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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1901904

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1901904

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1901904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantNGELEKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 27 février 2019, 6 février et 23 mars 2020, Mme B A, représentée par Me Ngeleka, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner la commune de Choisy-le-Roi à lui verser la somme de 55 213,20 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison, d'une part, de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement et des agissements de discrimination, d'autre part, du harcèlement moral dont elle estime avoir été victime et du non-respect de ses obligations, en qualité d'employeur, en matière de prévention de la santé des agents publics ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale à fin d'évaluation de la souffrance au travail dont elle a été victime ;

3°) en toutes hypothèses, de mettre à la charge de la commune de Choisy-le-Roi la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de la commune de Choisy-le-Roi doit être engagée en raison, d'une part, de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement et des agissements de discrimination dont elle estime avoir été victime et, d'autre part, du fait du harcèlement moral qu'elle a subi et du non-respect de ses obligations, en qualité d'employeur, en matière de prévention de la santé des agents publics ;

- une indemnisation doit lui être accordée à hauteur de 55 213,20 euros en réparation de ses préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2019, la commune de Choisy-le-Roi, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que sa responsabilité pour faute ne saurait être engagée, en l'absence de toute faute commise.

Par une ordonnance du 24 mars 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 30 avril 2021 à 12 h 00.

Le 25 octobre 2021, la requérante a produit un mémoire complémentaire qui n'a pas été communiqué.

Par une lettre du 20 juillet 2022, des pièces complémentaires ont été demandées à la commune de Choisy-le-Roi pour compléter l'instruction, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

La commune défenderesse n'a pas produit les pièces sollicitées par le tribunal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mentfakh, conseillère,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ngeleka, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, relevant du cadre d'emplois des agents administratifs territoriaux depuis le 1er janvier 1989 et promue au grade d'adjoint administratif de deuxième classe à compter du 1er avril 2005, était affectée en tant que secrétaire à la mission Associations au sein de la commune de Choisy-le-Roi. L'agente a été placée en congé de maternité du 18 avril 2008 au 8 août suivant. A sa reprise de service, elle a été affectée au secrétariat de la médiathèque. A compter du 13 décembre 2013, elle a été mise à disposition sur le poste d'assistante du comité de jumelage. Puis, le 12 juin 2018, elle a été affectée à la régie théâtre cinéma de la commune.

2. Par un courrier du 3 décembre 2018, reçu le 7 décembre 2018, Mme A a saisi, par l'intermédiaire de son conseil, le maire de Choisy-le-Roi d'une demande de réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison, d'une part, de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement et des agissements de discrimination, d'autre part, du harcèlement moral dont elle estime avoir été victime et du non-respect de ses obligations, en qualité d'employeur, en matière de prévention de la santé des agents publics. Le silence gardé pendant plus de deux mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet à la date du 7 février 2019. Par sa requête, Mme A demande la condamnation de la commune de Choisy-le-Roi à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions principales à fin d'indemnisation :

3. En premier lieu, d'une part, il incombe au maire de la commune, dans l'exercice de ses pouvoirs propres de chef de l'administration communale, de gérer la carrière des agents titulaires, dans le respect des garanties qu'ils tiennent de leurs statuts et du principe de l'égalité de traitement entre les fonctionnaires placés dans une même situation.

4. D'autre part, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race ". L'article 1er de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations dispose : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sa religion, ses convictions, son âge, son handicap, son orientation ou identité sexuelle, son sexe ou son lieu de résidence, une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable ". Aux termes de l'article 4 de cette même loi : " Toute personne qui s'estime victime d'une discrimination directe ou indirecte présente devant la juridiction compétente les faits qui permettent d'en présumer l'existence. Au vu de ces éléments, il appartient à la partie défenderesse de prouver que la mesure en cause est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination () ".

5. De manière générale, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Mme A invoque la faute de la commune de Choisy-le-Roi résultant de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement et des agissements de discrimination commis à son encontre. Elle fait valoir qu'elle aurait été victime de tels agissements dans l'avancement de sa carrière, par la considération erronée que certains jours d'absence relevaient de la maladie ordinaire, alors que, selon elle, ils devaient en réalité être pris au titre de son congé de maternité. Toutefois, elle n'assortit ces allégations d'aucune précision et, notamment, elle s'abstient d'indiquer aussi bien l'échelon dans lequel elle aurait dû être nommée, que la date de prise d'effet de cette nomination. En outre, elle n'invoque pas le moindre fondement légal permettant à la formation de jugement d'apprécier si elle remplissait les conditions à l'avancement, de même qu'elle ne produit pas aux débats les arrêts de travail pour maladie correspondants aux périodes qu'elle évoque. Dans ces conditions, d'une part, la requérante ne soumet pas au juge d'éléments de fait susceptibles de faire présumer une discrimination en raison de son état de grossesse, ni, d'autre part, n'établit la violation du principe d'égalité de traitement entre des fonctionnaires appartenant à un même corps.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa rédaction alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés () ".

8. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. Premièrement, Mme A soutient que certains documents personnels ont été jetés à son insu et que certaines données informatiques ont été supprimées l'empêchant d'effectuer son travail correctement. Ces faits qui résultent d'un courrier de l'intéressée en date du 12 juillet 2013 peuvent être de nature à faire présumer un harcèlement moral. Cependant, il résulte de l'instruction, ainsi que des écritures de la commune de Choisy-le-Roi, que ces faits sont survenus dans le cadre d'une relation conflictuelle entre l'intéressée et les autres agents du service. Or, une mésentente à laquelle les deux agents concernés ont pris part ne constitue pas un harcèlement moral. Au surplus, l'administration expose, sans être contredite, que compte tenu des relations professionnelles tendues entretenues par l'intéressée, elle a fait droit à sa demande de changement de poste dès le 13 août 2013.

10. Deuxièmement, Mme A soutient qu'alors qu'au sein du service médiathèque, le 21 juin 2012, elle a été victime d'un vol de 100 euros, son employeur n'a pris aucune mesure et, au contraire, l'a affectée à un autre poste. Toutefois, il résulte de l'instruction que, d'une part, ce fait est isolé et, par ailleurs, que l'auteur de l'infraction n'a pas été identifié. D'autre part, s'agissant de son changement d'affectation, il résulte de l'instruction qu'à la date de survenance de l'incident précité, la requérante affectée alors au service médiathèque, a été mise à disposition, à compter du 13 décembre 2013, sur un poste d'assistante du comité de jumelage, en réponse à sa demande de changement de service justifiée par des difficultés rencontrées avec ses collègues. Ainsi, ces faits ne peuvent présumer une situation de harcèlement moral.

11. Troisièmement, lors de sa nouvelle affectation, elle a été assujettie à de nouvelles obligations professionnelles qui n'étaient pas prévues dans sa fiche de poste, soit le nettoyage de la voiture de fonction de la directrice de la médiathèque, le règlement des problèmes mécaniques de la voiture et l'exécution de la mission de chauffeur de véhicule. Toutefois, la circonstance pour un agent public de devoir exécuter des tâches qui n'étaient pas prévues dans sa fiche de poste ne constitue pas, par elle-même, un agissement de harcèlement moral.

12. Quatrièmement, Mme A invoque, de manière générale, l'interdiction qui lui a été faite d'user des outils informatiques et de téléphonie, d'avoir été victime d'humiliations publiques, d'attaques verbales et de rumeurs portées à son encontre, d'avoir été mise à l'écart par son employeur, la demande non satisfaite à ce jour de transmettre sa fiche de poste à la médecine du travail pour qu'il puisse être tenu compte de son état de santé pour l'affectation à un poste approprié et, enfin, de s'être trouvée dans l'obligation de demander un congé de longue maladie, à défaut de s'être vue proposer des postes correspondant à son état de santé. Toutefois, ces circonstances alléguées n'étant pas assorties de précisions suffisantes, prises isolément et ensemble, ne sont pas de nature à caractériser l'existence d'un harcèlement moral.

13. Il suit de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la commune de de Choisy-le-Roi pour faute au titre du harcèlement moral invoqué.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa rédaction alors en vigueur : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. ". Aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985, relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. ".

15. En vertu de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.

16. Si Mme A soutient que son employeur a commis une faute en ne prenant pas de mesures pour protéger sa santé, il ne résulte pas de l'instruction, au regard des éléments qui ont été exposés, qu'elle aurait méconnu cette obligation.

17. Par suite, en l'absence de toute faute commise, la requérante n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune de Choisy-le-Roi à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis au titre de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement et des agissements de discrimination et de harcèlement moral dont elle estime avoir été victime.

Sur les conclusions subsidiaires à fin de désignation d'un expert :

18. Eu égard à ce qui a été indiqué, la désignation d'un expert pour l'évaluation des souffrances subies au travail par Mme A n'apparaît pas utile. Ces conclusions doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Choisy-le-Roi, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme dont Mme A demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Choisy-le-Roi.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Mentfakh, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

L. MENTFAKH

La présidente,

M. C

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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