jeudi 21 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1810793 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP DEYGAS PERRACHON & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 décembre 2018, 12 juin 2020 et
2 juillet 2020, M. D E, représenté par la Scp Deygas-Perrachon et Associés, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 234 153,59 euros en réparation des préjudices financiers, des troubles dans les conditions d'existence, des préjudices moraux et de la perte de chance de progression professionnelle qu'il estime avoir subis en raison du mauvais calcul de sa rémunération, de l'absence fautive d'affectation et de son affectation fautive sur un poste de chargé d'étude personnel à Arcueil, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que :
- le tribunal administratif de Melun n'est plus compétent géographiquement pour statuer sur son litige, dès lors que son affectation sur Arcueil à compter du 1er mai 2018 n'a jamais été mise en exécution ; il a été placé en congé de maladie jusqu'au 19 novembre 2019, date de son admission à la retraite, et a été maintenu en Guyane ; le tribunal administratif de Cayenne est seul compétent ;
- cette instance doit être jointe avec celle qu'il a introduite devant le tribunal administratif de Cayenne à l'encontre de son titre de pension, dès lors qu'il y a connexité entre les deux affaires ;
- l'administration ne lui a compté que quatre mois de bonification de dépaysement, alors qu'il a servi un an en détachement ;
- la pièce n°5 du mémoire en défense qui est un arrêté du 4 avril 2019 constitue un faux voire d'une tentative d'usage de faux au sens des dispositions de l'article 441-1 du code pénal, dès lors que cet arrêté mentionne qu'il est " en fonction au 3ème régiment du matériel à Muret " ; cette altération de la vérité a été commise délibérément, comme le révèle la lettre
du 28 octobre 2015 par laquelle le directeur du centre ministériel de gestion lui précise qu'il n'occupe aucun emploi au ministère et que par suite, il n'est rattaché à aucun groupe fonctionnel pour l'appréciation des droits à l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise ;
- la prescription quadriennale ne saurait lui être opposée, dès lors qu'aucune décision le privant d'affectation ne lui a été notifiée à la suite de sa demande de réintégration.
M. E soutient, en outre, que :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
- la responsabilité de l'administration est engagée pour faute en raison de ce qu'elle l'a indument privé de rémunération ; la continuité de sa carrière justifie qu'il perçoit l'ensemble des primes liées à son statut ; il remplit les conditions pour l'indemnité particulière de sujétions et d'installation ;
- la responsabilité de l'administration est également engagée pour faute, en raison de ce qu'elle ne lui a pas donné une affectation correspondant à son grade dans un délai raisonnable, le laissant sans affectation de 2012 à 2018 ; l'article 22 du décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 prévoit qu'un fonctionnaire détaché est réintégré en situation de surnombre le cas échéant, situation qui est résorbée à la première vacance qui s'ouvre dans son grade ; en application de son article 23, il a priorité pour être affecté dans le poste qu'il occupait avant son détachement ; or, l'administration l'a laissé sans affectation pendant six ans, en dépit de ses démarches de recherche de poste entre 2012 et 2014 ; cette non affectation, pendant son placement en surnombre, est une forme de " placard " ; il a été écarté d'un poste auprès des forces armées de Guyane par un comité " fantoche " en 2012 ; le " profilage " des postes à conduit à ce qu'aucun poste ne lui soit proposé de 2012 à 2018 ; le directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux ne lui a pas proposé de poste en 2015, il l'a seulement invité à présenter sa candidature sur des postes relevant des chambres régionales des comptes sur lesquels il n'a aucune emprise ; pourtant, de nombreux postes d'attachés ont été déclarés vacants dans l'administration des armées ; il a par ailleurs sollicité en vain des emplois dans d'autres administrations, notamment relevant des collectivités territoriales ;
- la responsabilité de l'administration est enfin engagée pour faute, dès lors qu'il a été affecté sur un poste de chargé d'études personnel à Arcueil à compter du 1er mai 2018 ; il n'a pas été tenu compte de ses demandes, au sens de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 ; il a été muté d'office à 7 000 km de sa résidence située à Cayenne, et à 700 km de son affectation administrative à Muret ; il ne peut être sérieusement soutenu qu'il n'existait pas de poste correspondant à son grade dans le sud de la France ; cette mutation a été prononcée à un an de sa mise en retraite, après de nombreuses années d'oubli ; après avoir été affecté " pour ordre ", la fiche de poste révèle une réduction sensible de ses responsabilités, alors qu'il a été chef de bureau ; cette mutation n'a pas été soumise à la commission administrative paritaire ; le directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux était incompétent pour l'affecter à Arcueil, car il n'est pas délégataire de signature pour prendre des décisions de mutation d'office dans l'intérêt du service ; cette mutation est une sanction déguisée, car il s'agit d'un emploi de " simple exécutant " jusqu'alors dévolu à un fonctionnaire de catégorie B et qu'il a exercé par le passé des fonctions du rang de " chef de bureau " ; en outre, le poste qu'il occupait en préfecture de Guyane devait monter en puissance en raison de la " REATE " de 2010 et il avait alors vocation à encadrer plusieurs agents.
