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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404502

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404502

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantMONTREUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 et 19 novembre 2024, M.Dd B, représenté par Me Montreuil, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

M. B soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

L'affaire a été appelée à l'audience du 20 novembre 2024, renvoyée à celle du 28 novembre 2024 puis à celle du 2 décembre 2024.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 décembre 2024 à 10 h 30 :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Montreuil, représentant M. B, en présence de celui-ci, assisté de M. A, interprète en langue arabe.

Le conseil de M. B soulève à l'audience le moyen nouveau tiré du défaut de base légale de la décision contestée, l'existence d'une obligation de quitter le territoire français et d'une première interdiction d'y retourner n'étant pas justifiée.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M.Dd B, ressortissant algérien né le 9 décembre 2004, déclare être entré en France en 2019. Le 27 octobre 2024, il a été interpellé par les services de police et placé en garde à vue. Par la décision contestée, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise antérieurement à son encontre.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement le requérant à l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles

L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace

pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même () pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. " Aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. "

5. Si le conseil de M. B conteste à l'audience l'existence d'une obligation de quitter le territoire français et d'une première interdiction d'y retourner pendant une durée de trois ans, il ressort de ses propres écritures, de l'arrêté attaqué, d'un arrêté du 4 octobre 2024 portant assignation à résidence et de l'ordonnance du 6 octobre 2024 du juge du tribunal judiciaire d'Orléans que ces mesures ont été prises par le préfet de la Seine-Maritime dans un arrêté notifié le 2 octobre 2024, qui a, selon les propos tenus à la barre, fait l'objet d'un recours contentieux.

6. Pour prendre l'arrêté contesté, le préfet s'est fondé sur les circonstances que

M. B n'avait pas déféré à une mesure d'éloignement exécutoire et qu'il avait été placé en garde à vue pour des faits de rébellion. Comme il est dit au point 7, l'arrêté notifié le 2 octobre 2024 a fait l'objet d'un recours contentieux, de sorte que M. B a pu se maintenir sur le territoire jusqu'à la notification du jugement. Celui-ci soutient être entré en France en 2019 à l'âge de quinze ans, ce qui est corroboré par l'enquête sociale et n'est pas contredit en défense, à la suite du décès de sa grand'mère maternelle qui l'élevait depuis la mort de ses parents. Il se déclare en concubinage depuis trois ans avec Mme C. Dans les circonstances de l'espèce, en prolongeant de deux ans, soit le maximum prévu au premier alinéa de l'article

L. 612-11, l'interdiction pendant trois ans de retourner sur le territoire français prononcée moins d'un mois auparavant, portant ainsi sa durée totale au maximum prévu au dernier alinéa du même article, sur la base d'un placement en garde à vue pour rébellion, le préfet a fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de justice administrative.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens,

M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.

Sur les frais d'instance :

8. M. B a obtenu provisoirement l'aide juridictionnelle. Sous réserve que Me Montreuil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 28 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Montreuil la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à MDad B, à Me Montreuil et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 décembre 2024.

Le président du tribunal,

signé

J. E

Le greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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