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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2405171

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2405171

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2405171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantINTER-BARREAUX EMO AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de deux usagers contestant la tarification différenciée des abonnements pour la traversée du pont de Normandie. La juridiction a jugé la demande irrecevable car elle visait l'annulation partielle du refus d'abroger une délibération de la chambre de commerce et d'industrie, acte considéré comme indivisible. Le tribunal a appliqué les principes généraux du contentieux administratif relatifs à l'unité de l'acte attaqué.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés, les 16 décembre 2024 et 16 mars 2026, ce dernier non communiqué, Mme C... et M. B... A..., représentés par Me Desmeulles, doivent être regardés comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d’annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite par laquelle le président de la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire a rejeté leur demande tendant à l’abrogation de la délibération du 17 mai 2018 de son assemblée générale, en tant qu’elle institue une différence de tarification, selon le mode de souscription, entre les différents abonnements pour la traversée du pont de Normandie ;

2°) d’annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite par laquelle le président de la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire a rejeté leur demande tendant à l’abrogation de la délibération du 17 mai 2018 de son assemblée générale, en tant qu’elle institue une différence de tarification, selon le mode de souscription, entre les différents abonnements pour la traversée du pont de Normandie et du pont de Tancarville et qu’elle modifie les seuils de rechargement du « pass Pont-Pont » et fixe le calendrier de son déploiement ;

3°) d’enjoindre à la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire à titre principal, de proposer aux usagers du pont de Normandie un abonnement payable et rechargeable par chèque ou espèces, dont la souscription peut intervenir par d’autres biais que le recours au téléservice et dont les frais ainsi que les conditions tarifaires sont identiques à ceux proposés au titre de l’abonnement dénommé « pass Pont-Pont », et à titre subsidiaire, de remettre en place le dispositif d’assistance pour la souscription dématérialisée à ce dernier abonnement mis en œuvre avant la crise sanitaire liée à l’épidémie de covid-19, en toute hypothèse dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire une somme de 6 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l’article L. 243-2 du code des relations entre le public et l’administration dès lors que la différence de tarification instituée entre les modes de souscription d’abonnement :
. méconnaît le principe d’égalité des usagers devant le service public ;
. méconnaît les dispositions de l’article R. 162-2 du code monétaire et financier.


Par deux mémoires en défense enregistrés les 15 avril 2025 et 30 janvier 2026, la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire, représentée par la SCP Emo Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme et M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu’elle tend à l’annulation partielle du refus d’abroger un acte qui présente un caractère indivisible et qu’elle n’a pu être régularisée par la présentation, en cours d’instance, d’une nouvelle demande d’abrogation ;
- à titre subsidiaire, aucun de ses moyens n’est fondé.


Par un courrier du 14 janvier 2026, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d’office le moyen tiré de l’irrecevabilité de la requête, qui vise à l’annulation du refus d’abroger la délibération du 17 mai 2018 de l’assemblée générale de la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire, en tant que, pour la traversée du pont de Normandie, elle institue un tarif préférentiel par le « pass Pont-Pont », dont la souscription et le rechargement s’effectuent par internet, dès lors qu’elle tend à l’annulation du refus d’abroger partiellement un acte dont les dispositions forment un ensemble indivisible.

La chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire a présenté des observations en réponse enregistrées le 20 janvier 2026.

Mme et M. A... ont présenté des observations en réponse enregistrées le 23 janvier 2026.

Par un courrier du 13 mars 2026, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d’office le moyen tiré de l’irrecevabilité des conclusions tendant à l’annulation de la décision implicite de rejet de la demande d'abrogation adressée par courrier du 22 janvier 2026, qui, présentant un caractère confirmatif, ne fait pas grief aux requérants.

Mme et M. A... ont présenté des observations en réponse enregistrées le 16 mars 2026, qui n’ont pas été communiquées.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de commerce ;
- le décret du 5 mai 1988 approuvant la convention de concession passée le 22 mars 1988 entre l’Etat et la chambre de commerce et d’industrie du Havre et le cahier des charges annexé pour la construction, l’entretien et l'exploitation du pont de Normandie ;
- le décret n° 95-81 du 24 janvier 1995 ;
- le décret n° 2011-166 du 10 février 2011 ;
- le décret n° 2015-1642 du 11 décembre 2015 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Aubert, rapporteure publique,
- et les observations de Me Desmeulles, représentant Mme et M. A..., et de Me Molkhou, représentant la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire.



Considérant ce qui suit :


1. Par une délibération du 3 décembre 2015, l’assemblée générale de la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire a notamment décidé de créer un badge « bi-pont », en remplacement des cartes Subito et Presto, permettant le passage sur les deux ponts, avec possibilité d’achat et de rechargement sur le site internet de la chambre, puis elle a décidé, par une délibération du 17 mai 2018, la mise en place, à compter de juin 2018, d’un abonnement dénommé « Pass Pont-Pont », dont la souscription et le rechargement s’effectuent par internet. Par un courrier reçu le 16 octobre 2023, Mme C... et M. B... A... ont adressé au président de la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire une demande devant être regardée comme tendant à l’abrogation de la délibération précitée du 17 mai 2018, en ce qu’elle institue une différence de tarification, selon le mode de souscription, entre les abonnements « Pass Pont-Pont » et « Rivage ». Par la décision implicite attaquée, le président de la chambre de commerce et d’industrie territoriale a rejeté cette demande. Par un courrier du 22 janvier 2026, expédié le même jour, Mme et M. A... ont adressé à la chambre de commerce et d’industrie une nouvelle demande d’abrogation tendant aux mêmes fins, implicitement rejetée.


Sur les conclusions à fin d’annulation :


En ce qui concerne le rejet de la demande d’abrogation reçue le 16 octobre 2023 :


2. Le juge administratif, lorsqu’il est saisi de conclusions tendant à l’annulation du refus d’abroger partiellement un acte dont les dispositions forment un ensemble indivisible, est tenu de rejeter ces conclusions comme irrecevables.


3. Ainsi qu’il a été dit au point 1, par une délibération du 17 mai 2018, modifiant et complétant une précédente du 3 décembre 2015, l’assemblée générale de la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire a mis en place un abonnement dénommé « Pass Pont-Pont » instituant un tarif préférentiel pour la traversée des ponts de Normandie et de Tancarville. Les dispositions créant cet abonnement, destiné aux usagers de ces deux ponts, forment un ensemble indivisible dont les intéressés ne sont pas recevables à demander le refus de les abroger seulement en tant que, pour la traversée du pont de Normandie, sa souscription ne peut s’effectuer que par internet.


4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision implicite par laquelle le président de la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire a rejeté la demande de Mme et M. A..., reçue le 16 octobre 2023, tendant à l’abrogation partielle de la délibération du 17 mai 2018 de son assemblée générale, doivent être rejetées.


En ce qui concerne le rejet de la demande d’abrogation adressée par courrier du 22 janvier 2026 :


5. Ainsi qu’il a été dit précédemment, par un courrier reçu le 16 octobre 2023, Mme et M. A... ont adressé une demande tendant à l’abrogation de la délibération du 17 mai 2018 susmentionnée, en ce qu’elle institue une différence de tarification, selon le mode de souscription, entre les abonnements « Pass Pont-Pont » et « Rivage », implicitement rejetée. Cette décision n’a pas été contestée dans le délai de recours contentieux dans la mesure où elle porte refus d’abrogation en tant que, pour la traversée du pont de Tancarville, la souscription du « Pass Pont-Pont » ne peut s’effectuer que par internet et est ainsi devenue définitive. En l’absence de toute modification dans les circonstances de fait ou de droit, la décision attaquée, qui rejette implicitement la seconde demande d’abrogation de Mme et M. A..., qui a le même objet et la même portée que la précédente, a le caractère d’une décision purement confirmative de celle-ci, qui ne fait ainsi pas grief et n’a en outre pas pu avoir pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux. Les conclusions tendant à son annulation ne peuvent dès lors qu’être rejetées comme irrecevables.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision implicite par laquelle le président de la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire a rejeté la demande de Mme et M. A..., adressé par courrier du 22 janvier 2026, tendant à l’abrogation partielle de la délibération du 17 mai 2018 de son assemblée générale, doivent être rejetées.


7. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme et M. A... doivent être rejetées dans leur ensemble, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte.


Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :


8. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par Mme et M. A... et non compris dans les dépens. Il n’y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de ces derniers une somme au titre des frais exposés par la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire et non compris dans les dépens.







D E C I D E :






Article 1er : La requête de Mme et M. A... est rejetée.





Article 2 : Les conclusions présentées par la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.





Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... et M. B... A... et à la chambre de commerce et d’industrie territoriale Seine Estuaire.



Délibéré après l’audience du 20 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Favre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 avril 2026.


Le rapporteur,

Signé :



J. Cotraud
La présidente,

Signé :



C. Van MuylderLe greffier,

Signé :



J.-B. Mialon


La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,



J.-B. MIALON


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