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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1906596

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1906596

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1906596
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP LONQUEUE SAGALOVITSCH EGLIE-RICHTERS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires en réplique, enregistrés les 19 juillet 2019, 7 octobre et 7 décembre 2020 et le 30 novembre 2022, Mme E D, représentée en dernier lieu par le cabinet Athon-Perez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 22 mai 2019 par laquelle A emploi a rejeté sa demande, présentée le 22 mars 2019, tendant, d'une part, à la placer en congé à plein traitement à compter de son premier arrêt de travail pris à raison de sa pathologie auditive jusqu'à la date à laquelle elle a été déclarée apte à reprendre ses fonctions puis à compter de cette date jusqu'à la reprise de ses fonctions sur un poste aménagé conformément aux préconisations du médecin du travail, de l'affecter sur un poste aménagé conformément aux prescriptions du médecin du travail et, d'autre part, de réparer les préjudices qu'elle a subi a raison de ces fautes ;

2°) d'enjoindre à A emploi de procéder sans délai aux aménagements préconisés par le médecin du travail et de lui donner une affectation conforme à son engagement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner A emploi à lui verser une indemnité en réparation de son préjudice financier et à lui verser une somme de 10 000 euros réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi ;

4°) de mettre à la charge de A emploi une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 13, 17 et 32 de décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat ;

- elle est entachée d'une discrimination à raison de son état de santé ;

- elle méconnaît l'accord collectif du 20 juillet 2015 de A emploi relatif à l'emploi des personnes handicapées ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de qualification juridique des faits, d'inexactitude matérielle des faits et de détournement de pouvoir dès lors que son état de santé justifie l'aménagement de son poste conformément aux prescriptions du médecin du travail et qu'elle doit être placée de manière rétroactive en congé à plein traitement à compter de juin 2017 ou doit bénéficier d'un congé de grave maladie dès lors qu'elle pouvait être réemployée depuis le 25 juin 2018 et que A emploi ne l'a pas affectée sur un poste aménagé conformément aux prescriptions du médecin du travail ;

- cette illégalité est constitutive d'une faute dont elle est fondée à demander réparation ;

- A emploi a commis une faute tirée du retard pris dans l'aménagement de son poste de travail ;

- ces fautes lui ont causé un préjudice financier constitué par la perte de sa rémunération durant son placement en congé maladie dans l'attente de l'aménagement de son poste et qui peut être évalué provisoirement à 15 000 euros ;

- ces fautes lui ont causé un préjudice moral qui peut être évalué à 10 000 euros.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 10 juillet et 7 décembre 2020 et le 9 décembre 2022, A emploi, représenté par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;

- la requérante a commis des fautes de nature à l'exonérer de l'engagement de sa responsabilité.

Par une ordonnance du 7 janvier 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 27 janvier 2021 à midi.

Par deux lettres des 9 et 22 novembre 2022, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible de reposer sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de ce que les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée du 22 mai 2019 en tant qu'elle rejette la demande de Mme D tendant à ce que A emploi l'affecte sur un poste aménagé conforme aux prescriptions du médecin du travail sont devenues sans objet dès lors que postérieurement à l'introduction de la requête le médecin du travail a proposé de nouveaux aménagements du poste de l'intéressée et que les aménagements de poste préconisés ont été réalisés et, d'autre part, de ce que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite de rejet résultant du silence opposé par l'administration à sa demande préalable d'indemnisation sont irrecevables, dès lors que cette décision a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat ;

- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat ;

- le décret n° 2003-1370 du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de A emploi

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Achard, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D, agente de droit public affectée en qualité de conseiller à l'emploi de niveau II à l'agence de Nogent-sur-Marne de A Emploi, a bénéficié de plusieurs arrêts de travail à compter de septembre 2017 en raison d'une pathologie de l'appareil auditif, puis a repris ses fonctions dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique à compter du 1er novembre 2017. A cette date, le médecin du travail a préconisé une reprise sur un poste aménagé. L'intéressée a été placée en congé de maladie 28 novembre 2017 au 4 février 2018, puis à compter du 16 février 2018, sans reprise. Par un compte-rendu de visite du 17 mai 2018, l'association interprofessionnelle des centres médicaux et sociaux de santé au travail de la région Ile-de-France (ACMS) a formulé plusieurs recommandations pour l'aménagement du bureau de Mme D. Par un avis du 18 octobre 2018, le médecin du travail a préconisé, en plus de l'aménagement du poste de l'intéressée, la mise en place d'un télétravail. Par un avis du 7 mai 2019, le médecin du travail a réitéré ces préconisations. Par une lettre du 20 mars 2019, reçue le 22 mars suivant, Mme D a demandé à A emploi, d'une part, de la placer en congé à plein traitement à compter de son premier arrêt de travail pris à raison de sa pathologie auditive jusqu'à la date à laquelle elle a été déclarée apte à reprendre ses fonctions puis à compter de cette date jusqu'à la reprise de ses fonctions sur un poste aménagé conforme aux préconisations du médecin du travail, de l'affecter sur un poste aménagé conformément aux prescriptions du médecin du travail et, d'autre part, de réparer les préjudices qu'elle a subis à raison de ces fautes. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par A emploi sur cette demande le 22 mai 2019. Par sa requête, Mme D demande au tribunal l'annulation de cette décision et la condamnation de A emploi à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison des fautes commises.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il résulte de l'instruction, d'une part, que les aménagements préconisés tant par le rapport de l'association interprofessionnelle des centres médicaux et sociaux de santé au travail de la région Ile-de-France, dans son rapport du 17 mai 2018, ainsi que par le médecin du travail, dans son avis du 7 mai 2019, qui reprend les conclusions de ce rapport et qui préconise en outre la mise en place d'un télétravail trois jours par semaine avec présence à l'agence le vendredi et la récupération d'un fauteuil spécifique à son handicap, consistent, à titre de proposition, en la pose d'un double vitrage, la pose d'une barre de seuil anti-bruit et d'un isolant ou la pose d'un rideau phonique, le réglage du groom de la porte extérieur, la pose de dalles amovibles, le retrait du son du téléphone et le déplacement de l'imprimante. Il résulte de l'instruction, outre la circonstance que A emploi affirme, sans être contredit, qu'un fauteuil adapté été mis à disposition de Mme D dès 2017, que la majeure partie des travaux d'isolation préconisés par le rapport de l'ACMS ont été réalisés à compter du mois de mars 2019 notamment la pose d'une barrière phonique, la dépose des cloisons pour la mise en place d'un revêtement acoustique, le remplacement de la cloison simple par une double cloison, la pose de deux rideaux phoniques et que, par ailleurs, il n'est pas contesté que d'autres travaux ont été effectués comme le réglage du groom de la porte qui donne sur l'extérieur, le changement des dalles du plafond, la pose d'une barre de seuil antibruit ainsi qu'il ressort du compte rendu de visite de l'ACMS du 19 décembre 2019 qui a constaté que les mesures qu'elle avait préconisées le 17 mai 2018 avaient été mises en place ou seraient mises en place lors du retour effectif de Mme D comme le déplacement de l'imprimante. En outre, il ressort d'un courriel du 31 mars 2020 du gestionnaire des locaux que le vitrage de la fenêtre du bureau dispose déjà d'un double vitrage. A cet égard, la circonstance que l'analyse réalisée le 19 décembre 2019 par l'ACMS qui conclut à la réduction du bruit dans le bureau de la requérante n'a été effectuée que pendant 20 minutes et non pas sur une journée ou que d'autres aménagements ont été préconisés postérieurement par le médecin du travail ne saurait démontrer que les aménagements préconisés par l'ACMS le 17 mai 2018 et le médecin du travail dans son avis du 7 mai 2019 n'ont pas été réalisés. D'autre part, si le médecin du travail a préconisé la mise en place d'un télétravail en plus des aménagements précités, il résulte de l'instruction et notamment d'une lettre du 23 décembre 2019 adressée à l'intéressée, que A emploi en a accepté le principe précisant que la mise en place d'un tel télétravail exigeait uniquement la tenue d'un entretien téléphonique entre l'agent et la personne en charge de la diversité et de la qualité de vie au travail afin d'expliquer à l'intéressée ses modalités, vérifier qu'il lui convient et déterminer les étapes de sa mise en place. Par suite, postérieurement à l'introduction de la requête, l'ensemble des aménagements et préconisations du médecin du travail dans son avis du 7 mai 2019 ont été réalisés. Dès lors, les conclusions de la requête de Mme D tendant à l'annulation de la décision du 22 mars 2019 rejetant sa demande d'affectation sur un poste aménagé, conformément aux prescriptions du médecin du travail, sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer. Par voie de conséquence, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à A emploi de procéder sans délai aux aménagements préconisés par le médecin du travail et de lui donner une affectation conforme à son engagement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur la recevabilité de la requête :

