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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1902294

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1902294

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1902294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSAOUDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mars et 3 avril 2019, Mme B A, représentée par Me Saoudi, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 1er juin 2018 par laquelle la directrice académique des services de l'Education nationale de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son contrat d'accompagnant d'élèves en situation de handicap et la décision implicite de rejet rejetant son recours gracieux dirigé contre cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat (Rectorat de l'académie de Créteil) la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure faute d'avoir été précédées d'un entretien préalable ;

- elles sont dictées par des motifs étrangers à l'intérêt du service et visent uniquement à éviter la transformation de son contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée ;

- la faute commise par l'administration lui a causé un préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2019, le Rectorat de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable ;

- les décisions querellées n'avaient pas à être motivées ;

- elles n'avaient pas à être précédées d'un entretien préalable dès lors que l'intéressée comptabilisait uniquement cinq années de contrat à durée déterminée sur des emplois ne correspondant pas à un besoin permanent, en tout état de cause, la tenue d'un tel entretien ne constitue pas une garantie et était sans influence sur le sens de la décision ;

- l'intéressée ne saurait prétendre à la requalification de son contrat en contrat à durée indéterminée dès lors que les contrats des 15 décembre 2009 et du 15 décembre 2010 sont des contrats de droit privé qui ne peuvent être pris en compte dans le calcul de l'ancienneté de la requérante ;

- le non-renouvellement du contrat est motivé par un manquement au principe de laïcité par la requérante ;

- elle ne peut se prévaloir d'une quelconque promesse d'engagement en contrat à durée indéterminée, ni de l'accord donné par le rectorat pour participer à une formation individuelle ;

- elle ne justifie d'aucune faute de l'administration pas plus que de l'existence d'un préjudice en lien avec la faute alléguée.

Par ordonnance du 15 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 10 septembre 2021 à 12 heures.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2018.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourdin, conseillère rapporteure,

- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée par contrat d'accompagnement dans l'emploi du 15 décembre 2009 en qualité d'auxiliaire de vie scolaire pour venir en aide aux élèves handicapés pour une durée d'un an à compter du 17 décembre 2009. Ce contrat a été renouvelé pour une nouvelle durée d'un an à compter du 17 décembre 2010. Par contrat du 29 août 2013, Mme A a été recrutée, par l'inspectrice d'académie, directrice d'académie de Seine-et-Marne, en qualité d'assistante d'éducation, auxiliaire de vie scolaire pour l'intégration individualisée des élèves handicapés pour une durée d'un an à compter du 1er septembre 2013. Par contrat du 3 juillet 2014, son contrat a été renouvelé en qualité d'accompagnement des élèves en situation de handicap pour une durée d'un an à compter du 1er septembre 2014. Ce contrat a été renouvelé par trois contrats d'une durée d'une année chacun jusqu'au 31 août 2018. Par décision datée du 1er juin 2018, la directrice académique des services de l'éducation nationale de Seine-et-Marne lui a notifié son intention de ne pas renouveler son contrat arrivant à échéance le 1er août 2018. Par courrier daté du 6 juillet 2018, reçu par les services académiques le 10 juillet 2018, Mme A a formé un recours hiérarchique contre cette décision, duquel est né une décision implicite de rejet. Mme A demande l'annulation de la décision du 1er juin 2018, ensemble la décision implicite de rejet rendue sur son recours hiérarchique.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'article R. 421-5 du même code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. Si la formation d'un recours administratif contre une décision établit que l'auteur de ce recours administratif a eu connaissance de la décision qu'il a contestée au plus tard à la date à laquelle il a formé ce recours, une telle circonstance est par elle-même sans incidence sur l'application des dispositions de l'article R. 421-5 précité du code de justice administrative. La décision du 1er juin 2018 par laquelle la directrice académique des services de l'Education nationale de Seine-et-Marne a refusé de renouveler le contrat d'accompagnant d'élèves en situation de handicap de Mme A ne mentionnait pas les délais et voies de recours. Si Mme A a formé un recours hiérarchique contre cette décision, duquel est née une décision implicite de rejet le 10 septembre 2018, un tel recours ne vaut pas connaissance de la mention des voies et délais de recours. Ainsi, le recours de Mme A, enregistré le 11 mars 2019, moins d'une année après qu'elle a eu connaissance de la décision attaquée n'est pas tardif. Par suite la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Lorsque l'agent non titulaire est recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'administration lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard :/- huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ;/- un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à six mois et inférieure à deux ans ;/- deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à deux ans ;/- trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables./La notification de la décision doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus pour répondre à un besoin permanent est supérieure ou égale à trois ans./Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième et quatrième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux effectués avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent () " . D'autre part, aux termes de l'article L. 917-1 du code de l'éducation : " Des accompagnants des élèves en situation de handicap peuvent être recrutés pour exercer des fonctions d'aide à l'inclusion scolaire de ces élèves, y compris en dehors du temps scolaire () / Ils sont recrutés par contrat d'une durée maximale de trois ans, renouvelable dans la limite maximale de six ans. Lorsque l'Etat conclut un nouveau contrat avec une personne ayant exercé pendant six ans en qualité d'accompagnant des élèves en situation de handicap en vue de poursuivre ces missions le contrat est à durée indéterminée. Pour l'appréciation de la durée des six ans, les services accomplis à temps incomplet et à temps partiel sont assimilés à des services à temps complet. Les services accomplis de manière discontinue sont pris en compte, sous réserve que la durée des interruptions n'excède pas quatre mois. /Les services accomplis en qualité d'assistant d'éducation pour exercer des fonctions d'aide à l'inclusion scolaire des élèves en situation de handicap sont assimilés à des services accomplis en qualité d'accompagnant des élèves en situation de handicap. ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 que la décision d'une administration de ne pas renouveler le contrat d'un agent employé depuis six ans sous contrat à durée déterminée doit être précédée d'un entretien. Toutefois, hormis le cas où une telle décision aurait un caractère disciplinaire, l'accomplissement de cette formalité, s'il est l'occasion pour l'agent d'interroger son employeur sur les raisons justifiant la décision de ne pas renouveler son contrat et, le cas échéant, de lui exposer celles qui pourraient justifier une décision contraire, ne constitue pas pour l'agent, eu égard à la situation juridique de fin de contrat sans droit au renouvellement de celui-ci, et alors même que la décision peut être prise en considération de sa personne, une garantie dont la privation serait de nature par elle-même à entraîner l'annulation de la décision de non renouvellement, sans que le juge ait à rechercher si l'absence d'entretien a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision.