En ce qui concerne le préjudice :
- il a subi un préjudice financier pour un montant total de 140 153,49 euros en raison du non versement de sommes dues au titre des indemnités de traitement afférentes à un agent détaché et affecté sur le territoire guyanais ; il n'a pu fournir pour preuve de ses traitements que sa fiche de paye du mois d'août 2011 car ses autres bulletins sont dans un garde meuble en métropole et il appartiendra au ministre de les produire ; ce montant correspond d'une part à la somme de 8 224,98 euros due en réparation de la diminution de sa rémunération en détachement pendant 87 mois car il avait droit à un traitement basé sur un indice égal ou immédiatement supérieur à celui qu'il détenait dans son corps d'origine, en vertu des dispositions de l'article 26-1, 26-2 et 26-4 du décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ; elle correspond ensuite à la somme de 100 813,41 euros due faute de lui avoir versé la majoration de 40 pour cent de son traitement indiciaire brut en application de la loi n° 50-407 du 3 avril 1950 ;à laquelle il avait droit puisqu'il qu'il a résidé à Cayenne du 1er août 2011 au 1er mai 2018 ; elle correspond enfin à la somme de 31 115,20 euros, soit dix mois de traitement qui ne lui ont pas été versés au titre de la deuxième et de la troisième fraction de l'indemnité particulière de sujétion et d'installation due en application de l'article 2 du décret n° 2001-1226
du 20 décembre 2001 puisqu'il n'a perçu que la première fraction de cette indemnité ;
- il a subi des troubles dans les conditions d'existence qui peuvent être évalués à la somme de 28 750 euros en raison de l'absence prolongée d'affectation qui l'a désemparé et placé dans une situation économique délicate en l'absence du versement de l'indemnité de " vie chère " pendant 5 ans et 9 mois ; ;il a tenté de prolonger son évolution de carrière en Guyane, mais son audition par un " comité de sélection " s'est révélée être une mascarade ; il a tenté de trouver un poste à Toulon, mais sans succès ; il ne pouvait revenir en métropole faute d'y avoir reçu une affectation lui ouvrant droit à la prise en charge de ses frais de changement de résidence au sens des dispositions du décret n° 53-511 du 21 mai 1953 ; au bout de deux ans, il a été épuisé par cette situation et s'est rendu compte que son administration avait tacitement décidé de le laisser sans affectation ;
- il a subi un préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 28 750 euros, en raison de son absence prolongée d'affectation ; cette situation l'afflige au terme de 33 ans de carrière, et alors qu'il a été major du concours externe d'attaché des services extérieurs de la défense ;
- il a également subi un préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 1 500 euros, en raison de la brutalité de la décision d'affectation dont il a fait l'objet à Arcueil, dans un poste d'un niveau inférieur non conforme à son profil ; l'administration n'a engagé aucun échange pour connaître ses vœux ; il justifie d'arrêts de travail ;
- il a enfin subi une perte de chance de progression professionnelle qui peut être évaluée à un montant de 35 000 euros, en raison de ce que sa situation administrative l'a empêché d'être nommé attaché principal au choix alors qu'il en remplissait toutes les conditions ; il aurait pu être promu dès le 1er août 2012, à sa réintégration, puisqu'il avait une ancienneté
de 3 ans et 2 mois dans le dernier échelon de son grade ; il a perdu 7 ans de 2012 à 2019 pour devenir attaché principal et en gravir les échelons.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 11 février 2020 et le 2 juillet 2020, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
La ministre des armées soutient, à titre principal, que les créances de rémunération dont se prévaut M. E concernant les années 2011 à 2013 sont prescrites car il n'a formé sa demande préalable d'indemnisation que le 12 septembre 2018, si bien que ces créances sont prescrites à compter du 1er janvier 2014 en application des dispositions de la loi
du 31 décembre 1968.
La ministre des armées soutient, à titre subsidiaire, que la requête de M. E n'est pas fondée, dès lors que :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
S'agissant de l'absence de faute de l'administration à l'égard du requérant dans le versement de sa rémunération :
- le requérant ne saurait prétendre à une rémunération en l'absence de service fait ; de plus, il ne saurait prétendre à une compensation entre sa rémunération de fonctionnaire détaché et sa rémunération d'origine ; en vertu de l'article 45 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 son administration lui a servi son traitement pendant son détachement, et ce n'est pas le rôle de son administration d'origine ; par ailleurs, le fonctionnaire détaché n'a aucun droit à une rémunération équivalente à celle dont il bénéficiait dans son corps d'origine ; en tout état de cause, il a perçu une prime exceptionnelle instituée par le décret du 10 mars 1997 ; en outre, il a perçu l'indemnité de garantie individuelle du pouvoir d'achat à compter de 2014,
soit : 1 927,37 euros en 2014, 1 790,91 euros en 2015, 1 126,07 euros en 2016 et 394,95 euros en 2017 ;
- le requérant ne saurait prétendre à l'indemnité de cherté de vie ; la majoration de traitement de 25 pour cent prévue par les dispositions de l'article 3 de la loi n 50-407
du 3 avril 1950, et son complément de 15 pour cent prévu par l'article 10
du décret n° 53-1266 du 22 décembre 1953, n'est attribué que pour les agents affectés dans les départements ouvrant droit pour compenser les charges liées à l'exercice effectif de leurs fonctions dans ces territoires ;
- le requérant ne saurait prétendre à l'indemnité particulière de sujétion et d'installation ; cette prime suppose l'accomplissement d'une durée minimale de quatre années de service consécutifs en vertu des dispositions de l'article 1er du décret n° 2001-1226
du 20 décembre 2001 ; il ne justifie pas avoir perçu la première fraction du ministère de l'intérieur ; il a réintégré son corps dans un poste en métropole au bout d'un an de service en Guyane.
