jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | BOYLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, M. C D, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :
1) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 11 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut une autorisation provisoire de séjour lui permettant de déposer des éléments supplémentaires et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à défaut à son profit.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par un auteur ne justifiant pas d'une délégation de signature ;
- il n'est pas justifié qu'il a été pris au terme d'une procédure régulière en ce qui concerne le recueil de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration et la régularité de cet avis ;
- les décisions contenues dans l'arrêté sont insuffisamment motivées ;
- l'arrêté a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il porte atteinte à son droit de ne pas subir de traitements inhumains ou dégradants, garanti par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Mulot, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. C D, ressortissant ukrainien né en 1979, serait entré en France en 2010 et s'est vu délivrer entre 2011 et 2017 des cartes de séjour temporaire régulièrement renouvelées en raison de son état de santé. Un premier refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français lui a été opposé le 7 juin 2018. Le recours de M. D contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Rouen n°1802994 du 20 novembre 2018, devenu définitif. Le 24 avril 2021, il a présenté une nouvelle demande de titre de séjour ; se fondant notamment sur l'avis défavorable de la commission du titre de séjour, le préfet de l'Eure a rejeté cette demande mais a délivré à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des articles L. 581-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs au régime de la protection temporaire prévue par la directive du Conseil du 20 juillet 2001. Le 3 avril 2023, il a sollicité et à nouveau obtenu une carte de séjour temporaire au titre de son état de santé, dont il a sollicité le renouvellement le 7 juillet 2023. Par un arrêté du 11 septembre 2024, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D demande à titre principal au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les autres conclusions de la requête :
3. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles R. 431-3 et R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative compétente pour statuer sur les demandes de titre de séjour et édicter, le cas échéant, la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département. L'arrêté attaqué a été signé par M. B A, nommé préfet de l'Eure à compter du 23 août 2022 par un décret du 20 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le préfet de l'Eure justifie avoir recueilli l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, émis lors de sa séance du 5 juillet 2024, et les irrégularités soulevées de manière hypothétique et générale par le requérant, qui n'a pas répliqué, n'apparaissent pas établies.
5. En troisième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte, en outre, des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée mais qu'elle n'a pas, lorsqu'elle assortit un refus de délivrance de titre de séjour, à faire l'objet d'une motivation spécifique.
6. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il résulte des dispositions précitées que l'obligation de quitter le territoire français qui assortit cette décision n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
7. En quatrième lieu, en se bornant à faire référence à l'arrêté du 5 janvier 2017 visé ci-dessus et à énoncer quelques considérations générales relatives aux modalités d'élaboration de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, le requérant qui n'a produit aucune pièce à l'appui de sa requête n'expose aucun élément relatif à sa pathologie. Par suite, en l'état, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé ; il doit, par suite, être écarté comme irrecevable.
8. En cinquième lieu, en se bornant à citer les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à soulever l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de ces dispositions, M. D n'assortit pas plus ces moyens des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé ; ils doivent, par suite, être également écartés comme irrecevables.
9. En sixième lieu, M. D soulève incidemment que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle. Toutefois, si l'ancienneté alléguée de son séjour n'est pas contestée en défense, M. D s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après qu'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français lui a été opposé, il ne justifie d'aucun lien personnel ou familial sur le territoire, n'établit ni même n'allègue exercer d'activité professionnelle ou suivre de formation qualifiante et le préfet de l'Eure justifie qu'il a été mis en cause pour des faits d'escroquerie et de détournement de données à caractère personnel. Par suite, le moyen n'est pas fondé et doit être écarté.
10. En dernier lieu, M. D se borne à faire état de l'existence d'un conflit armé en Ukraine et des répercussions que celui-ci aurait sur le système de soins, sans apporter aucun élément relatif à sa situation personnelle et aux soins que son état de santé requerrait. Aucun risque personnel n'est invoqué à l'appui de ce moyen. Ainsi, le préfet de l'Eure n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le pays de renvoi. Au demeurant, le moyen ne peut être utilement soulevé contre les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français, lesquelles ne précisent pas le pays à destination duquel le requérant est susceptible d'être reconduit.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence. Ses conclusions et celles de son avocat tendant à l'octroi de frais d'instance doivent également être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.
Le rapporteur,
signé
Robin Mulot
La présidente,
signé
Anne Gaillard
Le greffier,
signé
Henry Tostivint
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
S. Combes
N°2404090
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026