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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2405168

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2405168

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2405168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantGARRIGUES BEAULAC ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de la société CLM Consulting, qui contestait le refus de la ministre des armées de lui délivrer une autorisation d'intermédiation pour des matériels de guerre de catégorie A2. Le tribunal a jugé que le refus, fondé sur des motifs d'ordre public et de sécurité nationale, était légal et que la décision était suffisamment motivée. La juridiction s'est appuyée sur les dispositions du code de la défense, notamment les articles L. 2332-1 et R. 2332-7.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :



Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 décembre 2024 et 26 février 2026, la société CLM Consulting, représentée par Me Beaulac, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :


1°) d’annuler la décision du 27 octobre 2024 par laquelle la ministre des armées et des anciens combattants a rejeté sa demande d’autorisation d’intermédiation de matériels de guerre de catégorie A2 §4°, 5°, 6° et 9° ;

2°) d’enjoindre à l’autorité compétente de lui délivrer l’autorisation demandée, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 10 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société CLM Consulting soutient dans le dernier état de ses écritures que la décision attaquée :

est signée par une autorité incompétente ;
est insuffisamment motivée ;
méconnaît l’autorité de la chose jugée attachée à l’arrêt n°24DA01683 du 31 juillet 2025 de la cour administrative d’appel de Douai, devenu définitif ;
est entachée d’une erreur de droit ;
est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.



Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2025, la ministre des armées et des anciens combattants conclut au rejet de la requête.

La ministre des armées et des anciens combattants fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 ;
- le décret n° 2014-1285 du 23 octobre 2014 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Favre,
- les conclusions de Mme Aubert, rapporteure publique,
- et les observations de Me Beaulac, représentant la société CLM Consulting.

La ministre des armées et des anciens combattants n’était ni présente ni représentée.


Considérant ce qui suit :

Par une demande du 24 novembre 2020, la société CLM Consulting a présenté en application de l’article R. 2332-5 du code de la défense auprès de la ministre des armées une demande d’autorisation d’intermédiation de matériels de guerre de catégorie A2 § 4°, 5°, 6°, 9° au regard de la classification prévue à l’article R. 311-2 du même code, restée sans réponse. Par courrier du 20 octobre 2021, l’intéressée a formé un recours gracieux, rejeté par décision du 8 novembre 2021. Par jugement n° 2201977 du 14 juin 2024 du tribunal, confirmé par l’arrêt n°24DA01683 du 31 juillet 2025 de la cour administrative d’appel de Douai, ces décisions ont été annulées et il a été enjoint à l’Etat de réexaminer la demande d’autorisation de la société CLM Consulting. Par la décision attaquée du 27 octobre 2024, la ministre des armées et des anciens combattants a de nouveau rejeté la demande d’autorisation d’intermédiation de matériels de guerre de catégorie A2 §4°, 5°, 6° et 9° présentée par la société CLM consulting.


Sur les conclusions en annulation :

Aux termes de l’article L. 2332-1 du code de la défense : « I. - Les entreprises qui se livrent à la fabrication ou au commerce de matériels de guerre, armes, munitions et de leurs éléments relevant des catégories A et B mentionnées à l'article L. 2331-1 ou qui utilisent ou exploitent, dans le cadre de services qu'elles fournissent, des matériels de guerre et matériels assimilés figurant sur la liste mentionnée au second alinéa de l'article L. 2335-2 ne peuvent fonctionner et l'activité de leurs intermédiaires ou agents de publicité ne peut s'exercer qu'après autorisation de l'Etat et sous son contrôle. (…) ». Aux termes de l’article R.2332-5 du code précité : « Sont soumis à autorisation du ministre de la défense : / 1° La fabrication, le commerce et l'activité d'intermédiation de matériels de guerre de la catégorie A2, comprenant notamment : / (…) c) Toute activité d'intermédiation, au sens du 1° du III de l'article R. 311-1 du code de la sécurité intérieure, concernant des matériels de guerre de la catégorie A2 ; (…) ». Aux termes de l’article R. 2332-7 de ce code : « L'autorisation peut être refusée pour des raisons d'ordre public ou de sécurité nationale. Dans ce cas, le ministre de la défense en informe le ministre de l'intérieur. ». Aux termes de l’article R. 311-1 du code de la sécurité intérieure dans sa version alors en vigueur : « On entend par : / (…) III. - Activités en relation avec les armes : / 1° Activité d'intermédiation : toute opération à caractère commercial ou à but lucratif dont l'objet consiste, en tout ou partie : / a) A rapprocher des personnes souhaitant conclure un contrat d'achat ou de vente, de prêt ou de location-vente de matériels de guerre, d'armes et de munitions, ou à conclure un tel contrat pour le compte d'une des parties ; / b) Ou à organiser des transferts d'armes à feu, d'éléments d'arme ou de munitions à l'intérieur d'un Etat membre, depuis un Etat membre vers un autre Etat membre, depuis un Etat membre vers un pays tiers ou depuis un pays tiers vers un Etat membre. / Cette opération d'intermédiation faite au profit de toute personne quel que soit le lieu de son établissement prend la forme d'une opération de courtage ou celle d'une opération faisant l'objet d'un mandat particulier ou d'un contrat de commission ; (…) »

