Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2025, et un mémoire en réplique, enregistré le 14 janvier 2026, M. C... D... A..., représenté par Me Dantier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 22 mai 2025 par lequel le préfet de l’Eure a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l’octroi d’un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée d’un an ;
2°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » d’une durée d’un an ou à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et de le munir d’une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 10 jours à compter de ce jugement, le tout sous astreinte journalière de cent euros, de procéder à l’effacement de son signalement dans le système d’information Schengen et lui restituer son passeport ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ou, à titre subsidiaire, de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A... soutient que l’arrêté contesté :
la décision de refus d’admission au séjour :
n’est pas suffisamment motivée ;
a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
a été prise en méconnaissance d’une procédure irrégulière ;
a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
a été pris en méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
entraîne des conséquences d’une exceptionnelle gravité sur sa situation.
la décision portant obligation de quitter le territoire français :
doit être annulée par voie de conséquence ;
n’est pas suffisamment motivée ;
a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
entraîne des conséquences d’une exceptionnelle gravité sur sa situation.
la décision portant refus de délai de départ volontaire :
doit être annulée par voie de conséquence ;
n’est pas suffisamment motivée ;
a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
la décision fixant le pays de renvoi :
doit être annulée par voie de conséquence ;
n’est pas suffisamment motivée ;
a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
méconnaît les stipulations de l’article 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
est dépourvue de base légale compte tenu de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui lui sert de fondement et doit être annulée par voie de conséquence ;
n’est pas suffisamment motivée ;
a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-6 et L.612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
entraîne des conséquences d’une exceptionnelle gravité sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2025, le préfet de l’Eure conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
la décision du 30 octobre 2025 admettant M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % ;
la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
les autres pièces du dossier, notamment celles produites le 29 décembre 2025 pour M. A....
Vu :
la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, notamment son article 14 ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Minne, président de chambre,
et les observations de Me Dantier, pour M. A....
Considérant ce qui suit :
M. A..., de nationalité libérienne, déclare être entré en France le 10 février 2019 sous couvert d’un visa court séjour. L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFRPA) a rejeté sa demande d’asile par une décision notifiée le 6 avril 2021, confirmée par la cour nationale du droit d’asile (CNDA) par une décision notifiée le 27 octobre 2021. Par arrêté du 27 octobre 2021, le préfet de l’Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français. Par un jugement du 21 décembre 2021, le tribunal a rejeté le recours tendant à l’annulation de cet arrêté et l’appel formé contre ce jugement a été rejeté par arrêt du 28 juin 2022. Le 6 mai 2024, M. A... a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par l’arrêté du 22 mai 2025 attaqué, le préfet de l’Eure a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l’octroi d’un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée d’un an.
Sur le refus de séjour :
En premier lieu, l’arrêté en litige indique les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, notamment les conditions d’entrée et de séjour en France de M. A..., sa nationalité, sa situation personnelle, l’existence d’une précédente mesure d’éloignement prise à son encontre, ses attaches dans son pays d’origine et l’absence de preuve qu’il pourrait y encourir des traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il est donc suffisamment motivé.
En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l’Eure n’aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A... avant l’édiction de la décision contestée.
En troisième lieu, M. A... ayant sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il n’entre pas dans la catégorie des demandes de titres de séjour visée par les dispositions de l’article 14 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration. Le préfet de l’Eure n’était donc pas tenu d’effectuer une instruction dite à 360° de sa demande de titre de séjour.
En quatrième lieu, M. A... est entré en France en 2019 et y a séjourné depuis lors dans les conditions rappelées au point 1. Il se prévaut de la présence de sa mère en situation régulière et de celle de ses trois frères nés sur le territoire national. Toutefois, il a vécu éloigné d’eux jusqu’à l’âge de vingt-et-un ans. Si M. A... produit quelques photographies et affirme entretenir une relation depuis plus de deux ans avec Mme B..., d’une nationalité différente de la sienne, titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle, ils ne partagent pas le même toit dès lors que le requérant produit seulement une attestation d’hébergement de sa propre mère. S’il est en revanche établi que l’intéressé exerce une activité professionnelle stable au titre d’une période assez significative de plus de cinq ans, seule la méconnaissance d’une précédente mesure d’éloignement dont la légalité n’a pas été remise en cause en dernier lieu par le juge d’appel a permis cette situation qui, dans ces conditions, ne révèle pas que la décision attaquée ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au sens des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
En cinquième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. (…) »
Pour les motifs exposés au point 5, l’admission de M. A... au séjour ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie au regard de motifs exceptionnels. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit et de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A... a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et non sur celui de son article L. 435-4. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ce dernier texte est inopérant.
En dernier lieu, ni la circonstance que sa mère et ses trois frères résident en France depuis plus de dix ans ni la situation personnelle et, notamment professionnelle, de l’intéressé ne constitue des éléments d’appréciation que le préfet aurait manifestement méconnus en refusant d’exercer son pouvoir de régularisation dont il dispose discrétionnairement. Par suite, l’erreur manifeste d’appréciation invoquée à ce titre n’est pas établie.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, le refus de titre de séjour étant motivé ainsi qu’il est dit au point 2, l’obligation de quitter le territoire français n’avait pas à l’être spécifiquement ainsi que le prévoit le second alinéa de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l’Eure n’aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A... avant l’édiction de la décision contestée.
