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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2504809

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2504809

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2504809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantCAMAIL MARIE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de Mme E..., une étudiante camerounaise, visant l'annulation du refus de renouvellement de son titre de séjour, de l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et de la fixation de son pays de renvoi. La juridiction a jugé que le signataire de l'arrêté préfectoral était compétent et que l'examen de la situation personnelle de l'intéressée avait été correctement effectué. Le tribunal a notamment appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 octobre 2025 et un mémoire complémentaire enregistré le 27 janvier 2026, Mme E..., représentée par Me Camail, demande au tribunal :
d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté en date du 10 septembre 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi ;
d’enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour « étudiant », ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, sous astreinte journalière de cent euros ;
de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision de refus de renouvellement de titre de séjour :
- a été signée par une autorité dont il n’est pas justifié de la compétence ;
- méconnaît les dispositions de l’article 7 de la convention franco-camerounaise ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les dispositions de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;

L’obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une autorité dont il n’est pas justifié de la compétence ;
- est fondée sur une décision de refus de séjour illégale ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les dispositions de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- procède d’une erreur manifeste d’appréciation ;

La décision fixant le pays de renvoi :
- a été signée par une autorité dont il n’est pas justifié de la compétence ;
- est illégale en raison de l’illégalité dont sont elles-mêmes entachées les décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les dispositions de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense enregistré le 14 janvier 2026, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.


Vu :
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-camerounaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Au cours de l’audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;
- les observations de Me Camail, pour la requérante.



Considérant ce qui suit :

Mme D..., ressortissante camerounaise, née le 4 janvier 1997, est entrée régulièrement en France le 26 septembre 2024, en qualité d’étudiante. Par l’arrêté attaqué du 10 septembre 2025 le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français sous trente jours et a fixé son pays de renvoi.


Sur certains moyens communs aux décisions contestées :

En premier lieu, l’arrêté a été signé par Mme C... qui, en sa qualité de directrice-adjointe des migrations et de l’intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, disposait pour ce faire, d’une délégation du préfet de ce département consentie par arrêté n° 25-022 du 4 avril 2025, régulièrement publié. Le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte attaqué manque donc en fait et doit, dès lors, être écarté.

En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D... avant d’édicter les décisions contestées. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.


En ce qui concerne le refus de renouvellement de titre de séjour :

En premier lieu, aux termes de l’article 7 de la convention franco-camerounaise susvisée du 24 janvier 1994 : « Les nationaux de chacun des États contractants désireux de se rendre sur le territoire de l'autre État en vue d'effectuer des études doivent, pour être admis sur le territoire de cet État, être en possession, outre d’un visa de long séjour et des documents prévus à l'article 1er de la présente Convention, de justificatifs des moyens de subsistance et d'hébergement, et d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription délivrée par l'établissement d'enseignement qu'ils doivent fréquenter. ». Selon l’article 14 de cette même convention : « Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l’application des législations respectives des deux Etats sur l’entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la présente Convention. ». Aux termes de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui établit qu’il suit un enseignement en France ou qu’il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d’existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d’une durée inférieure ou égale à un an (…) ».

Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme D..., le préfet de la Seine-Maritime s’est fondé sur la circonstance que les formations à distance et les cours par correspondance ne peuvent être regardés comme des inscriptions au sens de l’article 7 de la convention franco-camerounaise.

Il ressort des pièces du dossier, d’une part, que la requérante était inscrite, au titre de l’année 2024-2025, à une formation de deuxième année du Bachelor « Management Finance » dispensée par l’ESAM, structure de formation sise à Lyon (Rhône), formation qu’elle n’a pas validée. En outre, il ne ressort pas des éléments versés aux débats, contrairement à ce qu’elle soutient pour expliquer son échec, que les cours de cette structure seraient dispensés en anglais, l’attestation du 4 octobre 2024 de cette structure de formation indiquant que « les cours y sont dispensés en français ». Enfin, il ressort des échanges tenus par courrier électronique entre l’établissement et la requérante que celle-ci « ne faisait plus partie des effectifs » de cette structure « depuis le 1er octobre 2024 », selon ses propres termes, et qu’un conseil de discipline consacré à son cas s’est tenu, pour des motifs non spécifiés, le 2 décembre 2024. Prises dans leur ensemble, ces circonstances permettent, à tout le moins, de faire émerger des doutes sur la réalité et le sérieux des études de Mme D....

