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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2500532

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2500532

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2500532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantSOUTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 février 2025, Mme C B A, représentée par Me Souty, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'ensemble des sommes dues depuis la cessation, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou, titre subsidiaire, la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- méconnaît l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'est ni écrite, ni motivée, et qu'elle n'a pas pris en compte sa situation particulière et sa vulnérabilité ;

- méconnaît l'article R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2025, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Armand, magistrat désigné,

- les observations de Me Souty, représentant Mme B A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

L'OFII n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante angolaise née le 1er août 1993, a présenté une demande d'asile le 23 février 2023, en son nom et pour ses deux enfants mineurs, et a obtenu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le même jour. Par une décision du 19 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil. La requérante, qui a présenté une demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil le 25 novembre 2024, demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B A ait demandé la communication des motifs de la décision implicite rejetant sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient que la décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée et qu'elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée, dès lors que, ainsi qu'il a été dit précédemment, elle n'a pas fait l'objet d'une décision de refus des conditions matérielles d'accueil, mais d'une décision refusant leur rétablissement. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que Mme B A a bénéficié, lors de demande de rétablissement, d'une évaluation écrite de vulnérabilité le 25 novembre 2024. Le moyen doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire d'accueil signé par Mme B A le 23 février 2023, qu'elle a été informée, dans une langue qu'elle comprend, des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence de demande de communication des motifs de la décision implicite attaquée, que l'OFII se serait fondé sur les dispositions de l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers pour rejeter pour refuser à la requérante le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Il s'ensuit que le moyen, qui est inopérant, ne peut être accueilli.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

10. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme B A au motif, non contesté, qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en refusant, le 9 novembre 2023, son embarquement à destination du Portugal, motif pour lequel elle a été déclarée en fuite. Si la requérante fait valoir qu'elle est la mère de deux enfants mineurs et qu'elle a des problèmes de santé, ces éléments, alors au demeurant qu'elle est hébergée gratuitement par une association, sont insuffisants pour établir qu'elle est dans une situation de particulière vulnérabilité justifiant le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, celles à fin d'injonction et tendant à la prise en charge des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A, à Me Souty et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.

Le magistrat désigné,

G. ARMANDLa greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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