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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1906138

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1906138

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1906138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFLICHY GRANGE AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 juillet 2019, 25 juin 2021 et 7 avril 2022, M. B A, représenté par Me Macouillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 mai 2019 par laquelle la ministre du travail a refusé d'inscrire l'établissement de la société L'Air Liquide situé 18, rue Jules Guesde à

Vitry-sur-Seine sur la liste des établissements ouvrant droit pour les salariés au dispositif de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante ;

2°) d'enjoindre à la ministre du travail d'inscrire cet établissement sur ladite liste ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- il est recevable à demander l'annulation de la décision attaquée dès lors, d'une part, qu'il justifie avoir travaillé dans l'établissement dont il demande qu'il soit inscrit sur la liste de ceux qui ouvrent droit pour les salariés au dispositif de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante et, d'autre part, qu'il a présenté sa requête dans le délai de deux mois qui lui était imparti à cette fin ;

- l'établissement en litige devait être inscrit sur cette liste dès lors que de l'amiante y a été utilisée, dans le cadre d'opérations d'isolation thermique, et donc à des fins d'activité de calorifugeage, de façon habituelle dans de nombreux ateliers.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 novembre 2019 et 15 mars 2022, la société Air Liquide Global EetC Solutions France, représentée par Me Fieschi, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; elle soutient que :

- la demande de M. A, formulée 19 ans après l'entrée en vigueur de l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998, est tardive en ce qu'elle se heurte au principe de sécurité juridique, l'intéressé ne pouvant se prévaloir d'aucune circonstance de droit nouvelle ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête ; elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juillet 2019 et 17 mai 2022,

M. B A, représenté par Me Macouillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 mai 2019 par laquelle la ministre du travail a refusé d'inscrire l'établissement de la société L'Air Liquide situé 57 avenue Carnot et 38 quai du halage à Champigny-sur-Marne sur la liste des établissements ouvrant droit pour les salariés au dispositif de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante ;

2°) d'enjoindre à la ministre du travail d'inscrire cet établissement sur ladite liste ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- il est recevable à demander l'annulation de la décision attaquée dès lors, d'une part, qu'il justifie avoir travaillé dans l'établissement dont il demande qu'il soit inscrit sur la liste de ceux qui ouvrent droit pour les salariés au dispositif de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante et, d'autre part, qu'il a présenté sa requête dans le délai de deux mois qui lui était imparti à cette fin ;

- l'établissement en litige devait être inscrit sur cette liste dès lors que de l'amiante y a été utilisée, dans le cadre d'opérations d'isolation thermique, et donc à des fins d'activité de calorifugeage, de façon habituelle en son sein.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 novembre 2019 et 17 mai 2022, la société Air Liquide Global EetC Solutions France, représentée par Me Fieschi, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; elle soutient que :

- la demande de M. A, formulée 19 ans après l'entrée en vigueur de l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998, est tardive en ce qu'elle se heurte au principe de sécurité juridique, l'intéressé ne pouvant se prévaloir d'aucune circonstance de droit nouvelle ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête ; elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Timothée Gallaud, président,

- les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Macouillard, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux décisions du 6 mai 2019, la ministre du travail, répondant à une demande présentée en ce sens notamment par M. A, a refusé d'inscrire sur la liste des établissements ouvrant droit pour les salariés au dispositif de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante les établissements relevant désormais de la société Air Liquide Global EetC Solutions France et situés, d'une part, 18, rue Jules Guesde à Vitry-sur-Seine et, d'autre part,

57 avenue Carnot et 38 quai du halage à Champigny-sur-Marne. Par la requête visée ci-dessus, enregistrée sous le n° 1906138, M. A demande au tribunal d'annuler la décision relative au premier de ces établissements et, par la requête enregistrée sous le n° 1906139, il lui demande d'annuler la décision concernant le second établissement.

2. Les deux requêtes présentées par M. A présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 41 de la loi du 23 décembre 2018 visée ci-dessus :

" I. - Une allocation de cessation anticipée d'activité est versée aux salariés et anciens salariés des établissements de fabrication de matériaux contenant de l'amiante, des établissements de flocage et de calorifugeage à l'amiante ou de construction et de réparation navales, sous réserve qu'ils cessent toute activité professionnelle, lorsqu'ils remplissent les conditions suivantes : / 1° Travailler ou avoir travaillé dans un des établissements mentionnés ci-dessus et figurant sur une liste établie par arrêté des ministres chargés du travail, de la sécurité sociale et du budget, pendant la période où y étaient fabriqués ou traités l'amiante ou des matériaux contenant de l'amiante. L'exercice des activités de fabrication de matériaux contenant de l'amiante, de flocage et de calorifugeage à l'amiante de l'établissement doit présenter un caractère significatif () ".

