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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1902634

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1902634

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1902634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSOUMARE MANGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et un mémoire complémentaire enregistrés le 20 mars 2019 et le

20 avril 2020, l'association Mobilité réduite Sud Seine-et-Marne, représentée par Me Soumaré, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 22 janvier 2019 par laquelle le président du syndicat intercommunal des Maisons du Bornage a rejeté sa demande de mise en conformité avec la réglementation relative à l'accès aux personnes handicapées et à mobilité réduite de la passerelle pour piétons reliant les communes de Saint-Mammès et de Moret-Loing-et-Orvanne ;

2°) d'enjoindre au syndicat intercommunal des Maisons du Bornage de prendre toute mesure utile afin de mettre fin à l'aménagement irrégulier de la passerelle pour piétons entre les communes de Saint-Mammès et de Moret-Loing-et-Orvanne dans un délai de 6 mois à compter du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le syndicat intercommunal des Maisons du Bornage à lui verser

8 000 euros en réparation du préjudice subi ;

4°) de mettre à la charge du syndicat intercommunal des Maisons du Bornage une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge du syndicat intercommunal des Maisons du Bornage une somme de 562,34 euros au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

L'association soutient que :

- les aménagements réalisés sur la passerelle méconnaissent le décret n° 2006-1657 du 21 décembre 2006, l'article 1er du décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006, les articles 1 et 2 de l'arrêté du 15 janvier 2007 et la norme NF P98-351 en ce que :

* la passerelle mesure plus de 3,2 mètres de hauteur et se situe donc au-delà des prescriptions réglementaires autorisant l'installation d'appareils élévateurs pour personnes à mobilité réduite ;

* les appareils élévateurs pour personnes à mobilité réduite installés sur la passerelle ne respectent pas les prescriptions réglementaires en ce qu'ils sont dépourvus d'un dispositif de protection empêchant l'accès à un appareil sans gaine lorsque celui-ci est en position haute ; en raison des dysfonctionnements des appareils élévateurs pour personnes à mobilité réduite installés sur la passerelle, elle n'a pas pu vérifier que ces équipements respectaient effectivement les prescriptions réglementaires suivantes : que la plate-forme élévatrice ait une dimension utile minimale de 0,90 m x 1,40 m dans le cas d'un service simple ou opposé ou de 1,10 m x 1,40 m dans le cas d'un service en angle, que la plate-forme élévatrice puisse soulever une charge de 250 kg/m2 correspondant à une masse de 315 kg pour une plate-forme de dimension 0,90 m x 1,40 m, que la commande soit positionnée de manière à être utilisable par une personne en fauteuil roulant, que la commande d'appel d'un appareil élévateur vertical avec gaine fermée soit à enregistrement, qu'elle soit située hors du débattement de la porte et ne gêne pas la circulation, que la porte ou le portillon d'entrée ait une largeur nominale minimale de 0,90 m correspondant à une largeur minimale de passage utile de 0,83 m, que pour qu'il soit installé jusqu'à une hauteur de 3,20 m, un appareil élévateur vertical avec gaine fermée et avec porte présente une vitesse nominale comprise entre 0,13 et 0,15 m/s, qu'à l'intérieur d'un appareil élévateur vertical avec nacelle, l'inclinaison du support des commandes à pression maintenue soit comprise entre 30° et 45° par rapport à la verticale et que la force de pression nécessaire pour activer les commandes doive être comprise entre 2 newtons et 5 newtons ;

* les escaliers de la passerelle comportent les non-conformités suivantes : la première et la dernière marche sont non contrastées, le nez des marches est non contrasté, la main courante n'est accessible que d'un seul côté et sa largeur excède 4 cm, la double main courante est absente, le passage des vélos est rendu difficile en raison de leur poids et l'utilisation de la passerelle est quasi impossible avec des poussettes ou des caddies.

