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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1906630

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1906630

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1906630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2019, M. A B, représenté par la Selafa Cabinet Cassel, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris à lui verser la somme de 13 627,14 euros, quitte à parfaire, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa demande préalable ;

2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris la somme

de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été victime d'agissements répétés constitutifs de harcèlement moral qui ont eu pour effet de dégrader ses conditions de travail et de porter atteinte à ses droits ; il a fait l'objet d'un acharnement de la part du médecin de prévention ; son placement en inaptitude provisoire à compter du 12 novembre 2017 n'est pas justifié ; après avoir exercé ses fonctions sur un poste provisoire à l'hôpital Emile Roux au sein du service addictologie, il a été affecté sur un poste sans lien avec ses fonctions d'aide-soignant ;

- en toute hypothèse, et en dehors de toute situation de harcèlement moral, il a fait l'objet d'une série de décisions manifestement illégales, et donc fautives, dans la gestion de sa carrière ; il a été déclaré inapte temporairement sans motif, ce qui l'a empêché d'exercer ses fonctions sur la période courant du 12 novembre 2017 au 9 mai 2018 ; la responsabilité de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris est engagée ;

- il a subi un préjudice financier qui peut être évalué à la somme de 3 627,14 euros, à parfaire ;

- il a subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qui peuvent être évalués à la somme de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2021, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, représentée par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- aucune situation de harcèlement moral n'est caractérisée ;

- aucune faute de nature à engager sa responsabilité ne saurait être caractérisée dès lors que la situation de harcèlement moral invoquée par M. B n'est pas établie et que la gestion de sa carrière ne saurait souffrir d'aucune critique ;

- M. B ne peut prétendre à être indemnisé des préjudices moral et financier qu'il estime avoir subis ; les prétentions indemnitaires de M. B sont manifestement disproportionnées.

Par une ordonnance du 10 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a exercé ses fonctions d'aide-soignant au sein du service psychiatrique de l'hôpital Albert Chenevier, rattaché au groupe hospitalier (GH) des hôpitaux universitaires Henri Mondor (HUHM), relevant lui-même de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris

(AP-HP). Au cours de l'année 2017 et compte tenu de difficultés rencontrées sur le lieu d'exercice de ses fonctions, M. B a été déclaré temporairement inapte à l'exercice de ses fonctions le 20 novembre 2017, puis le 24 novembre 2017, par le service de médecine du travail du GH HUHM et placé en arrêt de travail le 20 novembre 2017 par son médecin traitant, arrêt de travail renouvelé, en dernier lieu, jusqu'au 25 avril 2018. Après avoir repris ses fonctions le 26 avril 2018 en qualité de secrétaire hospitalier au sein du service d'addictologie rattaché au service de psychiatrie de l'hôpital Albert Chenevier, il a été affecté, à compter du

23 juillet 2018 à la pharmacie de l'hôpital Henri Mondor en qualité d'agent logistique. Par courrier du 26 avril 2019, reçu le 28 avril 2019 par l'AP-HP, M. B a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis résultant d'agissements constitutifs de harcèlement moral, et, en toute hypothèse, de fautes commises dans la gestion de sa carrière. L'AP-HP a implicitement rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B demande à être indemnisé des préjudices qu'il estime avoir subis pour la somme globale de 13 627,14 euros.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne les faits constitutifs de harcèlement moral :

2. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983, alors aplicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ".

3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

4. M. B soutient qu'il a été victime de faits de harcèlement moral de la part de l'AP-HP.

5. D'une part, le requérant se prévaut de l'acharnement du médecin du service de médecine du travail qu'il l'a déclaré inapte temporairement à ses fonctions sans que des précisions lui aient été apportées sur son état de santé. A l'appui de son argumentation, il se prévaut du compte-rendu de consultation du praticien hospitalier de l'unité de psychiatrie de l'Hôtel Dieu de Paris qui l'a examiné le 11 avril 2018 à la demande du service de médecine du travail de l'hôpital Henri Mondor et de trois attestations d'agents de l'AP-HP.