En troisième lieu, en vertu du premier alinéa de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’obligation de quitter le territoire français est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit.
Il résulte des termes de l’arrêté en litige que le préfet de l’Eure a examiné les attaches et l’insertion de M. A... en France ainsi que ses liens dans son pays d’origine et en a déduit qu’il ne justifiait pas d’un droit au séjour. Il a ainsi procédé à la vérification qu’imposent les dispositions rappelées au point 12 au regard des éléments portés à sa connaissance. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’erreur de droit doit ainsi être écarté.
En quatrième lieu, pour les motifs énoncés aux points 2 à 9, l’obligation de quitter le territoire français attaquée ne peut être annulée par voie de conséquence de l’annulation du refus de séjour.
En dernier lieu, si M. A... soutient être entré en France en 2019, il n’est pas dépourvu de toute attache au Libéria où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-et-un ans et où il ne démontre pas encourir de risques. Dès lors, en ayant obligé M. A... à quitter le territoire français à destination de son pays d’origine, eu égard aux buts poursuivis par cette décision, le préfet de l’Eure n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et également de l’erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.
Sur le refus délai de départ volontaire :
En premier lieu, pour le motif énoncé au point 2, l’arrêté est suffisamment motivé quant au refus de donner un délai de départ volontaire, étant précisé en outre qu’il vise explicitement l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l’Eure n’aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A... avant l’édiction de la décision contestée.
En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas illégale, le refus de délai de départ volontaire ne peut être annulé par voie de conséquence.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l’article L. 612-1, l’autorité administrative peut refuser d’accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) / 3° Il existe un risque que l’étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet. » Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l’article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L’étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour ; (…) 5° L’étranger s’est soustrait à une précédente mesure d’éloignement ; (…) »
Il ressort des pièces du dossier que M. A..., s’est soustrait à une précédente mesure d’éloignement. Par suite, c’est sans erreur de droit dans la mise en œuvre des dispositions précitées de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ni d’appréciation des faits qui lui étaient soumis que le préfet de l’Eure a refusé d’accorder au requérant un délai de départ volontaire.
En dernier lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés aux points 5 et 9.
Sur la décision fixant le pays de destination :
En premier lieu, l’arrêté mentionne la nationalité du requérant et indique qu’il n’est pas exposé à un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Libéria. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision en cause doit être écarté.
En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l’Eure n’aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A... avant l’édiction de la décision contestée.
En troisième lieu, l’obligation de quitter le territoire français n’étant pas illégale, la décision fixant le pays de destination ne peut être annulée par voie de conséquence.
En dernier lieu, M. A..., dont la demande d’asile a au demeurant été rejetée tant par l’OFPRA et la CNDA, ne démontre par aucune pièce ni allégation précise encourir des risques personnels de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Libéria. Il a au demeurant quitté ce pays sous couvert d’un visa court séjour valable du 10 février 2019 au 11 mars 2019 après y avoir vécu avec son père et une grand-mère jusqu’à l’âge de vingt-et-un ans. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :
En premier lieu, la décision attaquée vise l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile applicable dans le cas où aucun délai de départ volontaire n’a été donné et précise qu’aucune circonstance humanitaire ne justifie qu’une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas prononcée dans le cas de M. A.... Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de l’arrêté doit, sur ce point, être écarté.
En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l’Eure n’aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A... avant l’édiction de la décision contestée.
En troisième lieu, la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire n’étant pas illégale, le requérant n’est pas fondé à exciper de son illégalité à l’encontre de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et n’est pas fondé à soutenir que cette mesure d’interdiction de retour doit être annulée par voie de conséquence.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français. » Par ailleurs, aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (...) »
Il est constant que M. A..., qui s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire malgré la précédente mesure d’éloignement prononcée à son encontre le 25 octobre 2021, fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français non assortie d’un délai de départ volontaire. Le préfet de l’Eure était tenu de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français ainsi que le prescrivent les dispositions précitées de la première phrase du premier alinéa de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Compte tenu de la situation de l’intéressé analysée ci-dessus, aucune circonstance humanitaire ne justifiait qu’une interdiction de retour ne fût pas édictée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
En dernier lieu, pour les mêmes motifs, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations de l’article 8 la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 22 mai 2025 par lequel le préfet de l’Eure a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l’octroi d’un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée d’un an. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d’injonction et au titre des frais d’instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... D... A..., à Me Annabelle Dantier et au préfet de la l’Eure.
Délibéré après l’audience du 3 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2026.
Le président-rapporteur,
Signé :
P. MINNE
L’assesseur le plus ancien,
Signé :
T. DEFLINNE
Le greffier,
Signé :
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de l’Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY