jeudi 14 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404337 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | HUON SARFATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 octobre 2024, un mémoire, enregistré le 12 novembre 2024, et une pièce, enregistrée le 13 novembre 2024, M. C A et l'association des amis de E, représentés par Me Azouaou, Selarl Roux et Azouaou, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du maire de Gisors du 3 octobre 2024 portant fermeture du site dit E ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Gisors la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
* La condition d'urgence est remplie, dès lors que l'arrêté produit les effets d'une expulsion, a pour effet d'empêcher les résidents de disposer des biens dont ils sont propriétaires et des parcelles louées pour une durée non déterminée et de laisser le site en deshérence l'exposant ainsi aux déprédations et aux cambriolages ; la sous-commission départementale pour la sécurité des occupants des terrains de camping et de stationnement de caravanes n'a jamais prescrit la fermeture du site mais simplement la réalisation d'aménagements par la commune ;
- Il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, dès lors que :
* Il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
* La sous-commission départementale pour la sécurité des occupants des terrains de camping et de stationnement de caravanes n'était pas compétente pour émettre un avis, le site de E " n'étant pas un camping ;
* La mesure édictée est disproportionnée ;
* Elle est entachée de détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, la commune de Gisors, représentée par Me Sarfati, Selarl Huon et Sarfati conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A et de l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- La condition d'urgence n'est pas remplie et il y a, au contraire, urgence à maintenir l'arrêté en litige eu égard à un risque caractérisé d'incendie ;
- Il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 28 octobre 2024 sous le n°2404336 par laquelle M. A et l'association des amis de E demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 13 novembre 2024 à 9 heures 30 en présence de Mme Combes, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :
- Les observations de Me Azouaou, pour les requérants,
- Les observations de Me Sarfati, pour la commune de Gisors,
- Les nouvelles observations de Me Azouaou, puis de Me Sarfati.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 15.
Considérant ce qui suit :
1.Il résulte de l'instruction que la commune de Gisors est devenue propriétaire en 1985, à la suite d'une procédure d'expropriation, d'un terrain de 22 hectares comportant un étang et divisé en 366 parcelles, dit " D " ou " camping de E ". Les parcelles étaient louées, dès avant le transfert de propriété à la commune, à des personnes privées. Le lieu a d'abord été géré par une association, l'association du camping de E, puis directement par la commune, à compter du 1er janvier 2019. Celle-ci a conclu, avec chaque occupant de parcelle, un contrat à durée déterminée prévoyant notamment que l'ensemble immobilier et la parcelle louée ont pour destination d'être des espaces ouverts de convivialité, de loisirs et de repos, que le locataire doit avoir un domicile extérieur et ne pas élire domicile sur la parcelle, qu'il est possible de réaliser, après accord préalable de la commune, des constructions légères sans fondation ni ancrage au sol n'occupant pas plus de 50 % de la surface louée, qu'à la fin du contrat, la parcelle devra être libérée de " toutes ses occupations matérielles ". En juin 2022, la sous-commission départementale pour la sécurité des occupants des terrains de camping et de stationnement de caravanes a émis un avis défavorable à la poursuite de l'exploitation immédiate du camping et émis des prescriptions. Le 15 mai 2023, considérant notamment que l'état du site ne permettait pas, sans une restructuration, de créer un second accès carrossable de 6 mètres de large et d'espacer les parcelles louées, le maire de Gisors a résilié les conventions de location de parcelle et laissé aux occupants un délai de six mois pour les libérer. Toutes les parcelles n'ayant cependant pas été libérées, la commune de Gisors a saisi en référé le tribunal judiciaire d'Evreux aux fins d'obtenir l'expulsion de trente-six locataires. Ses demandes ont toutefois été rejetées le 18 juillet 2024. La sous-commission départementale pour la sécurité des occupants des terrains de camping et de stationnement de caravanes a de nouveau visité le site le 16 septembre 2024, prononcé un avis défavorable à la poursuite de l'exploitation immédiate du camping et émis des prescriptions. Par arrêté du 3 octobre 2024, dont la suspension de l'exécution est demandée, le maire de Gisors a interdit l'accès et l'occupation du site de E et décidé que la réouverture ne pourrait intervenir qu'à l'issue de l'instance engagée devant le tribunal administratif visant à la désignation d'un expert judiciaire et, dans l'hypothèse d'une telle désignation, à l'issue des opérations d'expertise ordonnées.