontrer la réalité de la vie de couple avec une ressortissante macédonienne, dont il se prévaut. Les liens entretenus avec les deux enfants qui seraient nés en France de cette relation, en 2020 et 2021, ne sont pas davantage établis, alors, au demeurant, que l'existence même de ces enfants, n'est pas démontrée, ainsi que l'a relevé l'autorité administrative dans les motifs de l'arrêté litigieux. Il sera noté, à cet égard, que ces enfants, qui seraient prénommés Sergi et Ornela, ne sont pas mentionnés dans l'attestation précitée de l'association " La Sauvegarde du Nord ", alors même que cette attestation fait état d'un accompagnement social du requérant, à une période (2019-2022) où ceux-ci étaient nés. Il ressort, en outre, des pièces du dossier, que M. A n'a reçu aucune visite, ni aucun appel téléphonique, lors de sa détention. Son éventuel éloignement n'est, dans ces conditions, pas susceptible de léser l'intérêt supérieur de ses deux enfants. S'il se dit mécanicien, M. A ne justifie d'aucune insertion professionnelle actuelle ou passée, ni d'aucunes perspectives en la matière. S'il se prévaut de la présence de sa mère et de certains de ses frères et sœurs, sur le territoire national, celle-ci n'est pas démontrée, pas plus que ne le sont les liens allégués avec ces derniers. Il ne saurait dès lors être tenu pour établi que l'intéressé a fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. M. A n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Bosnie-Herzégovine, son pays d'origine, où vit son père, B, depuis son éloignement, le 6 octobre 2022, en exécution d'un arrêté d'expulsion du préfet du Pas-de-Calais en date du 5 décembre 2018. M. A ne soutient, ni même n'allègue, encourir le risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Le requérant, qui représente une menace pour l'ordre public, ainsi qu'il sera exposé infra, ne justifie pas d'un domicile et ne présente aucun document de voyage en cours de validité, de sorte que le préfet de l'Eure était fondé à tenir le risque de fuite pour établi et à lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Enfin, l'appréciation de l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit être mise en rapport avec l'actualité et l'intensité de la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire national. Il ressort à cet égard des pièces du dossier, que M. A a été condamné, le 10 décembre 2021, par le tribunal correctionnel de Lille (Nord), à une peine d'un an et six mois d'emprisonnement pour vol aggravé. Il a également fait l'objet d'une condamnation, le 5 avril 2024, par le tribunal correctionnel d'Evreux, à une peine d'un an d'emprisonnement pour vol en réunion en récidive et tentative d'escroquerie. Dans ces conditions, et alors, au demeurant, que M. A ne fait état d'aucune démarche de réinsertion, ni d'aucun projet, à sa sortie de détention, le préfet de l'Eure n'a pas incorrectement apprécié la menace pour l'ordre public que constitue sa présence en France. L'intéressé ne fait état d'aucunes circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. Au regard de ces éléments, pris dans leur ensemble le préfet de l'Eure n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni lésé l'intérêt supérieur de ses deux enfants, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, en obligeant l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, en fixant la Bosnie-Herzégovine comme pays de destination de cette mesure d'éloignement et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
4. En dernier lieu, eu égard, d'une part, à ce qui a été exposé précédemment et, d'autre part, à la nécessaire conciliation devant être opérée, par l'autorité administrative, entre le droit au respect de la vie privée et familiale du requérant et la protection de l'ordre public, le préfet de l'Eure n'a pas entaché l'arrêté litigieux d'erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions formées à cette fin doivent, dès lors, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
C. BOUVET
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2404037
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026