mercredi 6 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1902740 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | COFFLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mars 2019, l'association dénommée collectif " Réduire, Réutiliser, Recycler " (" Collectif 3R "), l'association " Zero Waste France ",
Mme H G, M. B D et M. E F, représentés par
Me Cofflard, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2018 par lequel le préfet du Val-de-Marne a autorisé l'exploitation de la future unité de valorisation énergétique des déchets ménagers par le Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères de l'agglomération parisienne, l'agence métropolitaine des déchets ménagers (SYCTOM) ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont tous intérêt à agir, car en l'espèce, par son ampleur, ses caractéristiques, son intégration urbaine et son impact sur l'environnement en matière de gestion des déchets ménagers, l'autorisation de construire porte une atteinte directe au champ matériel et géographique des intérêts statutaires défendus par les associations " Collectif 3R " et " Zero Waste France", cette dernière se trouvant par ailleurs spécialement agréée pour la protection de l'environnement, et, en ce qui concerne les particuliers, ils résident à proximité de l'installation dont les cheminées seront visibles de très loin, le permis de construire autorisant des cheminées d'une hauteur de 100 mètres ;
- les dispositions de l'article L. 122-1 du code de l'environnement ont été méconnues, car l'étude d'impact d'un projet n'a pas inclus l'ensemble des travaux, installations et ouvrages autorisés, et notamment ceux de l'unité de valorisation organique qui ne peut pourtant être disjointe de l'unité de valorisation énergétique ; le public n'a pas été informé des incidences de ce projet dans son ensemble ;
- les dispositions de l'article R. 122-5 du même code ont été aussi méconnues, car l'étude d'Airparif ayant servi de base à l'analyse de l'état initial de l'environnement pour mesurer la qualité de l'air dans le périmètre pertinent (zone de retombée des fumées) ne comprend aucune mesure à proximité du trafic et de l'incinérateur de la concentration de dioxyde d'azote et de particules fines d'un diamètre inférieur à 2,5 micromètres et 10 micromètres, les études ayant été menées à six kilomètres de l'implantation et non à 600 mètres, ce qui a abouti à tromper le public ainsi que le préfet ;
- l'arrêté attaqué est incompatible avec les objectifs visés par l'article L. 541-1 du code de l'environnement ;
- il est contraire aux objectifs définis par la directive n°2018/851 du 30 mai 2018 portant modification de la directive 2008/98/CE du 19 novembre 2008 relative aux déchets.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2020, le Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères de l'agglomération parisienne, l'agence métropolitaine des déchets ménagers (SYCTOM), représenté par la Selarl Parme avocats, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable faute pour les requérant de justifier d'un intérêt pour agir suffisant, dès lors que l'objet social des associations requérantes est trop imprécis et sans lien entre celui-ci et la décision contestée, et que les requérants personnes physiques résident trop loin de l'usine et n'établissent pas sa visibilité depuis leur habitation ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Par un mémoire en intervention en défense enregistré les 22 juillet 2020, les membres du groupement IP 13, à savoir les sociétés Ivry Paris XIII, Eiffage Génie Civil, Chantiers Modernes Construction, Hitachi Zosen Inova, Vinci Environnement, GTIE INFI, Satelec, BG Ingénieurs Conseil et AIA Life Designers, ayant pour mandataire la société Ivry Paris XIII, représentés par la SCP Cabinet Boivin et associés, concluent au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants d'une somme de 200 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- elles ont intérêt à intervenir dans cette instance car elles sont attributaires du marché de conception, construction et exploitation de la nouvelle unité de valorisation énergétique ;
- l'association " Zero Waste France " qui ne disposait plus de son agrément à la date d'enregistrement de la requête, et dont les statuts ne sont pas assez précis, ne justifie pas d'un intérêt pour agir suffisant, ainsi que les personnes physiques qui ne démontrent pas qu'elles auront une vue directe sur l'installation contestée ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2020, le préfet du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté par les requérants a été enregistré le 20 juin 2022 mais n'a pas été communiqué.