S'agissant de l'absence de faute concernant le défaut d'affectation du requérant de 2012 à 2018 :
- le requérant a voulu s'installer durablement en Guyane ; il n'a pas fait l'objet de harcèlement moral ; il a été réintégré à sa demande le 1er août 2012 et a été réaffecté " administrativement " sur un emploi au 3ème régiment du matériel à Muret dans l'attente de son affectation ; dans sa lettre du 1er juin 2012, il a demandé sa réintégration sur un poste de chargé de mission des affaires civiles en Guyane et a précisé qu'il ne voulait pas être affecté sur un poste relevant d'une autre résidence administrative ;
- le requérant a présenté sa candidature à des postes relevant du ministère des armées au cours des années 2012 à 2014, mais elles ont donné lieu à des avis défavorables car son profil ne correspondait pas, notamment compte tenu du grade requis ;
- l'administration a fourni au requérant un accompagnement personnel pour lui trouver une affectation dans le secteur géographique souhaité et correspondant à ses compétences et son profil ; elle a cherché en vain des postes pour l'intéressé en Guyane correspondant à son grade, mais il n'y en avait pas ; le requérant a pourtant réitéré sa volonté d'être affecté en Guyane dans sa lettre du 19 novembre 2012 ;
- l'administration lui a transmis trois fiches de poste en 2015, mais le requérant n'y a pas donné suite ; en 2017, elle l'a relancé pour faire le point sur sa situation ; sa candidature sur un poste de professeur d'anglais au centre d'instruction navale de Saint-Mandrier est sans rapport avec ses compétences.
S'agissant de l'absence de caractère fautif de la décision d'affectation du 23 février 2018 :
- l'administration l'a affecté en application des dispositions de l'article 60 de
la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 sur un poste correspondant à son grade dans l'intérêt sur service ; elle n'a commis aucune erreur d'appréciation ;
- le poste de chargé d'étude à Arcueil est un poste de catégorie A, qui n'a été occupé par un fonctionnaire de catégorie B qu'en raison d'une distorsion d'emploi ; ce poste n'implique pas une réduction sensible de la responsabilité du requérant, dès lors que ce dernier n'a pas toujours été en position d'encadrement, notamment lors de son détachement en préfecture de Guyane où il n'avait pas ce type d'attributions ;
- le requérant a bénéficié d'un délai pour rallier son poste, car la décision
du 23 février 2018 le nomme à compter du 1er mai 2018 afin de prendre en compte sa situation personnelle ;
- cette affectation est intervenue au terme d'échanges avec le conseiller mobilité carrière du requérant tenus en fin d'année 2017 ; elle ne présente aucun caractère de brutalité, et ce d'autant plus que l'intéressé se plaint d'un défaut d'affectation ; après la fin de son détachement, trois postes lui ont été proposés par un courrier électronique du 3 décembre 2015.
En ce qui concerne la relation de causalité entre faute alléguée et préjudices :
- il n'y a aucun lien de causalité entre les faits reprochés et les préjudices allégués ; l'administration des armées ne saurait être tenue responsable de fautes survenues au cours du détachement de l'intéressé au ministère de l'intérieur ;
- l'administration doit être exonérée de toute responsabilité, dès lors que l'agent a posé des exigences particulières pour sa réintégration ; il a refusé de rejoindre les postes qui lui ont été proposés notamment en 2015 ; il a persisté à demander son affectation en Guyane alors qu'aucun poste correspondant à son grade et à ses compétences n'était disponible.
En ce qui concerne les préjudices :
- le requérant n'a subi aucun préjudice financier ; il n'a pas exercé ses fonctions en Guyane depuis le 1er août 2012, il n'a aucun droit aux primes de service qu'il revendique ;
- il n'a subi aucun trouble dans ses conditions d'existence ; au contraire, il a continué à percevoir sn traitement à taux plein, alors qu'il avait refusé des postes proposés en 2015, sans exercer aucune mission ;
- le requérant n'établit pas sa perte de chance d'être promu au grade d'attaché principal ; alors qu'il a atteint le 5ème échelon de son grade le 9 novembre 1988, il n'a pas présenté l'examen professionnel, comme le lui permet l'article 23 du décret n° 2005-1215 ; s'il a atteint
le 9ème échelon de son grade le 23 mai 1999, sa situation a été examinée quasiment chaque année, sans qu'il soit possible de faire droit à sa demande d'avancement au choix, comme le prévoit l'article 24 du même décret ;
- le requérant ne justifie d'aucun préjudice moral ; s'il se prévaut d'un congé de longue durée pour maladie du 20 avril 2018 au 19 novembre 2019, aucun élément n'établit le lien au service ; en outre, cette situation lui a permis de bénéficier de son entier traitement jusqu'à son départ en retraite le 20 novembre 2019.
Un mémoire enregistré le 27 juillet 2020 produit par la ministre des armées n'a pas été communiqué.
