Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en référé-liberté, rejette la requête de Mme A... visant à annuler le renouvellement de son assignation à résidence. Il estime que l'éloignement demeure une perspective raisonnable et que les modalités de l'assignation, définies par le préfet, ne sont pas disproportionnées. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1, L. 733-1, L. 733-2 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mars 2026, Mme A..., représenté par Me Fotso, demande au Tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 2 mars 2026 par lequel le préfet de l’Eure a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ou, à titre subsidiaire, d’aménager les modalités de cette assignation ;
2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en l’absence de perspectives d’éloignement ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entaché d’erreur manifeste d’appréciation ;
- les obligations qui lui sont imposées sont disproportionnées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2026, le préfet de l’Eure conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d’éloignement des étrangers ;
les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte européenne des droits fondamentaux ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l’audience publique du 19 mars 2026, ont été entendus :
- le rapport de M. Armand,
- et les observations de Me Fotso, représentant Mme A..., qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
L’instruction a été close à l’issue de l’audience, en application des dispositions de l’article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. 1.
Mme A..., ressortissante camerounaise née le 2 avril 1966, a déclaré être entrée en France le 2 décembre 2012. Elle a séjourné régulièrement en France à compter de l’année 2016 et, en dernier lieu, sous couvert d’une carte de séjour pluriannuelle valable du 1er septembre 2022 au 31 août 2026. Par des arrêtés des 13 et 20 janvier 2026, le préfet de l’Eure, d’une part, lui a retiré son titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, et, d’autre part, l’a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le recours de Mme A... contre ces arrêtés a été rejeté par un jugement n° 2600523 du tribunal administratif de Rouen du 25 février 2026. Par un arrêté du 2 mars 2026, dont la requérante demande l’annulation, le préfet de l’Eure a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ». L’article L. 733-1 dudit code prévoit que : « L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie (…) ». Aux termes de l’article L. 733-2 du même code : « L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures (…) ». Enfin, selon l’article R. 733-1 dudit code : « L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure :1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ».
3. D’une part, il ressort des pièces du dossier que depuis la première assignation dont elle a fait l’objet, le préfet de l’Eure a entrepris des démarches consulaires en vue de permettre l’éloignement de Mme A..., qui demeure donc une perspective raisonnable.
4. D’autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A... est, comme lors de sa première assignation, assignée à résidence au 1127 la Mare Pereuse à la Chapelle Gautier, dans le département de l’Eure, qu’elle doit se présenter tous les mardis, jeudis et samedis, jours fériés inclus, entre 14 heures et 15 heures à la brigade de gendarmerie de Broglie, et être présente tous les jours et en permanence à son domicile de 16 heures à 19 heures. Si la requérante, qui peut d’ailleurs sortir du le département de l’Eure avec une autorisation, soutient que les modalités ainsi définies de son assignation à résidence sont incompatibles avec l’activité professionnelle qu’elle exerce auprès d’une société située dans les Yvelines, elle ne démontre pas être dans l’impossibilité d’obtenir un aménagement de ses conditions de travail. En outre, les pièces produites par la requérante ne sont pas suffisantes pour établir que, comme elle le soutient, les revenus qu’elle tire de son activité professionnelle seraient insuffisants pour alimenter le budget familial, alors qu’elle ne conteste pas que mon mari bénéficie d’une pension de retraite. Enfin, la décision contestée ne fait pas obstacle aux relations qu’elle entretient avec les membres de sa famille nucléaire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées et du caractère disproportionnée des obligations imposées à la requérante dans le cadre de son assignation à résidence doivent être écartés.
5. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... et au préfet de l’Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.
Le magistrat désigné,
Signé
G. ARMANDLa greffière,
Signé
C. DUPONT
La République mande et ordonne au préfet de l’Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Signé
C. Dupont