D’autre part, il ressort des éléments produits que Mme D... s’est inscrite, pour l’année 2025-2026 en préparation au titre de « gestionnaire RH » auprès de l’organisme efcformation.com, formation intégralement et exclusivement dispensée à distance. Un tel enseignement à distance, qui ne nécessite pas le séjour en France de l’étudiant qui désire le suivre, n’est pas de nature à ouvrir droit à un titre de séjour en qualité d’étudiant et Mme D... n’apporte aucun élément suffisamment probant de nature à justifier qu’elle ne pourrait pas suivre cette formation, dont le contenu n’est, du reste, pas clairement spécifié, dans son pays d’origine.

Dans ces conditions, en refusant la délivrance du titre de séjour sollicité le préfet de la Seine-Maritime n’a pas commis d’erreur de droit dans l’application des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ni dans celle des dispositions de l’article 7 de la convention franco-camerounaise qui ne font pas obstacle à leur application. Ce moyen doit dès lors être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ». Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ». Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. ».

Au cas d’espèce, Mme D... est entrée très récemment en France, le 26 septembre 2024, soit moins d’un an avant l’édiction de la décision contestée, munie d’un visa de long-séjour « étudiant », statut qui ne lui donnait pas vocation à s’établir durablement sur le territoire national. Si elle se prévaut de sa relation de couple avec un compatriote camerounais, M. A..., cette relation est, en tout état de cause, particulièrement récente et il n’est pas soutenu, ni même allégué, qu’elle serait préexistante à son entrée sur le territoire national. Si l’intéressée justifie de la naissance de leur fils, B..., le 14 octobre 2025, à Rouen, il est constant que cet enfant est de nationalité camerounaise, tout comme ses parents de sorte que la cellule familiale peut se reformer dans son pays d’origine, sans que Mme D... puisse valablement opposer un obstacle à une telle reformation tenant à ce que M. A... est père de deux enfants de nationalité française résidant en France, dès lors que les pièces versées aux débats, qui se limitent à des preuves de versements mensuels, depuis avril 2025, au profit de la mère de ces deux enfants âgés de deux ans et un an, ne permettent pas, à elles seules, de démontrer que l’intéressé entretient effectivement des liens avec eux, en l’absence de tout autre élément produit sur ce point. Dans ces conditions, la décision litigieuse ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante et ne porte pas non plus une atteinte disproportionnée à l’intérêt supérieur de l’enfant B.... Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doivent, par suite, être écartés.


Sur l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, la décision de refus de renouvellement de titre de séjour n’étant pas illégale, la requérante n’est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre l’obligation de quitter le territoire français.

En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, soulevé à l’encontre de la mesure d’éloignement, est inopérant.

En troisième lieu, pour les motifs exposés au point n° 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant, doivent être écartés.

En dernier lieu, pour l’ensemble des motifs précédemment exposés, l’erreur manifeste d’appréciation invoquée par la requérante n’est pas établie.


Sur la décision fixant le pays de renvoi :

En premier lieu, le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français n’étant pas illégaux, la requérante ne peut valablement exciper de leur illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination de cette mesure d’éloignement.

En second lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ».

Mme D..., qui n’a pas déposé de demande d’asile, ne fait état d’aucune menace pesant sur sa personne dans son pays d’origine, le Cameroun. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, par conséquent, qu’être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation formées par Mme D... doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l’instance.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E..., et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l’audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Banvillet, président,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Mulot, premier conseiller,
Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVETLe président,

signé

M. BANVILLETLe greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
P/Le greffier
signé
S. Combes

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