3. La décision implicite contestée du 22 mai 2019 en tant qu'elle rejette la demande préalable d'indemnisation formée le 20 mars 2019 par Mme D et reçue par A emploi le 22 mars suivant a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la requérante tendant à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des fautes de A emploi. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision en tant qu'elle rejette cette demande sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Mme D n'établit ni même n'allègue avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite du 22 mai 2019 de A emploi rejetant sa demande tendant à obtenir le bénéfice d'un congé de maladie à plein traitement à compter de son premier arrêt de travail, pris à raison de sa pathologie auditive, jusqu'à la date à laquelle elle a été déclarée apte à reprendre ses fonctions puis à compter de cette date jusqu'à la reprise de ses fonctions sur un poste aménagé conforme aux préconisations du médecin du travail. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit, en tout état de cause, être écarté.

6. En deuxième lieu, Mme D ne saurait utilement soutenir que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article 13 du décret du 17 janvier 1986 susvisé relatif aux congés pour grave maladie alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D aurait sollicité l'octroi d'un tel congé.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de loi du 13 juillet 1983, dans sa version alors en vigueur : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leur état de santé, (), de leur handicap (). / Toutefois des distinctions peuvent être faites afin de tenir compte d'éventuelles inaptitudes physiques à exercer certaines fonctions ".

8. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être discriminatoire, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux qui permettent d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. Mme D n'apporte aucun élément susceptible de faire présumer l'existence d'une situation de discrimination à son égard à raison de son état de santé ou de son handicap.

10. En troisième lieu, Mme D soutient qu'elle est apte à exercer ses fonctions depuis le 25 juin 2018 sous réserve de l'aménagement de son bureau et a, par conséquent, droit de percevoir sa pleine rémunération depuis cette date dès lors qu'il appartient à A emploi de lui donner des fonctions effectives sur un poste aménagé en vertu des dispositions des articles 17 et 32 du décret du 17 janvier 1986 précité. Toutefois, ces dispositions ne donnent pas à Mme D un droit au versement de sa rémunération en l'absence de service fait alors qu'elle était placée en congé de maladie ordinaire sur cette période et qu'elle a perçu des indemnités journalières de la sécurité sociale.