Par une ordonnance du 3 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au
20 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2018/851 du 30 mai 2018 portant modification de la directive 2008/98/CE du 19 novembre 2008 ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thébault, rapporteur ;
- les conclusions de Mme Vergnaud, rapporteure publique ;
- les observations de Me Cofflard représentant, le " Collectif 3R ", l'association " Zero Waste France ", Mme H G, M. B D et M. E F, de M. C représentant la préfète du Val-de-Marne en vertu d'un mandat de représentation expresse, de Me Gatel représentant le SYCTOM, et de M. A représentant les membres du groupement IP 13, à savoir les sociétés Ivry Paris XIII, Eiffage Génie Civil, Chantiers Modernes Construction, Hitachi Zosen Inova, Vinci Environnement, GTIE INFI, Satelec, BG Ingénieurs Conseil et AIA Life Designers, ayant pour mandataire la société Ivry Paris XIII.
Une note en délibéré présentée pour les requérants a été enregistrée le 29 juin 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 23 novembre 2018, le préfet du Val-de-Marne a délivré au Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères de l'agglomération parisienne, l'agence métropolitaine des déchets ménagers (SYCTOM), une autorisation en vue de l'exploitation de la future Unité de Valorisation Energétique des déchets ménagers (UVE), sur un terrain situé 36-48 rue Victor-Hugo à Ivry-sur-Seine. Par la présente requête, l'association collectif " Réduire, Réutiliser, Recycler " (" Collectif 3R "), l'association " Zero Waste France ", Mme G, M. D et M. F demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur l'intervention volontaire des membres du groupement IP 13 :
2. Les membres du groupement IP 13, à savoir les sociétés Ivry Paris XIII, Eiffage Génie Civil, Chantiers Modernes Construction, Hitachi Zosen Inova, Vinci Environnement, GTIE INFI, Satelec, BG Ingénieurs Conseil et AIA Life Designers, ayant pour mandataire la société Ivry Paris XIII, sont en charge de la construction de l'équipement dont l'exploitation a été autorisée par l'arrêté contesté. Elles justifient chacune d'un intérêt suffisant pour intervenir en défense. Leur intervention est donc admise.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
En ce qui concerne l'étude d'impact :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code de l'environnement, dans sa version applicable à la date du dépôt du dossier de permis de construire par le Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères de l'agglomération parisienne (SYCTOM), soit le 12 mai 2017 : " I.- Les projets de travaux, d'ouvrages ou d'aménagements publics et privés qui, par leur nature, leurs dimensions ou leur localisation sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine sont précédés d'une étude d'impact. Ces projets sont soumis à étude d'impact en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas effectué par l'autorité administrative de l'Etat compétente en matière d'environnement. Pour la fixation de ces critères et seuils et pour la détermination des projets relevant d'un examen au cas par cas, il est tenu compte des données mentionnées à l'annexe III à la directive 85/337/ CEE du Conseil du 27 juin 1985 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement. II.- Lorsque ces projets concourent à la réalisation d'un même programme de travaux, d'aménagements ou d'ouvrages et lorsque ces projets sont réalisés de manière simultanée, l'étude d'impact doit porter sur l'ensemble du programme. Lorsque la réalisation est échelonnée dans le temps, l'étude d'impact de chacun des projets doit comporter une appréciation des impacts de l'ensemble du programme. Lorsque les travaux sont réalisés par des maîtres d'ouvrage différents, ceux-ci peuvent demander à l'autorité administrative de l'Etat compétente en matière d'environnement de préciser les autres projets du programme, dans le cadre des dispositions de l'article L. 122-1-2. Un programme de travaux, d'aménagements ou d'ouvrages est constitué par des projets de travaux, d'ouvrages et d'aménagements réalisés par un ou plusieurs maîtres d'ouvrage et constituant une unité fonctionnelle. III.- Dans le cas d'un projet relevant des catégories d'opérations soumises à étude d'impact, le dossier présentant le projet, comprenant l'étude d'impact et la demande d'autorisation, est transmis pour avis à l'autorité administrative de l'Etat compétente en matière d'environnement. Dans le cas d'un projet relevant de la procédure d'examen au cas par cas, l'autorité administrative de l'Etat compétente en matière d'environnement est saisie par le pétitionnaire ou le maître d'ouvrage d'un dossier présentant le projet et détermine si ce dernier doit être soumis à la réalisation d'une étude d'impact. () ".
4. D'une part, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 122-1 du code de l'environnement cité ci-dessus, dans leur version issue de l'article 1er de l'ordonnance n°2016-1058 du 3 août 2016 relative à la modification des règles applicables à l'évaluation environnementale des projets, plans et programmes, cette dernière étant applicable aux projets faisant l'objet d'une évaluation environnementale systématique pour lesquels la première demande d'autorisation a été déposée à compter du 16 mai 2017, dans la mesure où, en l'espèce, la demande initiale d'autorisation d'exploitation en litige a été déposée le 12 mai 2017.
5. D'autre part, il résulte de l'instruction que si les " Unité de valorisation organique " et " Unité de valorisation énergétique " ont vocation à fonctionner de manière complémentaire, la première devant permettre l'approvisionnement de la seconde en " ordures ménagères en mélange ", il résulte toutefois de l'instruction que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'unité de valorisation énergétique peut fonctionner de manière indépendante de la première, et d'ailleurs ces deux unités ne seront en tout état de cause pas réalisées de manière simultanée au sens des dispositions du II de l'article L. 122-1 du code de l'environnement, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'une demande aurait été déposée pour la construction de l'unité de valorisation organique et qu'il est même constant qu'un moratoire d'une durée de trois années a été décidé s'agissant de l'opération relative à la création de l'unité de valorisation organique. Dès lors, et quand bien même l'étude d'impact préciserait que l'" Unité de valorisation énergétique " ne serait que la première phase d'un programme global, dénommé " Unité de valorisation organique et énergétique ", ce programme ne constitue pas davantage une " unité fonctionnelle " au sens des dispositions du dernier alinéa du II de l'article L. 122-1 du code de l'environnement. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'étude d'impact aurait été incomplète en ce qu'elle n'aurait pas appréhendé le " programme global " dans son ensemble et qu'elle aurait omis d'analyser les impacts de l'" Unité de valorisation organique " sur la santé et l'environnement, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code de l'environnement.
6. En second lieu, aux termes de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable eu égard à la date de dépôt de la demande de la décision attaquée : " I.- Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. II.- En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : 1° Un résumé non technique des informations prévues ci-dessous. Ce résumé peut faire l'objet d'un document indépendant ; 2° Une description du projet, y compris en particulier : - une description de la localisation du projet ; - une description des caractéristiques physiques de l'ensemble du projet, y compris, le cas échéant, des travaux de démolition nécessaires, et des exigences en matière d'utilisation des terres lors des phases de construction et de fonctionnement ; - une description des principales caractéristiques de la phase opérationnelle du projet, relatives au procédé de fabrication, à la demande et l'utilisation d'énergie, la nature et les quantités des matériaux et des ressources naturelles utilisés ; - une estimation des types et des quantités de résidus et d'émissions attendus, tels que la pollution de l'eau, de l'air, du sol et du sous-sol, le bruit, la vibration, la lumière, la chaleur, la radiation, et des types et des quantités de déchets produits durant les phases de construction et de fonctionnement. () 3° Une description des aspects pertinents de l'état actuel de l'environnement, dénommée "scénario de référence", et de leur évolution en cas de mise en œuvre du projet ainsi qu'un aperçu de l'évolution probable de l'environnement en l'absence de mise en œuvre du projet, dans la mesure où les changements naturels par rapport au scénario de référence peuvent être évalués moyennant un effort raisonnable sur la base des informations environnementales et des connaissances scientifiques disponibles ; () 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres : () c) De l'émission de polluants, du bruit, de la vibration, de la lumière, la chaleur et la radiation, de la création de nuisances et de l'élimination et la valorisation des déchets ; () ".