Par une ordonnance du 23 juin 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2020 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 50-407 du 3 avril 1950 concernant les conditions de rémunération et les avantages divers accordés aux fonctionnaires en service dans les départements de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Réunion ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires,
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n° 53-1266 du 22 décembre 1953 portant aménagement du régime de rémunération des fonctionnaires de l'Etat en service dans les départements d'outre-mer ;
- le décret n° 2001-1226 du 20 décembre 2001 portant création d'une indemnité particulière de sujétion et d'installation ;
- le décret n° 2005-1215 du 26 septembre 2005 portant dispositions statutaires communes applicables aux corps des attachés d'administration et à certains corps analogues
- l'arrêté du 14 décembre 2011 relatif à l'application du décret n° 2011-1864 du 12 décembre 2011 autorisant le ministre de la défense à déléguer certains de ses pouvoirs en matière d'administration et de gestion du personnel civil du ministère de la défense
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Freydefont, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D E, attaché d'administration du ministère de la défense, a été placé en détachement auprès du ministre de l'intérieur et affecté à compter du 1er août 2011 pour un an au sein de la préfecture de Guyane. Il a sollicité le 1er juin 2012 sa réintégration au sein du ministère de la défense et a candidaté sur un poste de chef de mission des affaires civiles auprès des forces armées de Guyane. Par une lettre du 24 août 2012, le directeur du centre ministériel de gestion a prononcé sa réintégration. Par une lettre du 6 décembre 2012, sa candidature au poste de chef de mission des affaires civiles auprès des forces armées de Guyane a été rejetée. Par une décision du 23 février 2018, le directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux l'a affecté d'office au poste de chargé d'études personnel à Arcueil à compter
du 1er mai 2018. Par une lettre en date du 12 septembre 2018, réceptionnée par l'administration le 21 septembre 2018, M. E a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison du non versement de primes du 1er août 2011 au 1er septembre 2018 pour un montant de 139 964,51 euros, de l'absence fautive d'affectation de 2012 à 2018 pour un montant de 92 500 euros et du préjudice moral subi en raison de la décision fautive d'affectation
du 23 février 2018 pour un montant à parfaire de 1 500 euros. Le silence conservé par l'administration pendant deux mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. E demande la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 234 153,59 euros en réparation des préjudices financiers, des troubles dans les conditions d'existence, des préjudices moraux et de la perte de chance de progression professionnelle qu'il estime avoir subis en raison du mauvais calcul de sa rémunération, de l'absence fautive d'affectation de 2012 à 2018 et de son affectation fautive du 23 février 2018.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
En ce qui concerne la compétence de la juridiction en raison du lieu d'affectation d'un agent public :
2. Aux termes de l'article R. 312-12 du code de justice administrative : " Tous les litiges d'ordre individuel, y compris notamment ceux relatifs aux questions pécuniaires, intéressant les fonctionnaires ou agents de l'Etat et des autres personnes ou collectivités publiques, ainsi que les agents ou employés de la Banque de France, relèvent du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve le lieu d'affectation du fonctionnaire ou agent que la décision attaquée concerne. ".
3. Il résulte de l'instruction que la demande préalable d'indemnisation présentée par
M. E à la ministre des armées a été réceptionnée le 21 septembre 2018 par l'administration et a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 21 novembre 2018. Or, par une décision du 23 février 2018, le directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux a affecté d'office M. E sur un poste de chargé d'études personnel au sein du bureau des méthodes et de l'animation, relevant de la sous-direction de la gestion du personnel civil de la direction des ressources humaines du ministère de la défense, implanté à Arcueil à compter du 1er mai 2018. Si M. E a refusé de rejoindre ce poste au motif qu'il constituait une forme de déclassement professionnel, cette circonstance est sans incidence sur la détermination de la juridiction compétente pour statuer sur le présent litige. De même, si M. E se prévaut de ce que les arrêtés du 20 juillet 2018 et du 4 avril 2019 le plaçant en congé de maladie puis en congé de longue maladie et de longue durée pour maladie mentionnent qu'il est " en fonction au 3ème régiment du matériel à Muret ", il est constant que cette affectation au sein de cette formation militaire ne constitue qu'une affectation de gestion destinée à assurer son suivi administratif par le centre ministériel de gestion de Bordeaux du fait qu'il n'a pas rejoint son affectation administrative, qui ne remet pas en cause cette dernière. Ainsi, à la date d'intervention de la décision implicite rejetant sa demande préalable d'indemnisation, le lieu d'affectation de M. E, qui était affecté sur un poste au sein du bureau des méthodes et de l'animation à Arcueil, se trouvait dans le département du Val-de-Marne. Par suite, le tribunal administratif de Melun est bien compétent pour statuer sur le présent litige.
En ce qui concerne la connexité du litige avec un contentieux pendant au tribunal administratif de Guyane en matière de pension :
4. Aux termes de l'article R. 312-13 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux pensions des agents des collectivités locales relèvent du tribunal administratif dans le ressort duquel est situé le siège de la personne publique dont l'agent intéressé relevait au moment de sa mise à la retraite. Pour les autres pensions dont le contentieux relève de la juridiction des tribunaux administratifs, le tribunal compétent est celui dans le ressort duquel se trouve le lieu d'assignation du paiement de la pension ou, à défaut, soit qu'il n'y ait pas de lieu d'assignation, soit que la décision attaquée comporte refus de pension, la résidence du demandeur lors de l'introduction de sa réclamation. ".