11. En dernier lieu, Mme D ne saurait utilement soutenir que la décision contestée en tant qu'elle a refusé de la placer en congé à plein traitement à compter de son premier arrêt de travail pris à raison de sa pathologie auditive jusqu'à la date à laquelle elle a été déclarée apte à reprendre ses fonctions puis, à compter de cette date, jusqu'à la reprise de ses fonctions sur un poste aménagé conformément aux préconisations du médecin du travail méconnaîtrait l'accord collectif du 20 juillet 2015 de A emploi relatif à l'emploi de personnes handicapées.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à soutenir que A emploi aurait commis une erreur de droit au regard des dispositions des articles 13, 17, 32 du 17 janvier 1986 susvisé et de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983, une erreur de qualification juridique des faits, entaché sa décision d'inexactitude matérielle des faits ou d'un détournement de pouvoir, qui n'est pas établi, ou aurait méconnu l'accord collectif du 20 juillet 2015 de A emploi relatif à l'emploi de personnes handicapées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite du 22 mai 2019 rejetant sa demande tendant à être placée en congé à plein traitement à compter de son premier arrêt de travail pris à raison de sa pathologie auditive jusqu'à la date à laquelle elle a été déclarée apte à rependre ses fonctions puis à compter de cette date jusqu'à la reprise de ses fonctions sur un poste aménagé conformément aux préconisations du médecin du travail.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat pour faute :

S'agissant de la faute tirée de l'illégalité de la décision du 22 mars 2019 :

14. En premier lieu, la décision implicite du 22 mai 2019 en tant qu'elle rejette la demande de Mme D tendant à la placer en congé à plein traitement à compter de son premier arrêt de travail pris à raison de sa pathologie auditive jusqu'à la date à laquelle elle a été déclarée apte à reprendre ses fonctions puis à compter de cette date jusqu'à la reprise de ses fonctions sur un poste aménagé conformément aux préconisations du médecin du travail n'étant, ainsi qu'il vient d'être dit, pas illégale, Mme D n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de A emploi sur ce fondement.

15. En second lieu, aux termes de l'article 2-1 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique : " Les chefs de service sont chargés, dans la limite de leurs attributions et dans le cadre des délégations qui leur sont consenties, de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. ". Aux termes de l'article 26 de ce décret, dans sa version alors en vigueur : " Le médecin de prévention est habilité à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. / Il peut également proposer des aménagements temporaires de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions au bénéfice des femmes enceintes. / Lorsque ces propositions ne sont pas agréées par l'administration, celle-ci doit motiver son refus et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail doit en être tenu informé. ". Il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, ainsi que le précise l'article 2-1 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique. A ce titre, il leur incombe notamment de prendre en compte, dans les conditions prévues à l'article 26 de ce même décret, les propositions d'aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents, que les médecins du service de médecine préventive sont seuls habilités à émettre.

16. Il résulte de l'instruction que, alors que Mme D a été reconnue apte à une reprise sur un poste aménagé dès le 25 juin 2018 par le docteur C, médecin agréé, les aménagements préconisés tant par le rapport de l'ACMS dans son rapport du 17 mai 2018, que par le médecin du travail dans son avis du 7 mai 2019 n'ont pas été réalisés à la date de la décision du 22 mai 2019, sans que A emploi établisse que les difficultés dans le choix ou l'importance des travaux auraient eu pour conséquence le retard dans leur mise en œuvre alors que le conseil de l'intéressée a adressé deux lettres les 10 janvier et 20 mars 2019 mettant en demeure A emploi de réaliser ces travaux. Dès lors, Mme D est fondée à soutenir qu'en tant qu'elle a rejeté sa demande de l'affecter sur un poste aménagé conformément aux prescriptions du médecin du travail, la décision du 22 mai 2019 est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées.

17. Par suite, la décision implicite du 22 mai 2019 rejetant la demande de Mme D tendant à l'affecter sur un poste aménagé conformément aux prescriptions du médecin du travail étant illégale, Mme D est fondée à rechercher la responsabilité de A emploi sur ce fondement.