7. Les effets sur l'environnement d'un projet d'installation qui doivent faire l'objet d'une analyse spécifique dans l'étude d'impact doivent être déterminés au regard de la nature de l'installation projetée, de son emplacement et de ses incidences prévisibles sur l'environnement.
8. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure, et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude, que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.
9. Premièrement, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que l'étude d'impact n'avait pas à porter sur le projet d'" unité de valorisation organique " lequel constitue une unité fonctionnellement distincte. Partant les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de l'incomplétude de l'étude d'impact s'agissant des effets de cette opération sur la qualité de l'air tels qu'abordés dans l'étude d'impact alors qu'au demeurant, cette dernière comportait des éléments d'analyse en l'état des connaissances relatives aux caractéristiques du projet de seconde phase.
10. Deuxièmement, si les requérants se prévalent des insuffisances de l'état des lieux initial s'agissant de la qualité de l'air, en soutenant que les émissions de dioxyde d'azote, de particules fines de 2,5 et 10 microgrammes par litre d'air n'auraient pas été sérieusement étudiées, il résulte de l'instruction et notamment de l'étude du 15 novembre 2017 effectuée par l'institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) et relative à l'évaluation des risques sanitaires portant spécifiquement sur le projet de transformation de l'unité de valorisation des déchets Ivry-Paris XII que ces émissions sont inférieures aux limites maximum fixées par la règlementation et résultent essentiellement du trafic routier, notamment celui du boulevard périphérique parisien.
11. Troisièmement, si les requérants soutiennent que l'étude sur la qualité de l'air comporterait des informations trompeuses, s'agissant notamment des relevés de dioxyde d'azote dans la station Airparif d'Ivry-sur-Seine, laquelle n'aurait jamais existé, faussant ainsi l'analyse s'agissant de ces émissions, et de l'indication selon laquelle une autre station de mesure implantée à Vitry-Sur-Seine serait indiquée comme se situant à 600 mètres du lieu d'implantation du projet, il résulte de l'instruction, et notamment de l'historique de la station d'analyse de la qualité de l'air sur le site Airparif, que cette station a fonctionné jusqu'en 2018, et que l'indication erronée de la distance d'implantation de la station de relevé de Vitry-sur-Seine résulte d'une erreur de plume qu'un lecteur attentif pouvait aisément identifier, l'information étant rectifiée en page 146 de la partie V de l'étude d'impact laquelle mentionne que la station est à environ 5 kilomètres du site. En outre, et en tout état de cause, si les requérants font valoir que les choix des lieux de mesures des émissions, notamment celui de la station de Vitry-sur-Seine précitée, ne sont pas pertinents au regard de l'orientation des vents relevée pendant l'étude à l'automne 2013 et de la distance qui la sépare du site, il résulte de l'instruction que la station se situe dans la zone de dispersion des polluants en raison d'une prédominance des vents sur un axe Nord-Nord Est -Sud-Sud-Ouest et que de nombreuses stations, fixes et mobiles, ainsi que d'autres indicateurs ont été utilisés aux fins de l'étude, notamment les dossiers d'information du public entre 2012 et 2015 qui comportent des développement sur les rejets de l'usine. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les autorités administratives consultées, notamment l'agence régionale de santé et le conseil général de l'environnement et du développement durable ont souligné la bonne qualité de l'étude d'impact, la pertinence de ses références et la rigueur de sa méthodologie. Enfin, si les requérants se prévalent, pour soutenir que l'état initial de la qualité de l'air dressé dans le cadre de l'étude d'impact est insuffisant, d'une étude menée pour le compte du " Collectif 3R " par l'organisme Toxicowatch, et publiée en 2022, il résulte des conclusions de cette dernière que si un taux de dioxine très élevé a été relevé sur des œufs de poules à proximité de l'actuelle usine d'incinération, cette dernière et le communiqué de presse qui l'accompagne précisent qu'" il est scientifiquement difficile d'établir avec certitude l'origine de leur présence dans les communes autour de l'incinérateur d'Ivry-Paris XIII ".
12. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'étude d'impact du projet autorisé aurait été réalisée, s'agissant du volet consacré à la qualité de l'air, dans des conditions méconnaissant les dispositions de l'article R. 122-5 du code de l'environnement.
En ce qui concerne le non-respect des objectifs de gestion des déchets par le projet :
13. En premier lieu, les requérants n'établissent pas que l'autorisation environnementale attaquée aurait été accordée en méconnaissance des objectifs ou résultats assignés par la directive 2008/98/CE telle que modifiée par la directive 2018/851/CE, et dont le terme du délai de transposition était fixé au 5 juillet 2020, cette directive ayant, au demeurant, fait l'objet s'agissant des objectifs de traitement des déchets fixés à l'article L. 541-1 du code de l'environnement, d'une transposition en droit interne, dont la complétude n'est pas contestée, par l'adoption de la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire.
14. En second lieu, aux termes de l'article L. 512-14 du code de l'environnement :
" Les dispositions prises en application du présent titre doivent, lorsqu'elles intéressent les déchets, prendre en compte les objectifs visés à l'article L. 541-1. " Aux termes de l'article
L. 541-1 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- La politique nationale de prévention et de gestion des déchets est un levier essentiel de la transition vers une économie circulaire. Ses objectifs, adoptés de manière à respecter la hiérarchie des modes de traitement des déchets définie au II () / II.- Les dispositions du présent chapitre et de l'article L. 125-1 ont pour objet : I. - Les dispositions du présent chapitre et de l'article L. 125-1 ont pour objet : 1° En priorité, de prévenir et de réduire la production et la nocivité des déchets, notamment en agissant sur la conception, la fabrication et la distribution des substances et produits et en favorisant le réemploi, ainsi que de diminuer les incidences globales de l'utilisation des ressources et d'améliorer l'efficacité de leur utilisation ; 2° De mettre en œuvre une hiérarchie des modes de traitement des déchets consistant à privilégier, dans l'ordre : a) La préparation en vue de la réutilisation ; b) Le recyclage ; c) Toute autre valorisation, notamment la valorisation énergétique ; d) L'élimination ; 3° D'assurer que la gestion des déchets se fait sans mettre en danger la santé humaine et sans nuire à l'environnement, notamment sans créer de risque pour l'eau, l'air, le sol, la faune ou la flore, sans provoquer de nuisances sonores ou olfactives et sans porter atteinte aux paysages et aux sites présentant un intérêt particulier ; 4° D'organiser le transport des déchets et de le limiter en distance et en volume selon un principe de proximité ; 5° D'assurer l'information du public sur les effets pour l'environnement et la santé publique des opérations de production et de gestion des déchets, sous réserve des règles de confidentialité prévues par la loi, ainsi que sur les mesures destinées à en prévenir ou à en compenser les effets préjudiciables ; 6° D'assurer, notamment par le biais de la planification relative aux déchets, le respect du principe d'autosuffisance ; 7° De contribuer à la transition vers une économie circulaire ; 8° D'économiser les ressources épuisables et d'améliorer l'efficacité de l'utilisation des ressources. ".
15. D'une part, il résulte de ces dispositions que les objectifs fixés à l'article L. 541-1 du code de l'environnement s'imposent aux dispositions règlementaires prises en application du titre IV relatif aux déchets et non aux décisions individuelles prises pour son application. Elles n'imposent ainsi pas au préfet, dans le cadre de l'adoption de décisions individuelles prises dans le cadre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement, comme l'est la décision en litige, d'appliquer directement les objectifs fixés par les dispositions précitées.
