Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2025, suivie d’un mémoire de production de pièces enregistré le 15 septembre 2025 et d’un mémoire complémentaire enregistré le 29 octobre 2025, Mme A... E..., représentée par Me Niakaté, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 7 mai 2025 par lequel le préfet de l’Eure a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d’enjoindre au préfet de l’Eure, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale, à titre subsidiaire de la munir d’une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation, le tout dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, à titre subsidiaire au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme E... soutient que l’arrêté attaqué :
- est entaché d’un vice d’incompétence ;
- est insuffisamment motivé en droit et en fait ;
- a été précédé d’une procédure irrégulière, faute de saisine de la commission du titre de séjour ;
- est entaché d’un défaut d’examen ;
- est entaché d’une erreur de droit ;
- méconnaît les stipulations du 4 de l’article 6 de l’accord franco-algérien.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2025, le préfet de l’Eure conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme E... ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 30 septembre 2025 par laquelle Mme E... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ameline, première conseillère,
- et les observations de Me Derbali, substituant Me Niakaté, pour Mme E....
Considérant ce qui suit :
1. Mme E..., ressortissante algérienne née le 11 janvier 1997, est entrée en France le 29 février 2024 sous couvert d’un visa délivré en qualité d’épouse d’un ressortissant français, étant mariée avec M. C... D..., de nationalité française. Elle soutient avoir quitté son domicile le 6 avril 2024 en raison de violences conjugales. Le 1er juillet 2024, elle a sollicité la délivrance d’un certificat de résidence algérien sur le fondement du 2° de l’article 6 de l’accord franco-algérien. Ayant donné naissance à une enfant dénommée Cataleya D... le 10 décembre 2024, la demande de titre de séjour de l’intéressée a également été instruite sur le fondement du 4° de l’article 6 de l’accord franco-algérien. Par l’arrêté attaqué du 7 mai 2025, le préfet de l’Eure a rejeté la demande de Mme E..., l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, M. B... F..., qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d’une délégation de signature du préfet de l’Eure du 13 décembre 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture diffusé le même jour, à l’effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur des décisions attaquées manque en fait.
3. En deuxième lieu, l’arrêté attaqué, qui cite les textes applicables et fait état d’éléments de fait propres à la situation de l’intéressée et notamment à sa situation personnelle, administrative et familiale, énonce de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Il est donc suffisamment motivé même s’il ne reprend pas l’ensemble des éléments dont la requérante entend se prévaloir. Le moyen doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de Mme E... préalablement à l’édiction de l’arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « (…) Le certificat de résidence d’un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / (…) / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l’étranger, qu’il ait été transcrit préalablement sur les registres de l’état civil français ;/ (…) / 4 ) Au ressortissant algérien ascendant direct d’un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu’il exerce même partiellement l’autorité parentale à l’égard de cet enfant ou qu’il subvienne effectivement à ses besoins. (…) »
6. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser de délivrer à Mme E... le titre de séjour sollicité, le préfet de l’Eure s’est fondé d’une part, sur la circonstance que les conditions prévues par le 2 de l’article 6 de l’accord franco-algérien n’étaient pas remplies, et d’autre part, sur la circonstance qu’elle n’avait pas produit toutes les pièces nécessaires à la délivrance d’un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 4 de l’article 6 de cet accord bilatéral.
7. D’une part, Mme E... ne conteste pas le premier motif que lui a opposé le préfet de l’Eure. En outre, il ressort des pièces du dossier, et cela n’est pas contesté, qu’au soutien de sa demande de certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 4 de l’article 6 de l’accord franco-algérien en qualité de mère d’un enfant français, Mme E... n’a produit ni carte nationale d’identité de l’enfant ni certificat de nationalité française de moins de six mois. Dès lors que le préfet justifie avoir sollicité à plusieurs reprises l’intéressée pour obtenir ces documents manquants, il pouvait, sans commettre d’erreur de droit, rejeter sa demande après instruction et non simplement refuser de l’enregistrer pour incomplétude.
8. D’autre part, contrairement à ses allégations, en l’absence des pièces justificatives relatives à la nationalité de sa fille, Mme E... n’a pas démontré être mère d’un enfant français et donc satisfaire les conditions posées par le 4 de l’article 6 de l’accord franco-algérien pour se voir délivrer un certificat de résidence sur ce fondement. Elle n’est, par suite, pas fondée à soutenir que le préfet de l’Eure a méconnu ces stipulations.
9. En dernier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l’autorité administrative : / 1° Lorsqu’elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (…) »
10. Il résulte de ces dispositions que le préfet n’est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l’obtention d’un titre de séjour de plein droit en application des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et auxquels il envisage de refuser la délivrance d’un titre de séjour. Dès lors que, ainsi qu’il résulte de ce qui a été dit précédemment, la requérante ne pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d’un titre de séjour, le préfet de l’Eure n’était pas tenu de soumettre sa demande à la commission du titre de séjour.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E... n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 7 mai 2025 par lequel le préfet de l’Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais liés à l’instance doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... E..., à Me Fatoumata Niakaté et au préfet de l’Eure.
Délibéré après l’audience du 9 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2026.
La rapporteure,
signé
C. AMELINE
Le président,
signé
P. MINNELe greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de l’Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY