jeudi 14 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404310 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | MATRAND LUCILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, Mme G C, représentée par Me Matrand, demande au Tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé de son transfert aux autorités espagnoles ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de transmettre sa demande d'asile à l'office français de protection des réfugiés et des apatrides et de lui délivrer un récépissé de demandeur d'asile dans un délai de 10 jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été signée par une autorité n'ayant pas compétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 car l'entretien prévu par ce règlement n'a pas eu lieu et elle n'a pas été informée qu'elle pouvait produire des observations ou des éléments dans un délai de 8 jours ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dans le sens où le préfet n'a pas pris en compte de la présence de sa sœur en France en situation régulière chez qui elle est hébergée ;
- elle méconnait l'article 17 du règlement (EU) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait car la décision précise qu'elle n'a pas de famille en France alors que sa sœur vit en France en situation régulière ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2024, le préfet de la Seine Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Bellec comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 8 novembre 2024, ont été entendus :
- le rapport de M. Bellec, premier conseiller ;
- les observations orales de Me Derbali, substituant Me Matrand, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1.Mme C, de nationalité ivoirienne, née le 17 mai 2000, est entrée en France le 31 juillet 2024. Le 26 août 2024, elle a déposé une demande d'asile à la préfecture de Seine-Maritime. La consultation du fichier Eurodac a permis de révéler que Mme C a été précédemment identifiée en tant que demandeur d'asile par les autorités espagnoles le 27 juillet 2024. Par l'arrêté contesté du 18 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a décidé de son transfert aux autorités espagnoles.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté n° 24-035 du 12 juillet 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2004-088, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation de signature à M. H B, directeur des migrations et de l'intégration et précise explicitement à l'article 4 - Pôle régional " Dublin " que délégation est donnée à M. D E, adjoint à la cheffe du pôle régional en cas d'absence et d'empêchement de Mme A F, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont il fait application et relève que les contrôles effectués sur la borne EURODAC ont révélé que Mme C avait été précédemment identifié par les autorités espagnoles le 27 juillet 2024 et que ces mêmes autorités ont accepté la requête des autorités françaises aux fins de reprise en charge sur le fondement de l'article 18-1b) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il fait en outre état de la situation personnelle et familiale de Mme C en France et indique qu'elle n'est exposée à aucun risque en cas de retour en Espagne. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. () / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () ".
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C a bénéficié, le 28 août 2024, soit avant la décision contestée du 18 octobre 2023, de l'entretien individuel exigé par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été informée de son droit à formuler des observations complémentaires. Elle a d'ailleurs fait usage de ce droit en faisant parvenir un courrier au préfet de la Seine-Maritime le 29 août 2024 dans lequel elle retrace son parcours personnel et familial. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions citées au point 6 doit, dès lors, être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un Etat membre, cet Etat membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit. ". Aux termes de l'article 2 de ce règlement : " Aux fins du présent règlement, on entend par : / () g) " membre de la famille ", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des Etats membres : / - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable () / - les enfants mineurs des couples visés au premier tiret ou du demandeur () / - lorsque le demandeur est mineur et non marié, le père, la mère ou un autre adulte qui est responsable du demandeur () ".
9. Si Mme C soutient que sa sœur réside régulièrement en France, la sœur d'un demandeur majeur n'est toutefois pas considérée comme un " membre de la famille " au sens et pour l'application de l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ainsi que cela résulte du point g) de l'article 2 de ce règlement. Dès lors, le préfet de la Seine-Maritime n'a commis aucune erreur de fait en ne mentionnant pas sa sœur comme membre de sa famille dans son arrêté. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de Mme C n'aurait pas fait l'objet d'un examen attentif avant l'édiction de l'arrêté contesté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ".
11. La faculté laissée à chaque Etat membre par l'article 17 du règlement cité au point précédent de décider d'examiner une demande d'asile qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
12. Si Mme C soutient qu'elle réside chez sa sœur, il ressort de ses déclarations à la préfecture les 29 août 2024 et 21 octobre 2024 qu'elle réside au SPADA d'Evreux. Par ailleurs, elle soutient qu'un transfert en Espagne l'expose au risque d'être menacée par le réseau de prostitution dont elle essaierait de s'extraire depuis son départ du Maroc avec l'aide d'une personne qu'elle soupçonne vouloir l'intégrer dans un réseau de prostitution en Espagne. Toutefois, aucun élément du dossier ne permet d'attester de la réalité d'une telle menace et, à supposer celle-ci avérée, il n'est pas établi que la requérante ne serait pas en mesure d'obtenir de l'aide de la part des autorités espagnoles. Par suite, et alors que Mme C ne démontre pas que les autorités espagnoles ne seraient pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Mme C est entrée en France en août 2024 soit très récemment. Si elle soutient que sa sœur vit régulièrement sur le territoire français et que c'est sa seule famille, elle n'apporte aucun élément à l'appui de cette affirmation. Par ailleurs, la décision contestée n'a que pour seul objet de transférer Mme C aux autorités espagnoles afin qu'ils instruisent sa demande d'asile. Dans ces conditions, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 18 octobre 2024 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C doivent être écartés.
15. En dernier lieu, si la requérante soutient qu'elle a fui l'Espagne pour échapper au passeur qui l'a faite entrer en Espagne et qui veut l'exploiter, elle n'apporte aucun élément à l'appui de son affirmation. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 octobre 2024 du préfet de la Seine-Maritime. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E:
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G C, à Me Matrand, et au préfet de la Seine Maritime.
Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
C. Bellec
La greffière
Signé
C. Dupont
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. Dupont
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026