5. Si M. E qui réside à Cayenne, soutient qu'il a introduit une contestation contre son titre de pension au tribunal administratif de Guyane, et que sa demande de prise en compte de bonification de dépaysement entretient un lien avec la demande indemnitaire faisant l'objet de la présente instance, cette seule circonstance n'a pas pour effet d'obliger le juge administratif d'opérer une jonction entre ces deux requêtes. Il n'y a en l'espèce pas lieu de procéder à la jonction demandée.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
S'agissant de la faute tirée de la privation d'éléments de rémunération :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 45 de de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps, de ses droits à l'avancement et à la retraite. ". Aux termes de l'article 1er du décret
du 26 septembre 2005 portant dispositions statutaires communes applicables aux corps des attachés d'administration et à certains corps analogues : " Les corps d'attachés d'administration relevant des administrations de l'Etat dont la liste est fixée en annexe au présent décret sont classés dans la catégorie A prévue à l'article 29 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. A l'annexe du même décret : " () Corps des attachés d'administration du ministère de la défense. () Corps des attachés d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer. (). ". Aux termes de l'article 2 du décret du 26 septembre 2005 portant dispositions statutaires communes applicables aux corps des attachés d'administration et à certains corps analogues : " Les attachés d'administration exercent leurs fonctions en administration centrale, dans les services déconcentrés, dans les services à compétence nationale et dans les établissements publics de l'Etat. Ils peuvent également exercer leurs fonctions dans les établissements publics locaux d'enseignement et de formation professionnelle. () ". Aux termes de l'article 27 du même décret : " Les fonctionnaires appartenant à un corps ou cadre d'emplois de catégorie A ou de même niveau peuvent être détachés ou directement intégrés dans un des corps mentionnés à l'article 1er conformément aux dispositions de l'article 13 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée. Les fonctionnaires détachés ou directement intégrés dans l'un de ces corps sont respectivement soumis aux dispositions des titres II et III bis du décret du 16 septembre 1985 susvisé. Les fonctionnaires placés en position de détachement dans un corps d'attachés d'administration peuvent être intégrés, sur leur demande, dans ce corps. ".
7. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe général du droit n'oblige l'autorité administrative à accorder au fonctionnaire détaché sur sa demande le maintien d'une rémunération équivalente au traitement dont il jouissait dans son administration d'origine. Par suite, M. E ne saurait utilement faire grief à l'administration de ce qu'il a perçu au cours de son placement en détachement dans le corps des attachés d'administration de l'intérieur et d'outre-mer une rémunération moindre que celle à laquelle il aurait pu prétendre s'il était demeuré en position d'activité dans le corps des attachés d'administration du ministère de la défense du 1er août 2011 au 1er août 2012.
8. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er de la loi du 3 avril 1950 concernant les conditions de rémunération et les avantages divers accordés aux fonctionnaires en service dans les départements de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Réunion : " Les conditions de rémunération des fonctionnaires en service dans les départements de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Réunion sont celles des fonctionnaires en service dans la métropole, sous réserve des dispositions particulières prévues par la présente loi. () ". Aux termes de l'article 3 de cette loi : " Une majoration de traitement de 25 % est accordée, à partir du 1er avril 1950, à tous les fonctionnaires des départements considérés. ". D'autre part, aux termes de l'article 10 du décret du 22 décembre 1953 portant aménagement du régime de rémunération des fonctionnaires de l'Etat en service dans les départements d'outre-mer : " A titre provisoire et pour compter du 1er août 1953, il est attribué aux fonctionnaires de l'Etat en service dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane française, de la Martinique et de la Réunion, un complément temporaire à la majoration de traitement instituée par l'article 3 de la loi sus-visée du 3 avril 1950. Le taux de ce complément est fixé à 5 % du traitement indiciaire de base. Dans le département de la Réunion le complément dont il s'agit est payé à sa contre-valeur en monnaie locale, d'après la parité en vigueur pendant la période sur laquelle porte la liquidation. ".
9. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la majoration de traitement accordée aux fonctionnaires en service dans les départements d'outre-mer sur le fondement de la loi du 3 avril 1950 ainsi que le complément temporaire de cette majoration est lié à l'exercice des fonctions au cours du séjour de l'agent dans ce département. Par suite, la seule circonstance qu'à l'expiration de son affectation au sein de la préfecture de Guyane lors de son détachement
du 1er août 2011 au 1er août 2012 M. E a fixé son domicile sur ce territoire ne lui permet pas, à défaut d'exercer ses fonctions d'attaché du ministère de la défense, de bénéficier de la majoration de traitement et du complément temporaire de traitement à compter
du 1er août 2012.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 20 décembre 2001 portant création d'une indemnité particulière de sujétion et d'installation : " Il est institué une indemnité particulière de sujétion et d'installation pour les fonctionnaires de l'Etat et les magistrats, titulaires et stagiaires, affectés en Guyane et dans les collectivités de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, s'ils y accomplissent une durée minimale de quatre années consécutives de services. ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Le montant de l'indemnité particulière de sujétion et d'installation est égal à seize mois du traitement indiciaire de base de l'agent. L'indemnité particulière de sujétion et d'installation est payable en trois fractions : - une première de six mois lors de l'installation du fonctionnaire dans son nouveau poste ; - une deuxième de cinq mois au début de la troisième année de service ; - une troisième de cinq mois au bout de quatre ans de services. ".
11. Il résulte de l'article 1er du décret du 20 décembre 2001 que l'octroi de l'indemnité particulière de sujétion et d'installation est subordonné à l'accomplissement d'une durée minimale de quatre années de service consécutifs dans un département d'outre-mer. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment de l'arrêté du 27 juillet 2011, que M. E n'a été affecté que pendant une période d'un an à compter du 1er août 2011 en préfecture de Guyane. Par suite, et à supposer même qu'il ait perçu des services du ministre de l'intérieur la première fraction de cette indemnité, il ne saurait prétendre aux deux dernières.
12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le défaut de paiement des indemnités de traitement qu'il revendique serait entachée d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat doit être écarté.
S'agissant la faute tirée du défaut d'affectation du 1er août 2012 au 1er mai 2018 :
13. Sous réserve de dispositions statutaires particulières, tout fonctionnaire en activité tient de son statut le droit de recevoir, dans un délai raisonnable, une affectation correspondant à son grade.