4. Il résulte des dispositions qui viennent d'être citées que peuvent seuls être légalement inscrits sur la liste qu'elles prévoient les établissements dans lesquels les opérations de calorifugeage ou de flocage à l'amiante ont, compte tenu notamment de leur fréquence et de la proportion de salariés qui y ont été affectés, représenté sur la période en cause une part significative de l'activité de ces établissements. Les opérations de calorifugeage à l'amiante doivent, pour l'application de ces dispositions, s'entendre des interventions qui ont pour but d'utiliser l'amiante à des fins d'isolation thermique. Ne sauraient par suite ouvrir droit à l'allocation prévue par ce texte les utilisations de l'amiante à des fins autres que l'isolation thermique, alors même que, par l'effet de ses propriétés intrinsèques, l'amiante ainsi utilisée assurerait également une isolation thermique.

En ce qui concerne l'établissement situé 18 rue Jules Guesde à Vitry-sur-Seine :

5. Il ressort des pièces du dossier que l'établissement situé 18 rue Jules Guesde à Vitry-sur-Seine, a pour activité principale la conception et la fabrication d'équipements cryogéniques. S'il apparaît que des matériaux amiantés ont été utilisés par le passé au sein de cet établissement et provoqué en conséquence une exposition des salariés à de la poussière d'amiante, le requérant n'apporte aucun élément suffisant permettant de mettre en évidence que ces matériaux, hormis le matériau dit " composition 240 ", auraient été utilisé dans le but de procéder au calorifugeage de composants, c'est-à-dire en vue d'assurer leur isolation thermique. S'il est constant que l'utilisation du matériau " composition 240 " avait en revanche un tel objet, puisqu'il a été utilisé pour assurer l'isolation thermique des réservoirs cryogéniques fabriqués sur le site, l'activité consacrée à de telles opérations dites de " bourrage " des réservoirs, occupait

7 personnes pendant environ une semaine pour 35 réservoirs fabriqués par an au cours de la période allant de 1960 à 1972, alors que l'établissement comptait au cours de la même période un effectif moyen de 185 personnes travaillant en moyenne 220 jours par an. Si M. A soutient que ce matériau a continué d'être utilisé postérieurement à l'année 1972, il ressort de l'enquête menée par l'inspection du travail que ce matériau a été utilisé seulement de façon occasionnelle à partir de 1972, sans aucune autre précision et qu'il a été ensuite remplacé par un autre matériau ne contenant pas de l'amiante. Le requérant n'apporte aucun élément sérieux venant contredire les faits ainsi relevés par le rapport d'enquête. Dans ces conditions, la seule activité dont il est établi qu'elle relevait du calorifugeage au sens des dispositions de l'article 41 de la loi du

23 décembre 1998, c'est-à-dire l'utilisation entre 1960 et 1972 du matériau " composition 240 " n'a pas revêtu une part significative de l'activité de l'établissement en cause.

En ce qui concerne l'établissement situé 57 avenue Carnot et 38 quai du halage à Champigny-sur-Marne :

6. S'il ressort des pièces du dossier que, au sein de l'établissement de

Champigny-sur-Marne, le même matériau " composition 240 " a été utilisé en vue de procéder à l'isolation thermique de réservoirs cryogéniques, le requérant n'apporte aucun élément permettant de déterminer avec suffisamment de précision le volume de cette activité au regard de l'ensemble des activités exercées dans ce site. En outre, s'il apparaît que d'autres matériaux ou outils de travail contenant de l'amiante ont été utilisés dans ledit établissement, il n'apparaît pas davantage qu'ils l'auraient été en vue de procéder aux opérations de calorifugeage qui pouvaient être effectués sur les composants qui y étaient fabriquées. A tout le moins, le requérant n'apporte aucun élément permettant de faire le départ entre l'utilisation qui a été faite de ces outils et matériaux pour procéder à de telles opérations et celle qui avait pour objet d'autres étapes du processus de fabrication des composants concernés. Alors que l'enquête de l'inspection du travail n'a pas permis d'apporter des éléments plus précis sur l'intensité d'une utilisation des outils et matériaux aux fins de telles opérations de calorifugeage, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée procéderait d'une inexacte application des dispositions citées ci-dessus de l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998 ou recèlerait une erreur de droit.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir et moyens opposés en défense, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société Air Liquide Global EetC Solutions France sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Air Liquide Global EetC Solutions France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société Air Liquide Global EetC Solutions France.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère.

M. Jean-René Guillou, premier conseiller honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

T. GallaudL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. Norval-Grivet

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 1906138 et 1906139

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