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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1903982

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1903982

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1903982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantTABI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2019, la société à responsabilité limitée (SARL) Assure Transports Multiservices, représentée par Me Tabi, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, de participation des employeurs à l'effort de construction et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises au titre des années 2012 et 2013 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- l'administration ne pouvait mettre en recouvrement le 18 janvier 2016, sans méconnaître les dispositions de l'article R. 61 A-1 du livre des procédures fiscales, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée, de participation des employeurs à l'effort de construction, de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et de taxe additionnelle à cette cotisation au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2013 ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- l'administration a méconnu son droit au recours à l'interlocuteur départemental ;

- la pénalité de l'article 1729 du code général des impôts n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2019, le directeur de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le directeur de contrôle fiscal Ile-de-France a statué sur la réclamation préalable ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 décembre 2022 :

- le rapport de M. A ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Assure Transports Multiservices qui exerce une activité de stockage, d'affrètement et d'organisation de transport, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification du 4 mai 2015. Des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, de participation des employeurs à l'effort de construction, de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et de taxe additionnelle à cette cotisation ont été mis en recouvrement à son encontre le 18 janvier 2016. Les réclamations d'assiette présentées les 5 septembre et 31 décembre 2018 ont été rejetées par décision du directeur de contrôle fiscal Ile-de-France du 22 février 2019. Par la requête précitée, la société demande la décharge de ces impositions.

Sur la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 61 A-1 du livre des procédures fiscales : " Le montant de l'impôt exigible à la suite d'une procédure de rectification est calculé : a) Soit sur la base acceptée par le contribuable si celui-ci a donné son accord dans le délai prescrit ou s'il a présenté dans ce même délai des observations qui ont été reconnues fondées ; b) Soit sur la base fixée par l'administration à défaut de réponse ou d'accord du contribuable dans le délai prescrit ; c) Soit sur la base notifiée par l'administration au contribuable après avis de la commission compétente ou du comité consultatif du crédit d'impôt pour dépenses de recherche dans le cas où le litige leur a été soumis. Le montant de l'impôt exigible donne lieu à l'établissement d'un rôle ou à l'émission d'un avis de mise en recouvrement ".

3. La requérante soutient que l'administration a méconnu les dispositions précitées de l'article R. 61 A-1 du livre des procédures fiscales en mettant en recouvrement le 18 janvier 2016 les impositions contestées dès lors que la procédure contradictoire était toujours en cours à cette date. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des observations produites par la société le 1er juillet 2015 que celle-ci a accepté les rectifications au titre des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, de participation des employeurs à l'effort de construction et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et n'a contesté les rectifications qu'en matière d'impôt sur les sociétés. La requérante ne saurait sérieusement se prévaloir d'un courrier du 24 octobre 2015 faisant état de ce que son courrier du 1er juillet précédent aurait comporté " une erreur de plume et de forme " en ce qu'elle souhaitait en réalité refuser l'ensemble des rectifications notifiées le 12 mai 2015, dès lors que ce courrier du 24 octobre 2015 a été reçu par le service le 5 novembre 2015, soit après l'expiration du délai de trente jours, décompté à compter de la notification de la proposition de rectification, qui était imparti à l'intéressée pour produire des observations à l'encontre de cette proposition. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 61 A-1 du livre des procédures fiscales ne peut donc qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

6. La proposition de rectification adressée le 4 mai 2015 à la SARL Assure Transports Multiservices mentionne les impôts concernés, les années d'imposition et la base d'imposition et précise notamment que la taxe sur la valeur ne pouvait être déduite sur les déclarations, alors que les factures des fournisseurs n'avaient pas été réglées. Cette proposition comporte ainsi l'ensemble des éléments de fait et de droit permettant à la contribuable de formuler utilement ses observations, comme elle l'a d'ailleurs fait le 1er juillet 2015. Si la société soutient que la participation des employeurs à l'effort de construction ne serait pas suffisamment motivée dès lors que l'administration n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle aurait disposé de plus de 20 salariés au titre des années en cause et que pour la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et la taxe additionnelle à cette cotisation, l'administration ne précise pas les biens pris en location et en crédit-bail pour une durée de plus de six mois, ces circonstances qui relèvent du bien-fondé des motifs ne suffisent pas à démontrer l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification. Au demeurant et en tout état de cause, l'administration fait valoir sans être contredite que la requérante a déclaré 69 salariés en 2011 et 73 salariés en 2012 et la proposition de rectification en cause comporte un tableau détaillant par compte et par année le montant global des loyers correspondant à des contrats de plus de six mois. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration ". Dans la partie relative aux conclusions du contrôle, la charte des droits et obligations du contribuable vérifié prévoit, dans sa version applicable à la procédure en litige, que " si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les rectifications envisagées, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal. Si, après ces contacts, des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur ".

8. La requérante soutient qu'en fixant, par un courrier du 6 novembre 2015, un rendez-vous au 24 novembre suivant et en indiquant qu'aucun rendez-vous ne pouvait être accordé après cette date, alors qu'il pouvait être saisi jusqu'à la mise en recouvrement, l'interlocuteur départemental aurait limité la garantie de cette saisine en la privant du droit effectif à ce recours. Toutefois il résulte de ce qui précède que la société avait accepté, par ses observations du 1er juillet 2015, les rectifications relatives aux impositions contestées, de sorte qu'aucune divergence ne subsistant, la saisine de l'interlocuteur départemental ne constituait pas une garantie pour la requérante. Cette dernière n'est donc pas fondée à soutenir que les impositions mises à sa charge ont été établies au terme d'une procédure irrégulière.

Sur les pénalités :

9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

10. Il résulte de l'instruction et notamment des mentions de la proposition de rectification du 4 mai 2015 que le vérificateur a constaté que la société avait systématiquement déduit sur la majorité de ses déclarations CA3, un montant de taxe sur la valeur ajoutée supérieur au montant existant au débit du compte de taxe sur la valeur ajoutée déductible, de sorte que ce compte présentait souvent en fin de mois un solde débiteur et que la société ne pouvait ignorer qu'elle a ainsi porté en déduction sur ces déclarations un montant de taxe sur la valeur ajoutée ne correspondant à aucune facturation de la part de ses fournisseurs. Le service en a conclu que c'est en connaissance de cause et d'une manière délibérée que la société avait indûment bénéficié de droits à déduction de taxe sur la valeur ajoutée et s'est abstenue de procéder à la régularisation adéquate, avant d'appliquer, compte tenu du caractère délibéré et de l'importance du montant du rappel, la majoration de 40 % pour manquement délibéré de l'article 1729 du code général des impôts. L'administration établit ainsi le caractère intentionnel de l'infraction. Dans ces conditions et sans que la requérante puisse utilement se prévaloir de l'instruction 13 N-1-07 du 19 février 2007 ni du BOI-CF-INF-10-20-20 du 12 septembre 2012, c'est à bon droit qu'une majoration de l'article 1729 du code général des impôts a été mise en recouvrement à son encontre.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SARL Assure Transports Multiservices doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions au titre des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la SARL Assure Transports Multiservices est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Assure Transports Multiservices et au directeur de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

P. A La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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