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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2500687

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2500687

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2500687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2025 et un mémoire en production de pièces enregistré le 21 février 2025, M. D A C, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

3°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet de procéder sans délai au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A C soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans examen de son droit au séjour ;

- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est entachée d'un défaut de base légale dès lors que le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sur lesquels elle est fondée sont entachés d'illégalité ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant assignation à résidence :

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est entachée d'un défaut de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée est illégale ;

- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision du président du tribunal désignant Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne signé à Tunis le 28 avril 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 24 février 2025, ont été entendus le rapport de Mme Jeanmougin, magistrate désignée, et les observations de Me Lechevalier, pour M. A C, assisté de Mme B, interprète en langue arabe, qui persiste dans ses conclusions et moyens, le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, de nationalité tunisienne, demande au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an et a fixé le pays de destination et, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'admettre M. A C à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, notamment l'absence de preuve d'une entrée régulière et un séjour irrégulier du requérant en France. Elle est donc suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A C a été entendu par les services de police le 13 février 2025 et a pu, à cette occasion, présenter les observations qu'il souhaitait sur son séjour en France, sa situation administrative et professionnelle, ses moyens de subsistance, son projet de mariage et la perspective de son éloignement et de son assignation à résidence. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions contestées auraient été prises sans que soit réalisé au préalable un examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

6. En quatrième lieu, si M. A C soutient être entré régulièrement en France en août 2022, il n'est pas établi que l'intéressé, titulaire d'un visa délivré par les autorités grecques, aurait souscrit la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'Accord de Schengen du 14 juin 1985. M. A C n'a pas demandé la régularisation de sa situation administrative depuis son entrée. S'il travaille depuis janvier 2023 dans une boulangerie, comme vendeur puis comme boulanger depuis juillet 2024, sous couvert désormais d'un contrat à durée indéterminée, il ne présente pas de contrat de travail visé par les autorités compétentes comme exigé par l'article 3 de l'accord bilatéral du 17 mars 1988. L'ancienneté et l'intensité de la relation amoureuse alléguée avec une ressortissante algérienne titulaire d'un certificat de résidence ne sont pas démontrées par les pièces produites et alors que l'intéressé admet à l'audience que cette relation date de six mois. M. A C n'établit pas une insertion sociale particulière en France et ne démontre pas être dépourvu de toute attache en Tunisie où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans et où réside sa fratrie. La décision obligeant M. A C à quitter le territoire français sans délai, eu égard aux buts poursuivis, n'a donc pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () "

8. Les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issues de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, codifient le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A C n'a pas droit à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 4 et 6 du présent jugement.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () "

11. M. A C ne démontre pas avoir souscrit la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'Accord de Schengen du 14 juin 1985 et ne démontre donc pas être entré régulièrement en France avec son visa délivré par la Grèce. Il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour en France depuis août 2022. M. A C présente donc un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et pouvait dès lors faire l'objet d'un refus de délai de départ volontaire. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.

Sur le pays de destination :

12. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu, et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 4 et 6 du présent jugement.

13. En second lieu, d'une part, M. A C ne peut utilement se prévaloir de l'illégalité d'une décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, qui n'existe pas, et d'autre part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté en toutes ses branches.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 4 et 6 du présent jugement.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () "

16. Si M. A C fait valoir qu'il a vocation à obtenir un titre de séjour en France au regard de sa situation professionnelle et de son projet de mariage avec une ressortissante algérienne en situation régulière en France, il ne démontre pas, compte tenu de l'absence de visa de son contrat de travail et de l'absence de preuve de l'ancienneté et de la stabilité de sa relation amoureuse, avoir droit à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Il n'a pas tenté de régulariser sa situation administrative depuis son entrée en France. Pour ces motifs et ceux exposés au point 6, et compte tenu de sa durée limitée à un an, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre, dont il pourra demander l'abrogation, méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'assignation à résidence :

17. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu est écarté pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 4 du présent jugement.

18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français dont M. A C fait l'objet n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

19. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait été prise sans examen de la situation personnelle de M. A C et que le préfet de la Seine-Maritime se serait cru en situation de compétence liée. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur de droit doivent donc être écartés.

20. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A C est assigné à résidence à l'adresse à laquelle il a déclaré résider avec sa compagne, doit se rendre deux jours par semaine dans les locaux de la police aux frontières à des horaires auxquels il ne travaille pas et produit à l'instance la première page de son passeport. Rien n'indique que son éloignement ne présentait pas une perspective raisonnable à la date de la décision. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 13 février 2025 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence. Les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent donc être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. A C est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La magistrate désignée,

Signé :

H. JEANMOUGINLa greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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