Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2025, M. B... A..., représenté par la SELARL Cabinet Taffou, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 4 août 2025 par laquelle le préfet de l’Eure l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application « de l’article 8-1 du code des tribunaux et cours administratives d’appel ».
M. A... soutient que l’arrêté :
n’est pas suffisamment motivé en ce qui concerne le délai de départ volontaire ;
a été pris en méconnaissance de son droit à présenter des observations en ce qui concerne le délai de départ volontaire ;
a été pris sans examen de sa situation personnelle ;
méconnaît les dispositions des « articles L. 1313-10, L. 1311 et L. 1314 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile » ;
méconnaît les stipulations du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
procède d’une erreur d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2025, le préfet de l’Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique, le rapport M. Minne, président de chambre, a été entendu.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant ivoirien, affirme être entré en France au cours de l’année 2000 alors qu’il était mineur. Le 4 août 2025, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de vol. Par arrêté du même jour attaqué, le préfet de l’Eure l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, l’arrêté du 4 août 2025 mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, notamment la circonstance que M. A... n’a pas fait état d’éléments justifiant qu’un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et signale son entrée irrégulière en France et sa nationalité avant d’évoquer sa situation personnelle et professionnelle. La décision de refus d’accorder un délai de départ excédant celui de trente jours en litige est donc suffisamment motivée.
En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d’audition, que le requérant a pu faire valoir les observations sur son éloignement lors de sa garde à vue. Il n’est donc pas fondé à soutenir que son droit à présenter des observations aurait été méconnu en ce qui concerne la décision de lui accorder un délai de départ de trente jours.
En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. A... n’aurait pas été examinée avant l’édiction des décisions contestées.
En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des « articles L. 1313-10, L. 1311 et L. 1314 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile », qui au demeurant n’existent pas, ne sont pas assortis des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé.
En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A... s’est maintenu irrégulièrement en France après l’annulation, par un jugement du tribunal administratif de Caen du 24 juillet 2023, de l’arrêté du 11 juillet 2023 par lequel le préfet du Calvados l’avait obligé à quitter le territoire sans délai. Le requérant a été condamné le 9 février 2007 à une peine de réclusion de 7 ans pour viol en réunion, le 20 décembre 2012 à 5 mois d’emprisonnement pour outrage et violences, le 7 mars 2013 à une peine d’amende pour usage illicite de stupéfiants, le 28 août 2013 à une peine d’emprisonnement d’un mois avec sursis pour non-justification de son adresse dans le fichier automatisé des auteurs d’infractions sexuelles, le 8 octobre 2013 à une peine de 4 mois d’emprisonnement pour outrage et rébellion, le 21 mai 2014 à une peine d’un an et 6 mois d’emprisonnement pour violence aggravée et le 11 mars 2016 à une peine d’un an et 6 mois, dont 6 mois avec sursis pour, notamment, agression sexuelle par personne en état d’ivresse manifeste et violence avec usage ou menace d’une arme en récidive. Le 4 août 2025, M. A... a été placé en garde à vue pour des faits de vol ainsi qu’il est dit au point 1. S’il est vrai que certains de ces faits revêtent un caractère ancien et ont d’ailleurs été commis alors que M. A... était mineur, leur gravité, qui a conduit à des peines successives d’emprisonnement, et leur répétition jusqu’en 2025 leur confèrent la nature d’agissements constituant une menace pour l’ordre public. En ayant fondé l’obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours sur ce motif, le préfet de l’Eure n’a, compte tenu des conditions du maintien de M. A... en France, pas commis d’erreur d’appréciation de sa situation personnelle.
En sixième lieu, si le requérant se prévaut de la présence en France de ses cinq enfants, il ne les déclare pas à sa charge et ne les a pas tous reconnus. La production de trois tickets de caisses, dont rien ne démontre qu’ils correspondraient effectivement à des frais d’habillement de ses enfants, est insuffisante pour établir qu’il entretient avec eux des liens réels et qu’il contribue effectivement à leur entretien ou à leur éducation. A la date de l’arrêté en litige, le requérant, célibataire, ne démontre aucune insertion particulière, par le travail ou une quelconque activité et ne justifie d’aucune autre attache familiale significative en France où il est hébergé en foyer. Dans ces conditions, et malgré la durée de présence importante de l’intéressé en France, le préfet de l’Eure n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
En dernier lieu, pour le motif énoncé au point 7, l’arrêté attaqué ne porte à l’intérêt supérieur des enfants de M. A... aucune atteinte prohibée par les stipulations du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 4 août 2025 par lequel le préfet de l’Eure l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais d’instance, quelle que soit leur formulation, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à la SELARL Cabinet Taffou et au préfet de l’Eure.
Délibéré après l’audience du 20 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2026.
Le président-rapporteur,
signé
P. MINNE
L’assesseure la plus ancienne,
signé
H. JEANMOUGINLe greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de l’Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.