14. Le requérant soutient que l'administration a commis une faute en ne lui donnant pas une affectation sur un emploi pendant une période de presque six années, en dépit de ses efforts de recherche d'emploi. Il ne résulte pas de l'instruction que l'administration d'appartenance de l'intéressé lui aurait proposé un poste au sein de ses services centraux ou déconcentrés depuis la fin de son détachement en préfecture de Guyane, en dépit de son placement en surnombre dans son corps d'attaché du ministère de la défense. Si l'administration, qui se plaint de sa volonté de rester en Guyane et de sa passivité, soutient qu'elle lui a fourni un accompagnement pour qu'il retrouve un poste, elle ne l'établit pas par les seuls brefs échanges de courriers électroniques du 12 avril 2017 avec le conseiller mobilité carrière du centre ministériel de gestion de Bordeaux qu'elle produit. Si la cheffe de section bassin nord du centre ministériel de gestion de Bordeaux lui a signalé par message électronique du 2 décembre 2015 trois fiches de poste au sein de chambres régionales des comptes à Metz, Toulouse et Montpellier auxquelles il n'a pas donné suite, il résulte de l'instruction que ce n'est que par une décision du 23 février 2018 que le directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux a affecté d'office le requérant à un poste de chargé d'études personnel à Arcueil à compter du 1er mai 2018, soit au bout de presque six années d'inactivité de service. En outre, si l'administration l'a affecté pour gestion
au 3ème régiment du matériel à Muret à compter du 1er août 2012 et a maintenu son traitement de base ainsi que l'indemnité de garantie individuelle de pouvoir d'achat, ces circonstances ne sauraient l'affranchir de son obligation de donner un emploi effectif à un agent en position statutaire d'activité relevant de sa gestion, quand bien même il aurait voulu rester en Guyane et se serait montré passif. Par suite, en maintenant le requérant en activité avec traitement mais sans affectation réelle du 1er août 2012 au 1er mai 2018, donc pendant près de six ans, alors qu'il appartenait à la ministre des armées, soit de lui proposer d'autres affectation, soit de procéder à son affectation d'office, soit, si elle l'estimait inapte aux fonctions correspondant à son grade, d'engager une procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle, cette autorité ministérielle a méconnu la règle précitée et a, par suite, commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
15. Toutefois, si suite à sa tentative infructueuse d'être affecté sur un poste civil au sein des forces armées de Guyane en 2012, le requérant a postulé sans succès cette même année à un emploi de référent " personnel civil " à Toulon publié sur la banque nationale d'emploi du ministère de la défense, ainsi qu'à deux emplois publiés à la bourse interministérielle des emplois publics en qualité d'acheteur public au sein des services logistiques de la base navale de Toulon et en qualité de professeur d'anglais au centre d'instruction navale de Saint-Mandrier, il résulte de l'instruction qu'il n'a plus par la suite participé activement à la recherche d'une nouvelle affectation et qu'il n'a pas donné suite aux trois signalements de poste à pourvoir au sein de chambres régionales des comptes que son administration lui a faites en 2015 alors qu'il continuait à percevoir un traitement sans exercer aucune activité. Ainsi, le comportement du requérant, qui a d'ailleurs persisté à compter du 1er mai 2018 à rester en Guyane malgré son affectation à Arcueil sans justifier d'aucun motif légitime, et notamment que son état de santé nécessitait son maintien dans ce département, est de nature à exonérer l'Etat de la moitié de sa responsabilité.
S'agissant de la faute tirée de l'affectation sur un poste de chargé d'études " personnel " à Arcueil le 1er mai 2018 :
16. En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article 1er de l'arrêté du
14 décembre 2011 susvisé, les directeurs des centres ministériels de gestion reçoivent délégation des pouvoirs du ministre de la défense en matière d'administration et de gestion du personnel civil et, notamment, pour ce qui concerne les actes concernant les fonctionnaires appartenant au corps des attachés d'administration du ministère de la défense, en matière de " 15. Changement d'affectation, mutation pour convenance personnelle et mutation prononcée à l'occasion de la fermeture, du transfert ou de la réorganisation du service ou de l'établissement d'emploi. ", ce qui inclut les changement d'affectation prononcé d'office dans l'intérêt du service. Par suite,
M. B C, administrateur civil hors classe, directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux, était compétent pour prononcer l'affectation d'office du requérant, qui était affecté pour gestion au sein du 3ème régiment du matériel à Muret, sur un poste de chargé d'études " personnel " au sein du bureau des méthodes et de l'animation du département de la gestion ministérielle de la sous-direction de la gestion du personnel civil de la direction des ressources humaines du ministère des armées. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat doit être écarté.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " L'autorité compétente procède aux mouvements des fonctionnaires après avis des commissions administratives paritaires. Dans les administrations ou services où sont dressés des tableaux périodiques de mutations, l'avis des commissions est donné au moment de l'établissement de ces tableaux. () Dans le cas où il s'agit de remplir une vacance d'emploi compromettant le fonctionnement du service et à laquelle il n'est pas possible de pourvoir par un autre moyen, même provisoirement, la mutation peut être prononcée sous réserve d'examen ultérieur par la commission compétente. ".
