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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404785

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404785

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantSOUTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2024, M. E B, représenté Me Souty, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités belges responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à titre subsidiaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à titre subsidiaire, de lui verser directement cette somme.

M. B soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013

- il méconnaît l'article 5.6. du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors qu'il ne s'est pas vu remettre une copie de son entretien individuel ;

- l'administration n'apporte pas la preuve de la saisine de l'Etat membre responsable ;

- il a été pris sans examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré 2 décembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 décembre 2024 :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Souty, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures et qui insiste sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que l'entretien revêt seulement le tampon des services de l'immigration, sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que la Cour de justice de l'Union européenne a jugé qu'il existait des carences systémiques dans l'accueil des demandeurs d'asile et enfin, sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- et les observations de M. B, assisté de M. C, interprète en pachto, qui indique avoir été sans domicile lorsqu'il était en Belgique ;

Le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant afghan né le 28 juin 2003, s'est présenté à la préfecture de police de Paris les 1er et 2 octobre 2024 en vue de déposer une demande d'asile. Le 14 octobre 2024, les autorités belges ont été saisies d'une demande de reprise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 18, paragraphe 1, d) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les autorités belges ont donné leur accord explicite à la reprise en charge de M. B le 16 octobre 2024, sur le fondement de l'article 18, paragraphe 1, d) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par un arrêté du 18 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a décidé du transfert de l'intéressé aux autorités belges.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il précise que M. B a demandé l'asile en Belgique le 21 avril 2022 et que les autorités belges, saisies par la France le 14 octobre 2024 ont explicitement accepté de le reprendre en charge le 16 octobre 2024, sur le fondement du paragraphe 1, d) de l'article 18 de ce règlement. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à M. B de comprendre les motifs de la décision et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application des dispositions du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de le remettre aux autorités responsables de l'examen de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits et les modalités d'application du règlement, par écrit et dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Cette information doit comporter l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de ce même article 4 et constitue une garantie pour le demandeur d'asile.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu remettre, le 2 octobre 2024, les brochures A et B relatives à la détermination de l'État responsable de sa demande d'asile et à l'organisation de la " procédure F " rédigées en pachto, langue qu'il a déclaré comprendre, contenant les éléments d'information exigés par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. [] 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé.". Aux termes de l'article 35 du même règlement : " 1. Chaque État membre notifie sans délai à la Commission les autorités chargées en particulier de l'exécution des obligations découlant du présent règlement et toute modification concernant ces autorités. Les États membres veillent à ce qu'elles disposent des ressources nécessaires pour l'accomplissement de leur mission et, notamment, pour répondre dans les délais prévus aux demandes d'informations, ainsi qu'aux requêtes aux fins de prise en charge et de reprise en charge des demandeurs. [] 3. Les autorités visées au paragraphe 1 reçoivent la formation nécessaire en ce qui concerne l'application du présent règlement [] ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié le 2 octobre 2024 d'un entretien individuel et confidentiel qui s'est tenu par le truchement d'un interprète en pachto, langue qu'il a indiqué comprendre. La mention, dans l'entretien du 2 octobre 2024, que l'entretien a été mené par un agent qualifié d'une part et le tampon apposé en bas de l'entretien d'autre part qui précise que cet entretien a été mené au sein de la préfecture de police par la délégation à l'immigration au bureau d'accueil de la demande d'asile, suffisent à établir que l'agent, fonctionnaire de la préfecture de police, est régulièrement habilité et qualifié pour réaliser l'entretien dont s'agit. L'entretien de M. B ayant ainsi été mené par un agent qualifié au sens du 5 de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013, l'absence d'indication de l'identité de cet agent est donc sans incidence sur la régularité de la procédure suivie dès lors qu'elle n'a pas privé M. B de la garantie tenant au bénéfice de cet entretien et à la possibilité de faire valoir toutes observations utiles et, en l'espèce, n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise.

8. Enfin, aucune disposition n'impose à l'administration de remettre une copie de l'entretien individuel en l'absence de demande par le requérant. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.

9. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté en toutes ses branches.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 23 intitulé " Présentation d'une requête aux fins de reprise en charge lorsqu'une nouvelle demande a été introduite dans l'État membre requérant ", du règlement (UE) n° 604/2013 dit F A : " [] 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac [] 3. Lorsque la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais fixés au paragraphe 2, c'est l'État membre auprès duquel la nouvelle demande est introduite qui est responsable de l'examen de la demande de protection internationale [] ". Aux termes de l'article 25 du même règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de reprise en charge de la personne concernée aussi rapidement que possible et en tout état de cause dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la date de réception de la requête. Lorsque la requête est fondée sur des données obtenues par le système Eurodac, ce délai est réduit à deux semaines. 2. L'absence de réponse à l'expiration du délai d'un mois ou du délai de deux semaines mentionnés au paragraphe 1 équivaut à l'acceptation de la requête, et entraîne l'obligation de reprendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée ".

