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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404572

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404572

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404572
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantBILLORÉ-TENNAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2024, et un mémoire, enregistré le 23 janvier 2025 à 10 h 01, M. C A, représenté par Me Billoré-Tennah, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence, valable un an et portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de réexamen de sa demande, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat à titre principal la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique à verser à son conseil, à titre de subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

* l'arrêté, dans son ensemble :

- est insuffisamment motivé ;

- a été pris par une autorité incompétente.

* la décision portant refus de séjour :

- est entachée d'un défaut d'examen réel de sa situation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît la jurisprudence dite Diaby ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 3 février 2025 constatant la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. A ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- l'ordonnance du 21 janvier 2025 fixant la clôture de l'instruction au 23 janvier 2025 à 12 h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- et les observations de Me Billoré-Tennah, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité marocaine, est entré en Espagne le 5 août 2017, puis en France le 30 août 2017. L'intéressé s'est vu délivrer un visa court séjour par les autorités françaises valable du 1er août au 15 septembre 2017 pour une seule entrée et une durée maximale de séjour de trente jours. Le 30 janvier 2024, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour du droit des étrangers et du droit d'asile applicable aux étrangers de dix-huit ans ayant vécu en France pendant leur minorité avec un de leurs parents. Par l'arrêté attaqué du 10 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime, qui a procédé à une instruction panoramique de la demande d'admission au séjour du requérant, a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par arrêté du 12 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du même jour, librement consultable sur son site internet, M. D B, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de Seine-Maritime, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer tous arrêtés relevant de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, les décisions attaquées, qui, contrairement à ce que soutient le requérant, n'ont pas à viser l'ensemble des éléments relatifs à sa vie personnelle, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions prises par le préfet de la Seine-Maritime sont donc suffisamment motivées.

Sur le refus de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

5. En second lieu, M. A, qui est entré en France à l'âge de onze ans muni d'un visa court séjour et s'y est maintenu irrégulièrement, a été scolarisé sur le territoire entre 2017 et 2024. Il ressort des pièces du dossier qu'il a échoué aux épreuves de première année de licence de langues étrangères appliquées pour l'année 2023-2024. S'il n'est pas douteux que le jeune requérant ait noué en France des liens depuis son arrivée relativement ancienne, il n'en apporte toutefois pas de témoignage autrement que par des attestations de ses grands-parents alors qu'il n'est pas dépourvu de toute attache au Maroc où résident ses parents, lesquels n'ont, contrairement à ce qu'il soutient, pas été autorisés à séjourner sur le territoire national. Dans ces conditions, eu égard notamment aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 10 septembre 2024 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant refus de séjour prise à l'encontre de M. A n'est pas entachée d'illégalité et n'encourt pas l'annulation. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de base légale ou qu'elle devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour.

7. En deuxième lieu, pour les motifs énoncés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

8. En dernier lieu, pour le motif énoncé au point 5, M. A n'est pas en situation de se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard notamment de sa durée de présence sur le territoire et de sa scolarité. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A n'est pas entachée d'illégalité et n'encourt pas l'annulation. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de base légale ou qu'elle devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Mansouria Billoré-Tennah et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Defline, premier conseiller,

Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

Le président-rapporteur,

P. MINNE L'assesseur le plus ancien,

T. DEFLINNE

Le greffier,

N. BOULAY

N°2404572

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