S'agissant de la faute résultant du retard pris par A emploi pour aménager le poste de Mme D conformément aux recommandations du médecin du travail :

18. Mme D soutient que A emploi a commis une faute du fait du retard mis à aménager son bureau. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit, que les solutions permettant d'aménager le poste de Mme D étaient connues dès le 17 mai 2018, date du rapport de l'ACMS et que le conseil de l'intéressée a adressé deux lettres les 10 janvier et 20 mars 2019 mettant en demeure A emploi de réaliser ces travaux qui n'ont été achevés que fin 2019, sans que A emploi établisse que les difficultés dans le choix ou l'importance des travaux auraient eu pour conséquence le retard dans leur mise en œuvre. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que le délai pour la mise en œuvre des travaux d'aménagement de son bureau, préconisés par l'ACMS et le médecin du travail, est, dans les circonstances de l'espèce, un délai déraisonnable qui peux être fixé à 9 mois compte tenu de la nature des travaux à entreprendre et à chercher, pour ce motif, la responsabilité de A emploi pour faute. A cet égard, la circonstance que Mme D n'a pas souhaité reprendre son poste une fois les travaux réalisés, mettant en doute leur efficacité par mail dès le 6 février 2020 et le comportement ultérieur de l'intéressée sont sans incidence sur le caractère déraisonnable de la durée de ces travaux.

En ce qui concerne les causes d'exonération :

19. A emploi soutient que Mme D a commis des fautes ayant contribué au retard dans les travaux d'aménagement de son bureau. Toutefois, d'une part, A emploi ne saurait utilement soutenir que Mme D n'a pas adopté une attitude active et positive de nature à permettre une reprise effective entre juin 2018 et décembre 2019 dès lors qu'il est le seul responsable de l'aménagement du bureau de l'intéressée selon les prescriptions de l'ACMS et du médecin du travail. A cet égard, ainsi qu'il a été dit, A emploi n'établit pas que les difficultés dans le choix ou l'importance des travaux auraient eu pour conséquence le retard dans leur mise en œuvre. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la circonstance que Mme D n'a pas souhaité reprendre son poste une fois les travaux réalisés, mettant en doute leur efficacité par mail dès le 6 février 2020 et le comportement ultérieur de l'intéressée sont sans incidence sur le caractère déraisonnable de la durée de ces travaux. Par suite, A emploi n'établit pas que Mme D aurait commis une faute de nature à l'exonérer partiellement de sa responsabilité.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant du préjudice économique :

20. Mme D soutient qu'elle a subi un préjudice financier du fait de la perte de son plein traitement lorsqu'elle a été placée en congé maladie durant le temps nécessaire à l'achèvement des aménagements de son bureau. Il résulte de l'instruction et notamment de l'avis du médecin agréé du 25 juin 2018 et de l'avis du médecin du travail du 7 mai 2019, que Mme D était apte à la reprise de ses fonctions et n'a été placée en congé de maladie ordinaire durant toute la période de juillet 2018 à décembre 2019 que dans l'attente de l'aménagement de son poste, sa pathologie l'empêchant d'exercer ses fonctions tant que l'aménagement n'avait pas été réalisé. Par suite, au regard du délai déraisonnable de 9 mois pour achever ces travaux d'avril à décembre 2019, du traitement auquel Mme D aurait pu prétendre durant cette période s'il elle avait été en activité sur son poste aménagé et des sommes qu'elle a perçu durant cette période, il sera fait une exacte appréciation de son préjudice financier en l'évaluant à la somme de 2 467, 17 euros.

S'agissant du préjudice moral :

21. Compte-tenu de la durée des travaux pour l'aménagement de son bureau et de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de la requérante en l'évaluant à une somme de 1 000 euros.

Sur les frais liés à l'instance :

22. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de A emploi la somme de 1 500 euros à verser à Mme D au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par A emploi au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme D tendant à l'annulation de la décision du 22 mars 2019 en tant qu'elle rejette sa demande tendant à l'affecter sur un poste aménagé conformément aux prescriptions du médecin du travail, ainsi que sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à A emploi de procéder sans délai aux aménagements préconisés par le médecin du travail et de lui donner une affectation conforme à son engagement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 2 : A emploi est condamné à verser à Mme D une somme de 2 467, 17 euros au titre de son préjudice financier.

Article 2 : A emploi est condamné à verser à Mme D une somme de 1 000 euros au titre de son préjudice moral.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de A emploi présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et à A emploi.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

Le rapporteur,

J.-N. B

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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