18. Il résulte de l'instruction que le requérant, attaché d'administration du ministère de la défense, a été affecté par une décision du 23 février 2018 sur un poste de chargé d'études " personnel " au sein du bureau des méthodes et de l'animation du département de la gestion ministérielle de la sous-direction de la gestion du personnel civil de la direction des ressources humaines du ministère des armées sans en avoir fait la demande. Toutefois, le requérant soutient sans être contredit en défense que, contrairement aux dispositions du premier alinéa de
l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions relatives à la fonction publique de l'Etat, ce mouvement n'a pas été soumis préalablement à l'avis de la commission administrative paritaire compétente. S'il est constant que le requérant était placé dans une situation de vacance d'emploi qui devait être résorbée depuis le 1er août 2012, la ministre des armées ne justifie pas que les conditions requises en ce cas par les dispositions du cinquième alinéa du même article, à savoir " une vacance d'emploi compromettant le fonctionnement du service et à laquelle il n'est pas possible de pourvoir par un autre moyen, même provisoirement ", étaient remplies en l'espèce. Par suite, en ne sollicitant l'avis de la commission administrative paritaire compétente avant de procéder à l'affectation d'office du requérant au bureau des méthodes et de l'animation du département de la gestion ministérielle de la sous-direction de la gestion du personnel civil de la direction des ressources humaines du ministère des armées, le directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux l'a privé d'une garantie de procédure et a entaché la décision en litige d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
19. En troisième lieu, aux termes du quatrième alinéa de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 : " () Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service, les affectations prononcées doivent tenir compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. ".
20. Il ne résulte ni des énonciations de la décision en litige ni des pièces du dossier que le directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux n'aurait pas tenu compte des aspirations du requérant et de sa situation de famille avant de procéder, par décision du 23 février 2018, à son affectation d'office au bureau des méthodes et de l'animation du département de la gestion ministérielle de la sous-direction de la gestion du personnel civil de la direction des ressources humaines du ministère des armées. La double circonstance que cette affectation serait distante de plus de 7 000 km avec son domicile qu'il a fixé en Guyane et de plus de 700 km avec le siège du 3ème régiment du matériel à Muret au sein duquel il n'est affecté que pour gestion ne saurait à elle-seule inférer qu'en prononçant une telle affectation d'office, le directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux aurait méconnu les dispositions de l'article 60 de la
loi du 11 janvier 1984.
21. En quatrième lieu, il ressort de la fiche du poste de chargé d'études " personnel " auquel M. E a été affecté d'office qu'il consiste en la rédaction d'éléments de réponse à la direction des affaires juridiques aux recours contentieux concernant le droit des personnels civils, la production d'analyses juridiques relatives à la gestion de ce personnel, la rédaction de " focus Rh " à l'attention de la chaîne des gestionnaires et la rédaction de textes réglementaires relatifs à l'organisation de la fonction " ressources humaines ". En outre, ce poste implique une maîtrise du droit administratif, du contentieux administratif, de la rédaction administrative, ainsi qu'un important degré d'autonomie et d'initiative ainsi qu'un sens maîtrisé de la synthèse. Enfin, ce poste est situé immédiatement sous l'autorité de la cheffe du bureau des méthodes et de l'animation. Ce poste permet ainsi à son titulaire de participer à la conception, à l'élaboration et à la mise en œuvre des politiques publiques en matière de ressources humaines au sein du ministère des armées. Il s'ensuit qu'il correspond au type d'emploi qui est susceptible d'être attribué à un attaché d'administration du ministère de la défense. Si le requérant oppose qu'il a par le passé exercé des fonctions de chef de bureau, notamment en matière de contentieux administratif, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir qu'en l'affectant à un poste de chargé d'études sous l'autorité d'un chef de bureau d'un grade égal ou supérieur au sien, son administration aurait organisé son déclassement professionnel. Enfin, s'il ressort de la fiche de poste que le précédent titulaire du poste était une fonctionnaire de catégorie B, il en ressort également qu'elle avait atteint la classe exceptionnelle dans le corps des secrétaires administratifs. Cette circonstance ne suffit ainsi pas à établir qu'en l'affectant à de telles fonctions, l'administration aurait porté atteinte aux droits statutaires de l'intéressé. De surcroît, il est constant que le requérant percevait depuis le 1er août 2012 son traitement indiciaire sans accomplir de service fait. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'intérêt du service que le directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux a pu l'affecter d'office sur un poste de chargé d'études à Arcueil.
22. En dernier lieu, la mutation d'office d'un agent titulaire dans l'intérêt du service constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle et matérielle de ce dernier.
23. Il résulte de l'instruction que pendant près de six ans, le requérant a reçu son traitement indiciaire sans accomplir de service. Ainsi, contrairement à ce qu'il soutient, la décision du 23 février 2018 a été prise avec l'intention de résorber la situation de surnombre dans laquelle il était placé, et non de le sanctionner. En outre, en reprenant un emploi effectif, le requérant va pouvoir prétendre aux primes attachées audit emploi et achever sa carrière en activité de service. Ainsi, si une telle affectation implique un changement de résidence de l'intéressé, elle n'a pas pour conséquence de dégrader sa situation professionnelle et matérielle.
24. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est fondé à soutenir que la décision du 23 février 2018 l'affectant d'office sur un poste de chargé d'études " personnel " au sein du bureau des méthodes et de l'animation du département de la gestion ministérielle de la sous-direction de la gestion du personnel civil de la direction des ressources humaines du ministère des armées n'est illégale qu'en tant qu'elle n'a pas été soumise préalablement à la commission administrative paritaire compétente.