16. D'autre part, si les requérants se prévalent dans le dernier état de leurs écritures d'une méconnaissance par le projet des objectifs prévus par le plan régional de prévention et de gestion des déchets, il résulte de l'instruction que le dimensionnement de l'installation autorisée tient compte d'un scénario prévisionnel d'évolution des ratios de déchets ménagers produits par les habitants du bassin versant, notamment une réduction de 0,42 % par an et par habitant de la collecte de déchets ménagers et une augmentation du tri des biodéchets, pour passer de 0,2 kg par an par habitant à 31 kg par an et par habitant d'ici 2031. S'il est fait grief au projet qu'au regard des besoins de traitement des déchets ménagers du bassin versant concerné par le projet et des capacités de traitement global du SYCTOM, l'absence de réalisation de l'unité de valorisation énergétique conduirait à une augmentation des mises en décharge, alors que le stockage des déchets doit être réduit au regard des objectifs, il résulte de l'instruction que le projet prend en compte la politique d'incitation à la collecte sélective des déchets et le principe de proximité de traitement et s'inscrit dans les objectifs de valorisation énergétique des déchets puisque ces installations permettent une production d'électricité et l'alimentation en vapeur du réseau de la compagnie parisienne du chauffage urbain. Par ailleurs, si l'unité de valorisation organique est abordée par ce plan, elle ne l'est que sous l'angle de projet à l'étude. Il en résulte que les sociétés requérantes ne sont pas fondées à soutenir que le projet en cause méconnaîtrait le plan régional de prévention et de gestion des déchets, lequel, adopté en novembre 2019, est en tout état de cause, postérieur à la décision attaquée.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté litigieux, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, ni sur la recevabilité de la requête.
Sur les frais non compris dans les dépens :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants sur le fondement de ces dispositions.
19. Il y a lieu de mettre à la charge des requérants le versement d'une somme globale de 1 500 euros au SYCTOM sur le fondement de ces dispositions.
20. Les membres du groupement IP 13, à savoir les sociétés Ivry Paris XIII, Eiffage Génie Civil, Chantiers Modernes Construction, Hitachi Zosen Inova, Vinci Environnement, GTIE INFI, Satelec, BG Ingénieurs Conseil et AIA Life Designers, ayant pour mandataire la société Ivry Paris XIII n'étant pas, en leur qualité d'intervenants, parties à la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font également obstacle à ce qu'une somme leur soit versée par les requérants à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention des membres du groupement IP 13, à savoir les sociétés Ivry Paris XIII, Eiffage Génie Civil, Chantiers Modernes Construction, Hitachi Zosen Inova, Vinci Environnement, GTIE INFI, Satelec, BG Ingénieurs Conseil et AIA Life Designers, ayant pour mandataire la société Ivry Paris XIII est admise.
Article 2 : La requête de l'association collectif " Réduire, Réutiliser, Recycler " (" Collectif 3R "), l'association " Zero Waste France ", Mme G, M. D et M. F est rejetée.
Article 3 : L'association collectif " Réduire, Réutiliser, Recycler " (" Collectif 3R "), l'association " Zero Waste France ", Mme G, M. D et M. F verseront au syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères de l'agglomération parisienne, l'agence métropolitaine des déchets ménagers une somme globale de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties et des intervenants est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association dénommée collectif " Réduire, Réutiliser, Recycler " (" Collectif 3R "), l'association " Zero Waste France ",
Mme H G, M. B D et M. E F, aux sociétés Ivry Paris XIII, Eiffage Génie Civil, Chantiers Modernes Construction, Hitachi Zosen Inova, Vinci Environnement, GTIE INFI, Satelec, BG Ingénieurs Conseil et AIA Life Designers, à la commune d'Ivy-sur-Seine, au syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères de l'agglomération parisienne agence métropolitaine des déchets ménagers et à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Guével, président,
M. Desvigne-Repusseau, premier conseiller,
M. Thébault, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.
Le rapporteur,
P. THEBAULT
Le président,
B. GUEVEL La greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026