Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n° 504240 du 30 juillet 2025, le président de la section du contentieux du Conseil d’Etat a attribué au tribunal administratif de Rouen le dossier de la requête enregistrée le 14 avril 2025 au tribunal administratif d’Orléans, par laquelle M. E... B... C... demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 12 avril 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d’un an ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de le munir sans délai d’une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte journalière de 100 euros.
M. B... C... soutient que :
la décision portant obligation de quitter le territoire français :
a été prise par une autorité incompétente ;
n’est pas suffisamment motivée ;
a été prise en méconnaissance du droit d’être entendu ;
est entachée d’une erreur d’appréciation du trouble à l’ordre public qu’il représente ;
la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire :
a été prise par une autorité incompétente ;
n’est pas suffisamment motivée ;
est entachée d’un défaut de base légale compte tenu de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
est entachée d’une erreur d’appréciation de ses garanties de représentation et de son risque de fuite ;
la décision portant fixation du pays de destination :
a été prise par une autorité incompétente ;
n’est pas suffisamment motivée ;
est entachée d’un défaut de base légale compte tenu de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :
a été prise par une autorité incompétente ;
n’est pas suffisamment motivée ;
est entachée d’un défaut de base légale compte tenu de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français et du refus de délai de départ volontaire ;
a été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
est entachée d’une erreur d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B... C..., de nationalité brésilienne, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 12 avril 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d’un an.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, la décision contestée a été prise par Mme A... D... qui disposait, en qualité de sous-préfète de Dieppe, d’une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime par arrêté n° 25-008 du 17 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le jour même, pour signer les décisions relevant des livres VI et VII du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pendant les permanences du corps préfectoral. Le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision litigieuse prise le samedi 12 avril 2025 doit donc être écarté.
En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, notamment la nationalité de M. B... C..., l’irrégularité de son séjour en France, l’absence de production de documents d’identité ou de voyage et l’absence de preuve qu’il encourt des risques de traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans son pays d’origine. Elle est donc suffisamment motivée.
En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B... C... a été auditionné par les services de police le 12 avril 2025 et qu’il a pu à cette occasion faire valoir les observations qu’il souhaitait sur sa situation personnelle et la perspective d’un éloignement à destination de son pays d’origine et d’une interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit donc être écarté.
En dernier lieu, il ne ressort pas des termes de l’arrêté contesté, qui mentionne le séjour irrégulier en France de l’intéressé, non soumis à l’obligation de visa, depuis plus de trois mois, que le préfet de la Seine-Maritime aurait obligé M. B... C... à quitter le territoire français en considération de la menace pour l’ordre public que constituerait sa présence en France. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d’une erreur d’appréciation de la menace pour l’ordre public que représenterait M. B... C... est sans incidence sur la légalité de la décision l’obligeant à quitter le territoire français.
Sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
En premier lieu, les moyens tirés de l’incompétence de la signataire de la décision contestée et de son insuffisante motivation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 3.
En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que l’obligation de quitter le territoire français prise à l’encontre de M. B... C... n’est pas entachée d’illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de la décision litigieuse compte tenu de l’illégalité du refus de la mesure d’éloignement doit donc être écarté.
En dernier lieu, il n’est pas contesté que M. B... C... n’a produit aucun document d’identité ou de voyage et, s’il soutient résider occasionnellement en France depuis octobre 2023, il n’a engagé aucune démarche pour régulariser sa situation administrative depuis lors. Il existait donc un risque que M. B... C... se soustrait à l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français en litige C’est donc sans commettre d’erreur d’appréciation de sa situation que le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé l’octroi d’un délai de départ volontaire.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
En premier lieu, les moyens tirés de l’incompétence de la signataire de la décision contestée, de son insuffisante motivation et du défaut de base légale compte tenu de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français doivent être écartés pour les motifs énoncés aux points 2, 3 et 7.
En second lieu, si M. B... C..., qui n’a d’ailleurs pas mis à profit son séjour en France pour y solliciter l’asile, soutient encourir des risques en cas de retour au Brésil du fait de menaces émanant de cartels, il n’en justifie par aucune pièce ni allégation précise. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doivent donc être écartés.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :
En premier lieu, les moyens tirés de l’incompétence de la signataire de la décision contestée, de son insuffisante motivation et du défaut de base légale compte tenu de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français doivent être écartés pour les motifs énoncés aux points 2, 3 et 7.
En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision refusant à M. B... C... l’octroi d’un délai de départ volontaire n’est pas entachée d’illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de la décision litigieuse compte tenu de l’illégalité de la décision relative au délai de départ doit donc être écarté.
En dernier lieu, si M. B... C... soutient résider occasionnellement en France depuis fin 2023 et que sa conjointe travaille à Lille, il n’en apporte aucune preuve et n’a pas tenté de régulariser sa situation administrative. L’intéressé, dépourvu de logement autonome, n’établit aucune insertion sociale en France ni aucune perspective d’insertion professionnelle. Il admet ne pas être dépourvu de toute attache au Brésil où résident deux de ses enfants et où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-six ans. Il ne démontre par aucune pièce ni allégation précise qu’il serait légalement admissible au Portugal où il soutient que résident sa compagne et leur enfant. Par suite, en interdisant à M. B... C... le retour sur le territoire français pendant la durée d’un an, le préfet de la Seine-Maritime, compte tenu des buts poursuivis, n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale ni commis d’erreur d’appréciation de sa situation. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur d’appréciation doivent donc être écartés.
Il résulte de tout ce qui précède M. B... C... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 12 avril 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d’un an. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E... B... C... et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l’audience du 24 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2026.
La rapporteure,
signé
H. JEANMOUGIN
Le président,
signé
P. MINNE
Le greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.