S'agissant de la faute tirée de la méthode de gestion inadéquate de sa situation statutaire révélée par les deux arrêtés du 4 avril 2019 :
25. le requérant soutient dans son mémoire en réplique du 12 juin 2020 que la responsabilité de l'administration doit être engagée pour faute en raison d'" une inquiétante inadéquation qualitative des méthodes employées par le CMG de Bordeaux dans sa gestion des situations statutaires, incompatible avec le plus élémentaire souci de légalité, de probité et d'équité. ". Au soutien de ses conclusions, le requérant relève que les deux arrêtés
du 4 avril 2019 aux termes desquels il serait " en fonction au 3ème régiment du matériel à Muret " sont entachés de faux ou de tentative de faux au sens de l'article 441-1 du code pénal. Toutefois, l'affectation du requérant au 3ème régiment du matériel à Muret ne constitue qu'une modalité administrative de gestion d'un personnel sans activité de service. La seule circonstance qu'à la date de l'édiction de ces deux arrêtés, il était affecté à Arcueil à compter du 1er mai 2018 et qu'il n'était donc pas " en fonction " au 3ème régiment du matériel de Muret ne suffit pas pour établir que l'administration aurait tenté d'altérer la vérité quant à sa situation professionnelle. Par suite, la mention erronée figurant sur les deux arrêtés du 4 avril 2019 ne constitue pas une faute de gestion de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne la réparation du préjudice :
26. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que le requérant n'avait pas droit à percevoir de son administration d'origine une indemnité compensatrice de sa moindre rémunération en détachement du 1er août 2011 au 1er août 2012. En outre, il est constant que le requérant a perçu son traitement indiciaire à compter de la fin de son détachement jusqu'à son placement en congé de maladie, puis en congé de longue maladie et en congé de longue durée pour maladie, à l'exclusion des indemnités liées à l'exécution effective des fonctions et à la compensation de sujétion professionnelle. Par suite, il n'a subi en l'espèce aucun préjudice financier.
27. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le requérant a perçu sans accomplir de service pour le compte de l'Etat son traitement indiciaire ainsi que l'indemnité de garantie individuelle de pouvoir d'achat pour un montant mensuel net supérieur à 2 900 euros. Dans ces conditions, il n'établit pas avoir subi des troubles dans les conditions d'existence lors du séjour qu'il a lui-même décidé de prolonger en Guyane depuis la fin de son détachement en préfecture. Par suite, sa demande d'indemnisation de troubles dans les conditions d'existence doit être rejetée.
28. En troisième lieu, si le requérant soutient avoir subi un préjudice moral en raison de ce que pendant plus de six ans il n'a reçu qu'une simple affectation pour gestion au 3ème régiment du matériel de Muret dans le département de la Haute-Garonne alors qu'il était domicilié en Guyane, et qu'il n'a été affecté à aucun emploi effectif au cours de cette période, nonobstant sa qualité de fonctionnaire de catégorie A du ministère des armées, il n'apporte aucun élément susceptible d'étayer la réalité du préjudice invoqué, alors en outre qu'il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'il a fait de choix de sa maintenir en Guyane et a fait preuve de passivité dans la recherche d'une nouvelle affectation pendant l'essentiel de cette période.
29. En quatrième lieu, si le requérant est entré dans la carrière d'attaché du ministère de la défense en qualité de major du concours externe de recrutement de son corps, cette seule circonstance ne suffit pas à apprécier ses capacités professionnelles et son aptitude à être nommé au grade d'attaché principal. En outre, si le requérant remplissait les conditions statutaires pour être nommé au choix au grade d'attaché principal, il ne produit aucun comparatif des mérites avec les autres candidats à une telle sélection. Par suite, il n'apporte aucun commencement d'élément permettant d'établir qu'il aurait eu une chance sérieuse d'être nommé attaché principal au choix s'il n'avait fait l'objet d'un défaut d'affectation pendant près de six ans. Par suite, il n'établit pas avoir subi une perte de chance sérieuse de progression professionnelle en raison de son défaut d'affectation prolongé.
30. En dernier lieu, dès lors que des illégalités sont fautives, elles sont comme telles et quelle qu'en soit la nature, susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat dès lors qu'elles sont à l'origine des préjudices subis. D'une part, si le requérant ressent son affectation sur un poste de chargé d'études " personnel " au sein du bureau des méthodes et de l'animation du département de la gestion ministérielle de la sous-direction de la gestion du personnel civil de la direction des ressources humaines du ministère des armées comme étant une forme de déclassement professionnel compte tenu de ce qu'il a occupé par le passé des fonctions d'un niveau de responsabilité supérieur, cette affectation ne contrevient pas à ses droits statutaires et correspond à son profil professionnel. D'autre part, le requérant ne saurait reprocher à son administration une quelconque brutalité, compte tenu de ce qu'il a bénéficié d'un délai de presque six ans pour entreprendre sans succès ses recherches de poste et de ce que la décision du 23 février 2018 ne l'a affecté d'office à Arcueil qu'au 1er mai 2018, affectation qu'il n'a en pratique pas rejoint compte tenu de son placement en congé de maladie, congé de longue maladie et congé de longue durée pour maladie. Enfin, si la décision d'affectation du requérant est entachée d'une irrégularité fautive en raison de l'absence de saisine préalable de la commission administrative paritaire compétente, cette seule faute n'est pas à l'origine de son préjudice moral.
31. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de prescription quadriennale opposée par la ministre des armées en défense, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et à la ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 21 avril 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bruno-Salel, présidente,
M. Delmas, premier conseiller,
M. Lacote, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.
Le rapporteur,
S. A
La présidente,
C. BRUNO-SALELLa greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°1810793
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026