- ces non conformités constituent des illégalités fautives qui rendent impossible pour certains usagers l'utilisation de cette passerelle en raison de leur handicap ou de leur situation de personne à mobilité réduite ; que cette atteinte aux principes fondamentaux de liberté et d'égalité est source de discrimination et cause un préjudice réel, direct et certain aux personnes en situation de handicap.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er janvier 2020, le syndicat intercommunal des Maisons du Bornage, représenté par Me Vignot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le syndicat soutient que:

- la requête est irrecevable, faute d'intérêt à agir, dès lors que les statuts de l'association requérante se limitent aux collectivités qu'ils énumèrent parmi lesquelles ne figure pas le syndicat intercommunal des Maisons du Bornage;

- les moyens de la requête sont inopérants dès lors que la passerelle est située hors agglomération ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

A la suite d'une demande de pièces pour compléter l'instruction formulée par le tribunal le 4 avril 2022, des pièces complémentaires, produites par le syndicat intercommunal des Maisons du Bornage, ont été enregistrées le 21 avril 2022 puis communiquées à l'association requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la voirie routière ;

- le code de la route ;

- la loi n° 91-663 du 13 juillet 1991 ;

- la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 ;

- le décret n° 2006-1657 du 21 décembre 2006 ;

- le décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 ;

- le décret n° 2009-697 du 16 juin 2009 ;

- l'arrêté du 15 janvier 2007 portant application du décret n° 2006-1658 du

21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de Mme Vergnaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat intercommunal des Maisons du Bornage a conclu un marché public de conception-réalisation ayant pour objet la construction, sur le territoire de la commune de Moret-Loing-et-Orvanne, d'une passerelle franchissant le canal du Loing et permettant aux piétons de se déplacer entre celle-ci et la commune de Saint-Mammès. Cet ouvrage a été ouvert au public en 2015. Par un courrier en date du 31 décembre 2018, l'association Mobilité réduite Sud Seine-et-Marne a, d'une part, demandé au syndicat intercommunal des Maisons du Bornage de mettre cette passerelle en conformité avec la réglementation relative à l'accès aux personnes handicapées et à mobilité réduite et, d'autre part, lui a réclamé la somme de 8 000 euros en réparation de ses préjudices. Par un courrier du 22 janvier 2019, le syndicat intercommunal des Maisons du Bornage doit être regardé comme ayant rejeté ces demandes. L'association Mobilité réduite Sud Seine-et-Marne demande au tribunal d'annuler la décision du 22 janvier 2019 et de condamner le syndicat à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le champ d'application des normes relatives à l'accessibilité des personnes à mobilité réduite applicables à la voirie publique:

2. D'une part, aux termes de l'article 45 de la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - La chaîne du déplacement, qui comprend le cadre bâti, la voirie, les aménagements des espaces publics, les systèmes de transport et leur intermodalité, est organisée pour permettre son accessibilité aux personnes handicapées ou à mobilité réduite. / () ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 2006-1657 du 21 décembre 2006 relatif à l'accessibilité de la voirie et des espaces publics : " A compter du 1er juillet 2007, l'aménagement, en agglomération, des espaces publics et de l'ensemble de la voirie ouverte à la circulation publique et, hors agglomération, des zones de stationnement, des emplacements d'arrêt des véhicules de transport en commun et des postes d'appel d'urgence est réalisé de manière à permettre l'accessibilité de ces voiries et espaces publics aux personnes handicapées ou à mobilité réduite avec la plus grande autonomie possible. / Ces dispositions sont applicables à l'occasion de la réalisation de voies nouvelles, d'aménagements ou de travaux ayant pour effet de modifier la structure des voies ou d'en changer l'assiette ou de travaux de réaménagement, de réhabilitation ou de réfection des voies, des cheminements existants ou des espaces publics, que ceux-ci soient ou non réalisés dans le cadre d'un projet de mise en accessibilité de la voirie et des espaces publics () ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les prescriptions techniques édictées à cette fin s'imposent à l'autorité compétente à l'occasion de la réalisation de voies nouvelles, d'aménagements ou de travaux ayant pour effet de modifier la structure des voies ou d'en changer l'assiette, ou de travaux de réaménagement, de réhabilitation ou de réfection des voies, des cheminements existants ou des espaces publics, que ceux-ci soient ou non réalisés dans le cadre d'un projet de mise en accessibilité de la voirie et des espaces publics, dès lors qu'ils se situent en agglomération. Ces prescriptions définies par l'arrêté du

15 janvier 2007 portant application du décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 sont alors impératives, sauf impossibilité technique constatée dans les conditions définies à l'article 2 de cet arrêté.