11. Il ressort des pièces du dossier que les autorités belges, saisies par la France le 14 octobre 2024 sur le fondement du paragraphe d) du 1 de l'article 18 de ce règlement, ont accepté de reprendre en charge M. B par une décision explicite du 16 octobre 2024 sur le fondement du paragraphe d) du 1 de l'article 18 de ce règlement. Le moyen tenant au défaut de demande de reprise en charge et d'accord des autorités belges manque donc en fait.

12. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée qui mentionne la responsabilité des autorités belges et que M. B n'a pas de famille en France, ni des pièces du dossier que la situation personnelle de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen attentif avant l'édiction de l'arrêté contesté.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre A afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ".

14. La Belgique est un pays membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption est toutefois réfragable lorsque qu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités belges répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

15. M. B se prévaut de l'existence de défaillances systémiques faisant obstacle à son transfert vers la Belgique du fait des difficultés connues par cet Etat dans l'accueil des demandeurs d'asile. Il fait état à cette fin d'une décision du 15 novembre 2022 n°48987/22 par laquelle la Cour européenne des droits de l'homme a enjoint aux autorités belges de fournir un hébergement et une assistance matérielle à 148 demandeurs d'asile, ainsi que d'une autre décision de la même Cour du 18 juillet 2023 n° 49255/22 relevant, au titre du constat de violation de l'article 6, paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'existence d'une " une carence systémique des autorités belges d'exécuter les décisions de justice définitives relatives à l'accueil des demandeurs de protection internationale "(§118), au regard d'un délai de trois mois et demi de mise à l'exécution de l'ordonnance d'un juge belge pour que l'intéressé obtienne une offre d'hébergement de l'Agence fédérale pour l'accueil des demandeurs d'asile " Fedasil ", ainsi qu'un " problème systémique concernant la capacité des autorités à se conformer à la propre législation interne de la Belgique sur le droit à l'hébergement des demandeurs d'asile y compris aux décisions de justice définitives en ordonnant le respect " (§145). L'intéressé verse également à l'instance une communication du 10 juillet 2024 du centre fédéral migration et de l'institut fédéral pour la protection des droits humains en Belgique au comité des Ministres du Conseil de l'Europe, au sujet de l'exécution de ce dernier arrêt.

16. Les seuls éléments mentionnés au point précédent, qui portent au demeurant sur des faits datant de l'année 2022, ne suffisent pas à démontrer que les conditions matérielles d'accueil en Belgique seraient caractérisées par des carences structurelles d'une ampleur telle qu'il y aurait lieu de conclure à l'existence de défaillances systémiques.

17. A cet égard, si le requérant se prévaut également d'une décision du comité des ministres de Conseil de l'Europe du 19 septembre 2024 relative à l'exécution de la décision précitée du 18 juillet 2023, invitant les autorités belges à augmenter de manière significative et durable la capacité du réseau d'accueil des demandeurs d'asile dans ce pays, il ressort de cette décision que le comité des ministres a également constaté les nombreuses mesures déjà adoptées par ces autorités notamment des mesures pour libérer des places d'accueil, ou encore un examen accéléré de certaines demandes d'asile, ainsi que les mesures qui sont encore prévues et en particulier, la création de 3 500 nouvelles places temporaires, ce qui ne suffit pas à démontrer l'existence de défaillances systématiques dans l'accueil des demandeurs d'asile au sens de l'article 3 paragraphe 2 du règlement (UE) n° 604/2013.

18. En outre la production d'articles de presse de 2023 et 2024 par le requérant, faisant état de l'engorgement des structures d'accueil liés à des afflux importants de demandeurs d'asile et renvoyant notamment aux décisions mentionnées au point 15, ne saurait être regardée comme suffisante pour établir, à la date de la décision attaquée, de telles défaillances systémiques au sens du règlement communautaire précité.

19. Enfin, si M. B fait valoir qu'il n'a pas été hébergé lors de l'examen de sa demande d'asile en Belgique, cette seule circonstance ne suffit pas à établir qu'il serait personnellement soumis en Belgique à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dans le cadre de sa reprise en charge sur le fondement de l'article 18, paragraphe 1, d) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

20. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ainsi que les articles 4 de la charte des droits fondamentaux et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

21. En septième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. [] 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit [] ". La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 de ce règlement, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

22. Il ressort des pièces du dossier que M. B est arrivé très récemment sur le territoire français, pays où il n'a pas d'attaches familiales. En outre, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 à 20, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 au motif que la Belgique présenterait des défaillances systémiques dans l'accueil des demandeurs d'asile. Si le requérant soutient qu'il pourrait obtenir une protection internationale en France du seul fait de sa nationalité afghane, cette allégation ne permet pas d'établir l'existence d'une telle erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions citées au point 21.

23. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 18 octobre 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert aux autorités belges. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Souty et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

B. D

La greffière,

Signé

C. DUPONT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

Signé

C. Dupont

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