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. La décision en litige n'a pas, par elle-même, pour effet de mettre fin aux contrats en cours entre la commune de Gisors et les occupants, une telle résiliation ne pouvant intervenir que dans les conditions prévues par les stipulations de ces contrats. Les parcelles étant, au vu des photographies produites, clôturées, le risque allégué de multiplication des cambriolages n'est pas non plus établi. La mesure a, en revanche, pour effet d'interdire à chaque occupant, pour une durée non déterminée, de jouir de la parcelle dont il est locataire et de la construction, en principe légère, qu'il a réalisée sur son emprise, construction dont il est constant que l'occupant est propriétaire. Il est ainsi porté atteinte à la situation de chaque occupant, mais la gravité de cette atteinte est toutefois relative, dans la mesure, notamment, où la construction réalisée ne peut constituer la résidence principale de l'intéressé et où chaque occupant ne peut ignorer le caractère précaire de son occupation puisque la location est consentie, selon les termes du contrat, pour une durée d'un an renouvelable par tacite reconduction sans pouvoir excéder une durée totale de six ans, période ferme et reconductions comprises. Surtout, il résulte des constatations de la sous-commission départementale pour la sécurité des occupants des terrains de camping et de stationnement de caravanes du 16 septembre 2024, dont la pertinence n'est pas utilement contredite, notamment que le site est soumis à un risque inondation lié à la proximité de l'Epte, que les solutions individuelles de raccordement à l'électricité et au gaz créent " des risques sévères d'intoxication collective au monoxyde de carbone " et " un risque important d'éclosion d'incendie ", que le risque d'incendie est accru par " la présence de déchets végétaux et divers accolés aux bâtiments " et par la " très forte proximité des bâtiments d'habitation et annexes, qui créent dans certains secteurs une continuité des structures propre à la propagation des incendies " avec " un risque majeur de destructions multiples ". La commission a également constaté l'absence de second accès pour les véhicules de secours et noté que les accès secondaires " seraient existants mais envahis par la végétation et inutilisables ce qui peut ralentir l'action des sapeurs-pompiers qui seraient confrontés au flux sortant des véhicules des résidents ". La sous-commission conclut, notamment, que " La multiplicité des risques d'éclosion et de propagation d'incendie, d'intoxication au monoxyde de carbone et d'atteinte corporelle présentée par la majorité des structures aménagées est constatée (). Les résidents, du fait des nombreux aménagements et transformations opérés aux structures d'origine, prévues pour des occupations temporaires, sont ainsi soumis à un danger grave et imminent généré par des dispositifs d'alimentation électrique " sauvages ", par la mitoyenneté et le confinement des habitations et l'usage de moyens de chauffage non conformes dans des structures inadaptées à une fréquentation permanente ". Si la sous-commission départementale pour la sécurité des occupants des terrains de camping et de stationnement de caravanes, qui ne peut d'ailleurs émettre que des avis, n'a pas prescrit la fermeture du site, elle a néanmoins, tant en 2022 qu'en 2024, émis un avis défavorable à la poursuite de l'exploitation immédiate du camping et il ne peut être sérieusement soutenu que les aménagements à réaliser pourraient intervenir très rapidement alors, en outre, que l'approche de l'hiver ne permet pas, par exemple, d'imposer aux occupants de ne plus se chauffer. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard aux risques encourus par les résidents, à rapprocher de l'atteinte relative portée à leur situation de locataire de parcelle et de propriétaires d'habitation en principe légère, la condition d'urgence n'est pas remplie. Les circonstances que la commune de Gisors n'ait, notamment, tenté de résilier les conventions en cours que le 15 mai 2023 alors que la sous-commission départementale pour la sécurité des occupants des terrains de camping et de stationnement de caravanes avait émis un avis défavorable à la poursuite de l'exploitation immédiate du camping en juin 2022, puis qu'elle ait assigné 36 occupants devant le tribunal judiciaire d'Evreux alors que 280 baux seraient encore en cours ne sont pas de nature à remettre en cause l'urgence qui résulte des constatations de la sous-commission départementale de sécurité du 16 septembre 2024. Par suite, la requête doit être rejetée, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur l'existence d'un moyen susceptible de créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.
5. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
6. Les dispositions rappelées au point 5 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de M. A et de l'association des amis de E dirigées contre la commune de Gisors qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme en application desdites dispositions ;
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A et de l'association des amis de E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Gisors présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à l'association des amis de E, et à la commune de Gisors.
Copie en sera adressée au préfet de l'Eure.
Fait à Rouen, le 14 novembre 2024.
La juge des référés,
signé
A. B
La greffière,
signé
S. COMBES
La république mande et ordonne préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé : S. Combes
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026