Il résulte des termes de l’arrêt n°24DA01683 du 31 juillet 2025, confirmant le jugement n° 2201977 du 14 juin 2024 du tribunal, que la cour administrative d’appel de Douai a considéré d’une part, que le ministre des armées ne pouvait se fonder, pour refuser de délivrer l’autorisation demandée le 24 novembre 2020, sur l’exercice par la société CLM Consulting d’une activité d’intermédiation sans disposer au préalable de l’autorisation requise et sur l’absence de démarche de la société avant le 24 novembre 2020 pour la solliciter et d’autre part, que les pièces du dossier ne permettaient pas de considérer que l’activité de la société CLM Consulting risquait de compromettre l’ordre public ou la sécurité nationale au sens de l’article R. 2332-7 du code de la défense. A la suite du réexamen enjoint par le jugement n° 2201977 du 14 juin 2024, la décision litigieuse de refus du 27 octobre 2024, prise pour l’application des dispositions précitées de l’article R. 2332-7 du code de la défense, est fondée, eu égard aux écritures de la ministre des armées produites dans le cadre de l’instance, sur des raisons de sécurité nationale qui tiennent à l’exercice par la société CLM Consulting pendant plusieurs années d’une activité d’intermédiation au profit de la seule société Lockheed Martin sans disposer de l’autorisation adéquate, aux conditions dans lesquelles la société exerce ses activités à travers la personne de son dirigeant en tant qu’il mobilise ses relations au sein de l’armée française et au risque de fuites d’informations sensibles au bénéfice d’une société étrangère. La ministre des armées et des anciens combattants fait valoir que la décision litigieuse repose sur de nouveaux éléments factuels dans le cadre du durcissement du contexte géopolitique. La note blanche produite énonce, outre les éléments versés aux débats dans le cadre de la précédente instance, que M. A... a produit en 2020 une étude comparée entre l'A400M et le C-130J à l'attention des autorités militaires françaises en utilisant des informations sensibles collectées en amont sur l'aéronef européen afin d'appuyer l'approche de la société Lockheed Martin et a également organisé les 27 septembre 2021 et le 26 octobre 2021 des rencontres sur le site du ministère des armées, sans y être présent, entre représentants de la société Lockheed Martin et les autorités de l'armée française. Toutefois, il n’est pas établi que la société requérante aurait effectivement disposé d’informations sensibles ou aurait transmis celles-ci à la société Lockeed Martin alors même qu’il est indiqué que M. A... a cessé son activité d’intermédiation pour le compte de la société américaine, son unique client, en 2023. Ces seuls éléments ne permettent pas d’établir que l’activité de la société CLM Consulting risquerait de compromettre la sécurité nationale au sens de l’article R. 2332-7 du code de la défense. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.

Il résulte de ce qui précède que la société CLM Consulting est fondée à demander l’annulation de la décision du 27 octobre 2024 par laquelle la ministre des armées et des anciens combattants a rejeté sa demande d’autorisation d’intermédiation de matériels de guerre de catégorie A2 §4°, 5°, 6° et 9°.

Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

En raison du motif qui la fonde, l’annulation de la décision attaquée implique nécessairement, sous réserve de l’absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que la société CLM Consulting se voie délivrer l’autorisation sollicitée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés à l’instance :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à la société CLM Consulting au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :


Article 1er : La décision du 27 octobre 2024 par laquelle la ministre des armées et des anciens combattants a rejeté la demande de la société CLM Consulting d’autorisation d’intermédiation de matériels de guerre de catégorie A2 §4°, 5°, 6° et 9° est annulée.


Article 2 : Il est enjoint à l’Etat, sous réserve de l’absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer à la société CLM Consulting l’autorisation sollicitée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.


Article 3 : L’Etat versera la somme de 1 500 euros à la société CLM Consulting sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Article 4 : Le surplus de la requête de la société CLM Consulting est rejeté.


Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société CLM Consulting et à la ministre des armées et des anciens combattants.


Délibéré après l'audience du 20 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Cotraud, premier conseiller,
- Mme Favre, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2026.


La rapporteure,


Signé :


L. FAVRE



La présidente,


Signé :


C. VAN MUYLDER Le greffier,


Signé :


J.-B. MIALON


La République mande et ordonne à la ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,



J.-B. MIALON



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