6. Il résulte de l'instruction que, par courriel du 24 octobre 2017 adressé à la directrice de l'hôpital Albert Chenevier, la cadre paramédicale du pôle de psychiatrie et d'addictologie du GH HUHM a indiqué avoir reçu M. B dans le cadre d'un entretien individuel qu'il avait sollicité. A cette occasion, le requérant a décrit " des faits qui pouvaient être au premier abord rationnels ". Cependant, son discours, ainsi que le souligne la cadre paramédicale était " diffluent, parsemé d'interprétations et in fine délirant ". M. B a indiqué se sentir persécuté dans son travail " avec le sentiment qu'il est victime d'un complot, d'une manigance par quelques personnes désignées. Sur la base d'un événement ancien datant de 2010, il a construit tout un enchaînement de raisonnement intuitif en étant persuadé qu'il a été filmé à son domicile à travers son ordinateur et qu'une cassette vidéo () circule dans l'hôpital. Qu'on se moque de lui Il y aurait même un réseau de prostitution ". La cadre paramédicale ajoute que " M. B était tendu, angoissé avec le sentiment qu'il n'était plus en sécurité dans cet établissement " et qu'elle a dû faire intervenir au cours de l'entretien, compte tenu de la situation, un tiers. Elle conclut que M. B doit voir son médecin généraliste qui se mettra en relation avec le centre hospitalier pour une prise en charge adaptée. Le médecin généraliste de M. B lui prescrira des arrêts de travail portant les mentions " état anxieux " ou " syndrome dépressif ". Au vu du discours tenu par M. B, l'AP-HP l'a orienté vers le service de médecine du travail. Le médecin qui l'a reçu l'a déclaré inapte temporairement, le 20 novembre 2017, puis, de nouveau, le 24 novembre 2017, dans l'attente d'une expertise médicale. Si le praticien hospitalier de l'unité de psychiatrie de l'Hôtel Dieu de Paris, qui a examiné M. B, a relevé, dans son compte-rendu de consultation établi le 11 avril 2018, que, d'une part, " sur le pan médical ", l'intéressé n'a pas d'antécédents de troubles psychiatriques et de traitement psychotrope ainsi qu'" à l'examen ", l'absence de signe en faveur d'une pathologie dépressive ou d'un trouble de la personnalité, et, d'autre part, le souhait de l'intéressé de changer de secteur et suggéré que lui soit proposé un autre poste, ces conclusions, établies à la date du 11 avril 2018, ne sont pas suffisantes pour considérer qu'à la date du 20 puis du 24 novembre 2017, le médecin du service de médecin du travail, qui a déclaré M. B inapte temporairement à l'exercice de ses fonctions, aurait fait preuve d'acharnement à son encontre en prenant une mesure injustifiée. Les attestations produites par M. B ne sont pas davantage de nature à venir au soutien de son argumentation. L'attestation établie

le 5 novembre 2018 par la belle-sœur du requérant, " représentante syndicale du personnel ", soit plusieurs mois après la situation ainsi rappelée, qui se borne notamment à décrire son incompréhension quant à l'" obstination envers cette inaptitude " n'est pas susceptible de présumer des faits de harcèlement moral. Il en va de même des attestations établies les 30 octobre 2018 par un délégué syndical et 10 janvier 2019 par un agent du service de radiologie de l'hôpital Albert Chenevier qui relève la gentillesse de M. B ainsi que " la normalité de son attitude vis-à-vis des patients et des personnels ". Il suit de là, contrairement à ce que soutient M. B, que les éléments qu'il invoque ne sont pas suffisants pour faire présumer des agissements constitutifs de harcèlement moral.

7. D'autre part, le requérant soutient que s'il a pu reprendre ses fonctions avec l'aide des représentants du personnel, il n'a, toutefois, pas retrouvé son poste ayant été affecté sur un poste provisoire au sein du service d'addictologie de l'hôpital Emile Roux puis au sein de la pharmacie de l'hôpital Henri Mondor.

8. Il résulte, toutefois, de l'instruction et notamment du compte-rendu de consultation du 11 avril 2018 que M. B a indiqué au praticien hospitalier de l'unité de psychiatrie de l'Hôtel Dieu de Paris qui l'a examiné qu'il avait le projet d'évoluer sur le plan professionnel et qu'il souhaitait changer de secteur. Le praticien hospitalier concluait son compte-rendu en ces termes : " Dans ce contexte la meilleure solution me paraîtrait de proposer un autre poste à

M. B ". Il ressort, en outre, des différents échanges de courriels du directeur des ressources humaines du GH HUHM, du cadre de santé PUI Mondor / secteur UPDMS, du cadre supérieur paramédical de pôle et du référent RH du pôle de psychiatrie que l'AP-HP à chercher un poste adapté à l'intéressé, et ce dans un délai qui ne peut être regardé comme déraisonnable. Dans ces conditions, M. B ne peut être regardé comme soumettant au tribunal des éléments suffisants à faire présumer des faits constitutifs de harcèlement moral.

En ce qui concerne la faute dans la gestion de carrière :

9. M. B soutient qu'en toute hypothèse, et en l'absence de toute situation de harcèlement moral, l'AP-HP a commis des fautes dans la gestion de sa carrière de nature à engager sa responsabilité. Il se prévaut, à cet égard, de ce qu'il a été déclaré temporairement inapte, ce qui l'a empêché d'exercer ses fonctions sur la période courant du 12 novembre 2017 au 9 mai 2018. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 6. du présent jugement que l'état de santé, tel qu'il a été apprécié tant par le médecin traitant de M. B que par le médecin du service de médecine du travail, a justifié qu'il soit déclaré inapte temporairement à l'exercice de ses fonctions. M. B n'apporte, en tout état de cause, aucun élément de nature à établir que l'AP-HP aurait commis des fautes dans la gestion de sa carrière en ayant pris des décisions manifestement illégales. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à engager la responsabilité pour faute de l'AP-HP.

Sur les préjudices :

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 9. du présent jugement que M. B, qui n'est pas fondé à soutenir qu'il a fait l'objet d'un harcèlement moral de la part de sa hiérarchie, ni même, que les décisions relatives à la gestion de sa carrière, et notamment l'inaptitude temporaire dont il a fait l'objet, auraient été illégales et donc constitutives de fautes susceptibles d'engager la responsabilité de l'AP-HP, ne peut être indemnisé des préjudices matériel, moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il estimé avoir subis

Sur les frais d'instance :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

M. Delmas, premier conseiller,

Mme Réchard, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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