jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2500533 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | YOUSFI |
Vu les procédures suivantes :
I./ Par une requête, enregistrée le 3 février 2025 sous le n° 2500481, M. C D, assisté par Me Yousfi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée le 12 décembre 2023, elle-même déjà prolongée de deux ans le 11 août 2024 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- sa situation particulière n'a pas été examinée ;
- l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ;
- l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
II./ Par une requête, enregistrée le 6 février 2025 sous le n° 2500533, M. C D, assisté par Me Yousfi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pendant la durée de 45 jours dans la commune de Rouen et lui a interdit de quitter sans autorisation le territoire des communes composant la circonscription de sécurité publique de Rouen ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;
- son droit d'être préalablement informé a été méconnu ;
- l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ;
- le détournement de procédure est établi ;
- le préfet l'a abusivement maintenu en rétention pour les seuls besoins de la notification de l'arrêté attaqué ;
- le préfet a méconnu la chose jugée par le magistrat ayant ordonné sa remise en liberté ;
- l'administration a ainsi méconnu le principe de la séparation des pouvoirs ;
- sa situation particulière n'a pas été examinée ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle M. A a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 12 février 2025, après le rapport a été présenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Il y a lieu de joindre les requêtes n° 2500481 et n° 2500533, qui concernent des mesures de police édictées à l'égard de la même personne, pour statuer par un seul jugement.
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dans les deux instances.
3. En vertu de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, la part contributive versée par l'Etat à l'avocat choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire. La réduction s'applique lorsque, notamment, le juge est conduit à trancher des questions semblables, soit dans le cadre d'une même instance, soit dans le cadre d'instances distinctes reposant sur les mêmes faits. En l'espèce, la requête n° 2500481 porte sur une prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français et la requête n° 2500533 porte sur une mesure d'assignation à résidence prise le lendemain pour assurer l'effectivité de l'exécution des mesures d'éloignement dont fait l'objet M. D. L'ensemble relève donc de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020. L'instance n° 2500533 donnera ainsi lieu à une réduction de 30 % appliquée à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Sur la prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté préfectoral attaqué énumère les éléments propres à la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. D, ressortissant algérien, après avoir cité les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application. La mesure de police attaquée comportant les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
5. En second lieu, le moyen tiré du manquement de l'autorité administrative à son obligation d'examen de la situation particulière du requérant doit être écarté au regard de la nature des motifs de l'arrêté du 30 janvier 2025 attaqué.
6. En troisième lieu, il est constant que M. D brave l'obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée le 13 décembre 2023, cette mesure d'interdiction ayant été prolongée de deux ans par un arrêté du 11 août 2024. A chacune de ces deux dates, l'intéressé avait été interpellé pour des infractions et placé en garde à vue. Tel est à nouveau le cas le 29 janvier 2025, à raison d'infractions de détention et d'usage de stupéfiants ainsi que de revente de cigarettes manufacturées. Quelle que soit l'issue donnée à ces faits par l'autorité judiciaire, la persistance à commettre des infractions et à se soustraire à des mesures d'éloignement réitérées permettaient à l'autorité préfectorale de prolonger la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français sans méconnaître les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, propre au prononcé de l'interdiction de retour sur le territoire français et non à sa prolongation, ne peut être utilement invoqué en l'espèce. En tout état de cause, la durée totale d'interdiction prononcée n'excède pas celle de cinq ans prévue par ce texte.
8. En dernier lieu, si M. D évoque une entrave à un projet de mariage, il ne justifie pas de l'existence de ce projet. Par suite, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée n'est pas établie par les seules pièces du dossier.
Sur l'assignation à résidence .
9. En premier lieu, en vertu de l'article 4 de l'arrêté du 23 janvier 2025 du préfet de la Seine-Maritime, publié au Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° 76-2025-018 du même jour, Mme G E, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration, a reçu délégation pour signer, notamment, les décisions d'assignation à résidence en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B F qui exerce ces fonctions de chef du bureau. Il n'est pas établi que cette dernière n'était ni absente ni empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
10. En deuxième lieu, l'arrêté préfectoral du 31 janvier 2025 attaqué énumère les éléments propres à la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. D, notamment en ce qui concerne ses garanties de représentation, après avoir cité les dispositions des articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application. La mesure de police attaquée comportant les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
11. En troisième lieu, M. D a spontanément déclaré, lors de son audition du 30 janvier 2025, qu'il avait déjà fait l'objet par le passé d'une mesure d'assignation à résidence et s'était soumis aux obligations de pointage. Il n'indique pas la nature de l'élément qu'il eût souhaité porter à la connaissance du préfet qui aurait été de nature à influer sur l'appréciation portée par cette autorité quant à l'opportunité d'une mesure restrictive de liberté pour assurer l'exécution d'une mesure d'éloignement à l'égard de laquelle l'intéressé a démontré son peu d'intérêt à son exécution spontanée. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être préalablement entendu, découlant d'un principe issu de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
12. En quatrième lieu, le préfet justifie en défense avoir notifié, le 13 décembre 2023, l'arrêté du même jour obligeant le requérant à quitter le territoire français. Par suite, tel qu'il est invoqué, le moyen tiré des dispositions du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile manque en fait.
13. En cinquième lieu, l'ordonnance du 3 février 2025, produite en défense, par laquelle le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rouen a annulé la mesure de placement en rétention administrative de M. D n'interdit aucunement l'administration de prononcer une assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'autorité de la chose jugée par ce magistrat judiciaire et, plus généralement, d'une atteinte à " la séparation des pouvoirs ", manque en fait.
14. En sixième lieu, la circonstance que le requérant aurait été maintenu en rétention administrative en dépit de l'ordonnance du 3 février 2025 du magistrat judiciaire mentionnée au point 13 est sans portée dès lors que la notification d'une décision administrative est par elle-même sans effet sur le bien-fondé de l'assignation à résidence contestée. Cette situation, à la supposer d'ailleurs établie, ne caractérise aucun détournement de procédure.
15. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée n'est pas établie.
16. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 janvier 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait déjà l'objet et n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2025 par lequel ce préfet l'a assigné à résidence pendant la durée de 45 jours dans la commune de Rouen et lui a interdit de quitter sans autorisation le territoire des communes composant la circonscription de sécurité publique de Rouen. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle dans l'instance n° 2500533 est réduite de 30 % conformément au point 3 du présent jugement.
Article 3 : Les requêtes de M. D sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Bilal Yousfi et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.
Le magistrat désigné,
P. ALa greffière,
A. LENFANT
Nos 2500481,2500533
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026