6. Mme A fait valoir que l'administration a méconnu une garantie essentielle en ne la convoquant pas à un entretien préalable avant la décision de non-renouvellement de son contrat. D'une part, il ressort du dossier que Mme A a été recrutée en qualité d'assistante d'éducation, auxiliaire de vie scolaire pour l'intégration individualisée des élèves handicapés par contrat du 29 août 2013, pour une durée d'un an à compter du 1er septembre 2013 au 31 août 2014, puis en tant qu'accompagnant d'élèves en situation de handicap à compter du 1er septembre 2014 jusqu'au 31 août 2018, suivant quatre contrats à durée déterminée en date des 3 juillet 2014, 2 juillet 2015, 1er juillet 2016 et 3 juillet 2017. Elle totalisait ainsi cinq années d'ancienneté, au titre de ces différents contrats, sans qu'elle ne puisse se prévaloir de la durée des deux contrats d'insertion de droit privé des 15 décembre 2009 et 15 décembre 2010, qui sont arrivés à leur terme plus de quatre mois avant la conclusion du contrat du 23 août 2013. Toutefois, si le besoin d'accompagnement d'élèves en situation de handicap varie chaque année au sein de chaque établissement en fonction du nombre d'élèves dans cette situation, le recrutement des accompagnants des élèves en situation de handicap au niveau départemental répond quant à lui à un besoin permanent. Le recrutement de Mme A, par un contrat renouvelé au cours des années précitées est susceptible en cas de renouvellement après six années d'être requalifié en contrat à durée indéterminée, dès lors qu'il correspond à un besoin permanent. Ainsi, les contrats dont bénéficiait Mme A ayant dépassé la durée de trois ans, celle-ci aurait dû bénéficier d'un entretien préalable, conformément aux dispositions de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 précité.

7. D'autre part, si les décisions attaquées ne précisent pas leur motif, le recteur précise dans ses écritures que sa décision de non-renouvellement du contrat est fondée sur le fait que la requérante a méconnu les principes de neutralité et de laïcité qui imposent aux agents de la fonction publique de s'abstenir de faire état de leurs convictions, notamment religieuses, dans l'exercice de leurs fonctions. Il invoque un incident survenu le 22 septembre 2017 au cours duquel une enseignante de l'établissement où exerçait Mme A a retrouvé sur la table d'un élève de cours préparatoire des textes contenant des invocations et des incantations, n'ayant donné lieu à aucune explication crédible de l'intéressée. Or, cet unique évènement qualifié par le défendeur de manquement à l'obligation de neutralité à laquelle est astreint tout fonctionnaire n'est pas susceptible de constituer une simple insuffisance professionnelle mais est de nature à revêtir une qualification disciplinaire, de sorte que le défaut d'entretien préalable a privé Mme A d'une garantie. Par suite, Mme A est fondée à invoquer le vice de procédure tiré du défaut d'entretien préalable.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, alors en outre qu'il n'y a plus lieu de se prononcer sur la recevabilité des conclusions indemnitaires puisqu'elle s'en est expressément désistée, que la décision du 1er juin 2018, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique, doivent être annulées.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

9. Mme A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Saoudi, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Saoudi de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de Mme A de ses conclusions indemnitaires.

Article 2 : La décision de la Directrice académique des services de l'éducation nationale de Seine-et-Marne du 1er juin 2018 et la décision implicite de rejet du 10 septembre 2018 rendue sur recours hiérarchique sont annulées.

Article 3 : L'Etat versera à Me Saoudi la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Saoudi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au Rectorat de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

La rapporteure,

S. BOURDIN

Le président,

S.DEWAILLY La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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