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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1901244

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1901244

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1901244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantFORGET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2019, M. C A, représenté par Me Forget , demande au tribunal:

1°) d'annuler la décision n°182 du 8 août 2018 par laquelle le Directeur du réseau logistique et des opérations internationales du groupe La Poste l'a réintégré, à compter du

1er octobre 2018, dans ses fonctions de conducteur routier dans l'établissement de transport Plaque Ouest, sur le site de Savigny le Temple ;

2°) de mettre à la charge de La Poste une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'entraînant un changement d'affectation, elle aurait dû être soumise préalablement à l'avis de la commission administrative paritaire ;

- elle est illégale faute qu'il ait eu communication de son dossier personnel conformément aux dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 ;

- elle constitue une sanction déguisée confinant au harcèlement moral ;

- elle porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2020, La Poste, représentée par

Me Laroche, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, la décision attaquée étant une mesure d'ordre intérieur non susceptible de recours ;

- le moyen tiré de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivée est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 décembre 2020, la clôture d'instruction a été fixée au

23 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Lebœuf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Beye, représentant La Poste.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, recruté par La Poste le 13 décembre 1979 en qualité de conducteur routier, a, par décision du 27 décembre 2016, été exclu temporairement de ses fonctions pour une durée de deux ans dont trois mois avec sursis en raison de vol de carburant par siphonage des réservoirs d'essence de La Poste. Par jugement du tribunal correctionnel de Meaux du 24 mai 2018, le requérant a, pour ces mêmes faits, été déclaré coupable de vol et condamné au paiement d'une amende de 800 euros avec sursis et à verser à La Poste la somme de 300 euros au titre de son préjudice moral. Par décision du 8 août 2018, le directeur du réseau logistique et des opérations internationales de La Poste a réintégré M. A dans ses fonctions de conducteur routier à La Poste sur l'établissement transport plaque Ouest sur le site de Savigny-le-Temple à compter du 1er octobre 2018. Par courrier du 9 octobre 2018, M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision qui a été implicitement rejeté. Il demande l'annulation de la décision du 8 août 2018 en tant qu'elle l'a réintégré sur le site de Savigny-le-Temple, ensemble la décision implicite de rejet.

Sur la recevabilité de la requête :

2. D'une part, les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination, est irrecevable.

3. D'autre part, en l'absence de toute disposition légale définissant la résidence administrative d'un agent, il appartient à l'autorité compétente de déterminer, sous le contrôle du juge, les limites géographiques de la résidence administrative. Si la résidence administrative s'entend en général de la commune où se trouve le service auquel est affecté l'agent, il en va différemment dans le cas où l'activité du service est organisée sur plusieurs communes. Dans cette hypothèse, il incombe à l'autorité compétente, sous le contrôle du juge, d'indiquer à ses services quelles communes constituent une résidence administrative unique. Lorsque l'autorité compétente n'a pas procédé à cette délimitation, la résidence administrative s'entend, par défaut, de la commune où se trouve le service auquel est affecté l'agent.

4. Il sera relevé en premier lieu que la mention dans la décision querellée de la plaque Ouest, résulte d'une erreur de plume, les sites de Savigny-Le-Temple et de Lognes relevant de la plaque Est. La Poste soutient que la décision attaquée constituerait une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours dès lors que la décision qui nomme le requérant dans les mêmes fonctions que celles exercées précédemment n'emporte aucune perte de responsabilité ou de rémunération et n'a pas de caractère discriminatoire. Elle ajoute que le seul changement induit par la décision, qui porte sur le lieu d'exercice des fonctions au sein d'un même établissement, ne peut être considéré comme un changement de résidence administrative. A l'appui de son argumentation, La Poste produit une décision portant délégation au profit du directeur ou de la directrice de la plaque Est pour la gestion des personnels employés sur les agences composant son établissement ainsi qu'un organigramme mentionnant que les agences de Lognes et de Savigny-Le-Temple relèvent du Directeur de l'Etablissement de transport de la plaque Est, étant cependant relevé que ces deux agences sont placées sous l'autorité de deux responsables d'exploitation transport distincts. Toutefois, il ne ressort pas de ces documents que La Poste a déterminé et précisé les limites géographiques de l'Etablissement Plaque Est, dont le siège effectif n'est pas plus mentionné. Il ressort, en revanche, de l'organigramme produit en défense ainsi que des bulletins de salaire et de l'entretien d'évaluation que le lieu d'affectation de M. A est l'agence de Savigny-Le-Temple, qui est distincte de celle de Lognes au sein de laquelle il était précédemment affecté. M. A est par suite fondé à soutenir que la décision du 8 août 2018 comportait les effets d'une mutation d'office, entraînant un changement de résidence, ne pouvant être qualifiée de mesure d'ordre intérieur. La fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête de M. A ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. Si, en application de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, la mutation d'office d'un fonctionnaire dans l'intérêt du service doit être précédée de la consultation de la commission administrative paritaire compétente, l'existence de cette procédure ne se substitue pas à la garantie, distincte, prévue par l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 aux termes duquel : "Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardés dans leur avancement à l'ancienneté".

6. M. A, fonctionnaire de La Poste soutient que la décision du 8 août 2018 par laquelle le Directeur du réseau logistique et des opérations internationales l'a réintégré, après exécution de sa sanction disciplinaire, sur le site de Savigny-le-Temple, a été prise sans que la commission administrative paritaire ait été consultée, ni qu'il ait été mis à même de consulter son dossier. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que la mutation d'office de M. A sur le site de Savigny-le-Temple aurait été précédée de ces formalités, qui constituent une garantie s'agissant d'une mesure prise en considération de la personne. Il s'ensuit que la mesure de mutation contestée est intervenue en méconnaissance des dispositions rappelées ci-dessus de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 et de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 et est par suite entachée d'illégalité.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 18 août 2018 ayant réintégré dans ses fonctions M. A sur le site de Savigny-le-Temple doit être annulée.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner La Poste à payer à M. A une somme de 1.500 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, les conclusions présentées au même titre par La Poste, qui est dans la présente instance la partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision n°182 du 8 août 2018 par laquelle le Directeur du réseau logistique et des opérations internationales a réintégré M. A, à compter du 1er octobre 2018 dans ses fonctions de conducteur routier à La Poste sur l'établissement de transport Plaque Ouest, sur le site de

Savigny-Le-Temple est annulée.

Article 2 : La Poste versera à M. A une somme de 1.500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3: Les conclusions présentées par La Poste sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à La Poste.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2020 , à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller,

Lu en audience publique le 5 octobre 202La rapporteure,

S. B

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

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