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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404133

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404133

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantSOMDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Somda, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités suédoises ;

2°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros (1 800 euros TTC) à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas démontré que :

. il a reçu, avant son entretien, l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

. l'entretien individuel a été mené dans des conditions respectant le paragraphe 5 de l'article 5 et l'article 35 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et le paragraphe 4 de l'article 4 et l'article 34 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;

. les autorités suédoises ont été régulièrement saisies d'une requête aux fins de prise en charge, ni qu'elles y ont apporté une réponse ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 modifié ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 septembre 2024, le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers sur lesquelles il est statué selon les procédures visées au chapitre Ier du titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 octobre 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Yousfi, substituant Me Somda pour M. C, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête. Il a souligné que le préfet devait s'assurer que les autorités suédoises étaient en mesure de prendre en charge la demande d'asile de M. C, d'origine sahraouie.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 12 h 14, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 2 mai 1986, a déposé une demande d'asile, le 14 août 2024, en préfecture des Yvelines. La consultation du fichier Visabio a permis de constater qu'un visa a été délivré à l'intéressé le 16 mai 2024 par les autorités suédoises, qui ont explicitement accepté, le 23 août 2024, la requête aux fins de prise en charge des autorités françaises. Par l'arrêté attaqué du 27 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime a décidé le transfert de M. C aux autorités suédoises.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions mentionnées au point précédent.

Sur la compétence territoriale du tribunal administratif de Rouen :

4. Aux termes de l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice de l'article L. 352-4, la décision de transfert mentionnée à l'article L. 572-1 peut être contestée devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 ou, lorsque l'étranger est placé en rétention administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 921-2 ". Aux termes de l'article R. 922-1 du même code : " En application de l'article R. 312-1 du code de justice administrative et sous réserve des exceptions prévues par la présente section, le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel l'autorité qui a pris la ou les décisions attaquées a son siège ".

5. La situation de M. C ne relevant pas des exceptions prévues aux articles R. 922-3 à R. 922-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le tribunal administratif de Rouen est compétent pour connaître de son recours formé contre l'arrêté du 27 août 2024 du préfet de la Seine-Maritime.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont il fait application et relève que le visa dont disposait M. C lors de sa demande d'asile a été délivré par les autorités suédoises et que ces mêmes autorités ont accepté la requête des autorités françaises aux fins de prise en charge sur le fondement de l'article 12.4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il fait en outre état de la situation personnelle et familiale de M. C en France et indique qu'il n'est exposé à aucun risque en cas de retour en Suède. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, ressortissant marocain, s'est vu remettre, le 14 août 2024, les brochures en langue arabe, qu'il a déclaré lire et comprendre, contenant l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

8. En troisième lieu et d'une part, M. C ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article 34 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 susvisée qui, relatives à l'entretien sur la recevabilité de la demande d'asile, ne sont pas applicables au litige. Il en va de même des dispositions de l'article 4.4 de cette même directive, qui portent sur la formation du personnel de l'autorité responsable de l'examen de la demande d'asile. Les moyens tirés de leur méconnaissance doivent par suite être écartés comme inopérants.

9. D'autre part, le résumé de l'entretien individuel de M. C comporte les initiales de l'agent l'ayant assuré et est revêtu d'un cachet numéroté de la direction des migrations de la préfecture des Yvelines. L'intéressé ne fait état d'aucune circonstance pouvant faire présumer que cet entretien, pourtant réalisé en préfecture, ne l'a pas été par un agent qualifié de celle-ci, affecté à la direction précitée. En tout état de cause, cet entretien a permis de déterminer l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile de M. C. Celui-ci n'allègue enfin ne pas avoir pu faire utilement état de l'ensemble de ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles 5 et 35 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités suédoises, saisies par la France, le 21 août 2024, d'une requête aux fins de prise en charge sur le fondement de l'article 12.4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont explicitement accepté cette requête le 23 août 2024. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine et d'acceptation des autorités suédoises doit être écarté.

11. En cinquième lieu, contrairement à ce que M. C soutient, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a pris en compte la présence de son frère en France. Il ressort en outre des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ".

13. La faculté laissée à chaque Etat membre par l'article 17 du règlement cité au point précédent de décider d'examiner une demande d'asile qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

14. En se bornant à indiquer, dans ses écritures, que " l'autorité administrative se contente d'indiquer que l'intéressé ne peut bénéficier des dérogations prévues par l'article 17. Rien de plus ! ", M. C n'assortit pas le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, alors que, eu égard au fondement de sa prise en charge par les autorités suédoises, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé ait séjourné en Suède en tant que demandeur d'asile et ne saurait dès lors sérieusement se plaindre des conditions dans lesquelles il a été accueilli. Il n'apporte en outre aucun commencement de preuve quant à l'existence de défaillances systémiques de cet Etat dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs. Enfin, à supposer qu'il entende s'en prévaloir, si le frère de M. C a obtenu le statut de réfugié, il ressort des pièces du dossier, en particulier de son passeport, délivré récemment, qu'il réside en Guyane. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. C.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités suédoises.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Somda et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

J. BLa greffière,

Signé :

P. His

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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