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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1906835

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1906835

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1906835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP RICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 1812498 du 15 juillet 2019, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Melun, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de la société Mutuelle Assurances Corps Santé Français (MACSF) enregistrée le 10 décembre 2018.

Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Melun sous le n° 1906835, et des mémoires, enregistrés les 8 octobre 2021 et 3 février 2022, la MACSF, représentée par Me Richard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre exécutoire d'un montant de 401 810, 64 euros émis à son encontre le 5 juillet 2018 par l'Office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 401 810,64 euros ;

3°) de mettre à la charge l'ONIAM la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle ne présente ses conclusions qu'à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où le tribunal administratif, qu'elle a saisi compte tenu de la mention des voies de recours contenues dans le titre litigieux, désignant le tribunal administratif comme juridiction de recours, s'estimerait compétent alors même que la requête relève normalement de la juridiction judiciaire ;

- le titre exécutoire litigieux est insuffisamment motivé ;

- il a été émis en méconnaissance de l'article L. 1221-14 du code de la santé publique, dont il résulte que l'ONIAM, subrogé dans les droits de la victime à concurrence des sommes versées dans le cadre d'une transaction, ne peut recourir à l'émission d'un titre exécutoire mais doit saisir le juge aux fins de recouvrement des sommes en cause ;

- subsidiairement, il méconnaît l'article L. 114-1 du code des assurances, dès lors que la prescription biennale était acquise à la date de son émission.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 et 7 août 2021, 13 décembre 2021, et 14 mars 2022, l'ONIAM conclut au rejet de la requête, sollicite à titre reconventionnel la condamnation de la MACSF à lui verser la somme de 401 810, 64 euros avec intérêts au taux légal à compter du 10 décembre 2018, avec capitalisation des intérêts, et demande que soit mise à sa charge la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une lettre du 31 mars 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 18 avril 2022 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 10 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des assurances ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Hy, rapporteur public,

- et les observations de Me Wang, représentant la MACSF.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 4 octobre 1966, a fait l'objet de transfusion de produits sanguins et de médicaments dérivés du sang en raison d'une hémophilie en 1974, en 1978 et en 1984 dans des établissements de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), provenant notamment du Centre national de transfusion sanguine (CNTS) et du Centre départemental de transfusion sanguine (CDTS) du Val-de-Marne. En 1990, il est apparu qu'il avait été contaminé par le virus de l'hépatite C. Par jugement avant-dire droit du 30 juin 2008, le tribunal administratif de Paris a notamment considéré que l'EFS devait être seul déclaré entièrement responsable des conséquences dommageables de cette contamination, ordonné une mesure d'expertise et condamné l'EFS venant aux droits de la Fondation nationale de la transfusion sanguine, venant elle-même aux droits du Centre national de transfusion sanguine et du Centre départemental de transfusion sanguine du Val-de-Marne une somme provisionnelle de

10 000 euros. Par un jugement n° 0720902/6-3 du 20 mai 2010, le tribunal administratif de Paris a notamment condamné l'EFS à verser, d'une part, à M. A la somme de 251 501,66 euros ainsi que la somme de 7 000 euros en sa qualité de représentant légal de ses deux enfants mineurs, et, d'autre part, à la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Val-de-Marne la somme de 85 548,18 euros, et, enfin, a mis à la charge définitive de l'EFS les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 978,40 euros. Par un arrêt n° 10PA03768 du 6 décembre 2012, rectifié pour erreur matérielle le 23 septembre 2013, la Cour administrative d'appel de Paris a, d'une part, constaté la substitution de l'ONIAM dans les droits et obligations de l'EFS, mis hors de cause, et l'a condamné à verser à M. A la somme de 283 524,13 euros et la somme de 7 000 euros en sa qualité de représentant légal de ses deux enfants mineurs, et, d'autre part, à verser à la CPAM du Val-de-Marne les sommes de 88 553,11 euros et de 997 euros sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, la somme de 88 553,11 euros et, mis à la charge définitive de l'ONIAM les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 978,40 euros. Par une décision n° 365927 du 23 juillet 2014, le Conseil d'Etat a annulé cet arrêt en tant qu'il statuait sur les conclusions de M. A tendant à l'indemnisation des pertes de revenus subies pour la période comprise entre janvier 2010 et juin 2012 et a renvoyé, dans cette mesure, l'affaire devant la même Cour. Par arrêt n° 14PA04155 du 27 mars 2017, la Cour administrative d'appel de Paris a notamment condamné l'ONIAM à verser aux consorts A la somme de 46 041 euros sous réserve, le cas échéant, des sommes déjà versées et la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. L'indemnisation par l'ONIAM des préjudices liés à la contamination de M. A et le remboursement des frais et débours de la CPAM du Val-de-Marne se sont ainsi élevées à un montant total de 401 810,64 euros. Par un titre exécutoire du 5 juillet 2018, l'ONIAM a mis à la charge de la MACSF, en sa qualité d'assureur du Centre de transfusion sanguine du Val-de-Marne, l'obligation de payer la somme de 401 810, 64 euros.