3. Une passerelle piétonne enjambant une rivière doit être regardée comme un élément de la voirie. Elle n'entre pas dans la catégorie des établissements recevant du public ou des installations ouvertes au public.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 141-7 du code de la voirie routière " Les caractéristiques techniques auxquelles doivent répondre les voies communales sont fixées par décret ". Aux termes de l'article R. 411-2 du code de la route : " Les limites des agglomérations sont fixées par arrêté du maire ". Aux termes de l'article R. 110-2 du même code, le terme agglomération désigne un " espace sur lequel sont groupés des immeubles bâtis rapprochés et dont l'entrée et la sortie sont signalées par des panneaux placés à cet effet le long de la route qui le traverse ou qui le borde ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la passerelle en litige prend appui, au sud-ouest, sur l'espace naturel protégé du Lutin, qui est situé à plus de 50 mètres de toute construction et qui ne fait l'objet d'aucun aménagement permettant de le rapprocher d'un espace aggloméré, et, sur la berge nord-est, sur un espace non bâti situé en zone N du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Mammès, c'est-à-dire en zone naturelle inconstructible, au-delà du quai de Seine et du quai du Loing qui bordent l'agglomération. L'ensemble de ces constatations est corroboré par le rapport final de diagnostic réalisé par le bureau de contrôle technique Andict le 30 septembre 2019, qui relève également que la passerelle se situe hors agglomération. Dans ces conditions, eu égard aux caractéristiques des deux zones que la passerelle litigieuse a vocation à relier, la passerelle ne peut être regardée comme étant située en agglomération au sens des dispositions précitées. En outre, cet ouvrage d'art ne pouvant être qualifié de zone de stationnement, ni d'emplacement d'arrêt des véhicules de transport en commun, ni de poste d'appel d'urgence, il n'est pas au nombre des ouvrages situés hors agglomération qui entrent dans le champ d'application du décret n° 2006-1657 du

21 décembre 2006. Par suite, la passerelle litigieuse se trouvant hors du champ d'application défini par l'article 1er du décret n° 2006-1657 du 21 décembre 2006, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de ce même décret, de l'article 1er du décret n° 2006-1658 du

21 décembre 2006 et des articles 1 et 2 de l'arrêté du 15 janvier 2007, portant application de ce dernier décret, ne peuvent qu'être écartés comme étant inopérants.

En ce qui concerne la norme AFNOR NF P98-351:

6. L'article 17 du décret n° 2009-697 du 16 juin 2009 relatif à la normalisation dispose que : " Les normes sont d'application volontaire. / Toutefois, les normes peuvent être rendues d'application obligatoire par arrêté signé du ministre chargé de l'industrie et du ou des ministres intéressés. / Les normes rendues d'application obligatoire sont consultables gratuitement sur le site internet de l'Association française de normalisation ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la norme AFNOR NF P98-351 ait été rendue obligatoire par un arrêté interministériel régulièrement publié au journal officiel de la République française, ni, a fortiori, qu'elle soit consultable gratuitement sur le site internet de l'Association française de normalisation (AFNOR), comme l'exige également l'article 17 du décret n°2009-697 du 16 juin 2009. Par suite, et contrairement à ce que soutient l'association requérante, le maitre d'ouvrage de la passerelle franchissant le canal du Loing n'était pas tenu de s'y conformer.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'association Mobilité réduite Sud Seine-et-Marne n'est pas fondée à soutenir que la décision du 22 janvier 2019 du président du syndicat intercommunal des Maisons du Bornage est illégale. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité.

Sur les conclusions à fin d'injonction:

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Il résulte de ce qui précède que le syndicat intercommunal des Maisons du Bornage n'a commis aucune illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par l'association Mobilité réduite Sud Seine-et-Marne doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du syndicat intercommunal des Maisons du Bornage, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'association Mobilité réduite Sud Seine-et-Marne lui réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'association Mobilité réduite Sud Seine-et-Marne la somme que le syndicat intercommunal des Maisons du Bornage lui réclame au titre de ces mêmes frais.

13. Enfin, si l'association requérante fait valoir qu'elle a dû exposer une somme de 562,34 euros au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, elle ne justifie pas que ces sommes puissent être qualifiées de dépens. Par suite, les conclusions tendant à ce que la somme de 562, 34 euros soit mise à la charge du syndicat défendeur au titre des dépens doivent, en tout état de cause, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Mobilité Réduite Sud Seine-et-Marne est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le syndicat intercommunal des Maisons du Bornage au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Mobilité Réduite Sud Seine-et-Marne et au syndicat intercommunal des Maisons du Bornage.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre, premier conseiller,

M. Dumas, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

Le rapporteur,

M. DUMAS Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1902634

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