2. L'ordre de juridiction compétent pour connaître de l'action en garantie ouverte à l'ONIAM par l'article L. 1221-14 du code de la santé publique doit être déterminé en fonction de la nature du contrat d'assurance conclu entre l'assureur, contre lequel cette action est dirigée, et la structure de transfusion sanguine reprise par l'EFS. Si ce contrat est de droit privé, la juridiction judiciaire est compétente pour connaître d'une telle action. S'il présente le caractère d'un contrat administratif, par application de l'article 2 de la loi n° 2001-1168 du 11 décembre 2001 et de l'article 29 du code des marchés publics, l'action en garantie de l'ONIAM doit être portée devant la juridiction administrative.

3. En prévoyant, à l'article L. 1221-14 du code de la santé publique, la possibilité pour l'ONIAM de former une action en garantie contre les assureurs des structures de transfusion sanguine reprises par l'EFS pour récupérer les sommes qu'il a versées aux victimes, le législateur a entendu conférer à la juridiction compétente pour connaître de cette action en garantie plénitude de juridiction pour statuer sur l'ensemble des questions qui s'y rapportent, y compris celles qui ont trait à la responsabilité de l'assuré dans la survenue du dommage, sans qu'y fassent obstacle les dispositions de l'article 15 de l'ordonnance n° 2005-1087 du 1er septembre 2005.

4. La juridiction compétente pour connaître de l'action en garantie formée par l'ONIAM sur le fondement de l'article L. 1221-14 du CSP l'est également pour connaître de l'opposition formée par l'assureur contre le titre exécutoire émis par l'office, lorsque celui-ci a choisi cette voie pour procéder au recouvrement de sa créance.

5. Les litiges relatifs aux marchés publics passés en application du code des marchés publics relèvent de la compétence des juridictions administratives. L'article 2 de la loi du 11 décembre 2001 portant mesures urgentes de réformes à caractère économique et financier (Murcef) détermine cette compétence à compter de la date de son entrée en vigueur, y compris pour les contrats en cours, à l'exception de ceux qui ont été portés devant le juge judiciaire avant cette date. D'autre part, le décret du 27 février 1998 modifiant le code des marchés publics en ce qui concerne les règles de mise en concurrence et de publicité des marchés de services a soumis pour la première fois les marchés publics ayant pour objet des services d'assurances aux règles du code des marchés publics.

6. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire litigieux est fondé sur un contrat d'assurance n° 253416250A conclu entre la MACSF et le Centre de transfusion sanguine du

Val-de-Marne à compter du 27 mai 1977, soit antérieurement à l'entrée en vigueur du décret du 27 février 1998. Ainsi, à supposer que le Centre de transfusion sanguine du Val-de-Marne, qui a fourni les produits sanguins à l'origine de la contamination transfusionnelle de M. A, fût une personne publique, ce contrat ne peut être un contrat de droit administratif par détermination de la loi en application des dispositions combinées de l'article 1er du décret du 27 février 1998 et de l'article 2 de la loi du 11 décembre 2001. En outre, il résulte de l'instruction que ce contrat n'a pas pour objet de faire participer l'assureur à l'exécution d'un service public et ne comporte aucune clause qui implique, dans l'intérêt général, qu'il relève du régime exorbitant des contrats administratifs. Enfin, la notification erronée des voies de recours est sans incidence sur la détermination de l'ordre juridictionnel compétent.

7. Il résulte de ce qui précède que la juridiction administrative n'est pas compétente ni pour connaître de l'opposition formée par l'assureur à l'encontre des titres exécutoires émis par l'ONIAM aux fins de recouvrer les sommes versées à des victimes de contamination transfusionnelle ni des conclusions présentées à titre reconventionnel par l'ONIAM sur le fondement de l'article L. 1221-14 du code de la santé publique.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'ONIAM, qui n'a pas la qualité de partie perdante à l'instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la MACSF et non compris dans les dépens.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la MACSF la somme demandée à ce titre par l'ONIAM.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la MACSF et les conclusions reconventionnelles de l'ONIAM tendant à la condamnation de la société requérante sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Mutuelle Assurances Corps Santé Français et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bruand, président,

Mme Vergnaud, première conseillère,

Mme Norval-Grivet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La rapporteure,

S. CLe président,

T. BruandLa greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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