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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1907033

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1907033

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1907033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSEINGIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er août 2019 et 3 septembre 2021, M. D C, représenté par Me Seingier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 avril 2019 par lequel la ministre des armées l'a pris en compte, affecté et a procédé à son reclassement dans le corps des adjoints administratifs, ensemble la décision du 10 juillet 2019 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de retrait de l'arrêté du 10 avril 2019 ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées d'édicter un nouvel arrêté le reclassant sur l'indice majoré 416 (indice brut 479), à compter du 1er janvier 2018 et de reconstituer sa carrière en se fondant sur ce nouvel arrêté, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions attaquées :

- sont entachées d'incompétence ;

- sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'en application des dispositions du III de l'article 5 du décret du 23 décembre 2006 relatif aux dispositions statutaires communes applicables au corps d'adjoints administratifs des administrations de l'Etat, il aurait dû être reclassé à un échelon comportant un traitement égal ou immédiatement supérieur à celui qu'il percevait avant sa titularisation ;

- ne pouvaient prendre en compte l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise dans l'appréciation de sa rémunération pour exclure l'application de la clause de sauvegarde prévue par les dispositions précitées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par des autorités compétentes ;

- l'arrêté du 10 avril 2019 a procédé à son reclassement en tenant compte des services précédemment accomplis en tant qu'agent contractuel de droit public conformément au II de l'article 5 du décret du 23 décembre 2006 précité ;

- la rémunération à laquelle fait référence le III de l'article 5 du décret du 23 décembre 2006 vise non seulement le traitement indiciaire mais également le régime indemnitaire, conformément à l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires.

Par ordonnance du 8 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 23 septembre 2021 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n°2011-1864 du 12 décembre 2011;

- le décret n°2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le décret n°2016-580 du 11 mai 2016 ;

-l'arrêté du 28 décembre 2017 relatif à l'application du décret n°2011-1864 du 12 décembre 2011 autorisant le ministre de la défense et des anciens combattants à déléguer certains de ses pouvoirs en matière d'administration et de gestion du personnel civil du ministère de la défense ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Leboeuf , rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. M. D C a été titularisé dans le corps des adjoints administratifs du ministère des armées, à compter du 1er janvier 2018 par arrêté du 21 décembre 2017, après avoir exercé en qualité d'agent contractuel du 1er juillet 2010 au 31 décembre 2017 au sein service parisien de l'administration centrale (SPAC) de la sous-direction de la gestion du personnel civil de l'administration centrale (SDGPAC) du ministère des armées. Par un premier arrêté du 25 janvier 2018 portant prise en compte et affectation d'un agent contractuel dans le corps des adjoints administratifs, M. C a été pris en compte au grade d'adjoint administratif de 2ème classe des administrations de l'Etat, à l'échelle C2, 2ème échelon, avec un indice brut de 354 et un indice majoré de 330 et une reprise d'ancienneté d'un an, sept mois et quinze jours et affecté au SPAC dans le groupe 1 IFSE. Par un premier arrêté modificatif du 28 février 2018, il a été reclassé au 4ème échelon de l'échelle C2 avec un indice brut de 362 et un indice majoré de 336 et une reprise d'ancienneté d'un an, dix mois et neuf jours, le reste restant inchangé. Par un deuxième arrêté modificatif du 10 avril 2019, M. C a été classé au 5ème échelon de l'échelle C2, avec un indice brut de 372 et un indice majoré de 343 et une reprise d'ancienneté d'un an, deux mois et vingt-deux jours, l'intéressé demeurant affecté au SPAC dans groupe 1 IFSE. Par courrier du 13 mai 2019, reçu le 20 mai 2019, M. C a formé un recours hiérarchique contre cette décision. Par décision datée du 10 juillet 2019, la sous-directrice de la gestion des personnels relevant de l'administration centrale a rejeté son recours. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 10 avril 2019, ensemble la décision expresse de rejet du 10 juillet 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe des décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 12 décembre 2011 autorisant le ministre de la défense et des anciens combattants à déléguer certains de ses pouvoirs en matière d'administration et de gestion du personnel civil du ministère de la défense : " Les autorités pouvant bénéficier des délégations des pouvoirs du ministre de la défense en matière d'administration et de gestion du personnel civil sont les suivantes : /1° Le chef du service parisien de soutien de l'administration centrale pour le personnel civil dont la gestion est confiée à ce service ; () ". L'article 5 de ce décret précise que " () Ces autorités peuvent déléguer leur signature à leurs subordonnés dans les conditions fixées par arrêté du ministre de la défense. " Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 28 décembre 2017 relatif à l'application du décret n°2011-1864 du 12 décembre 2011 autorisant le ministre de la défense et des anciens combattants à déléguer certains de ses pouvoirs en matière d'administration et de gestion du personnel civil du ministère de la défense, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " En application des dispositions du décret du 12 décembre 2011 susvisé, les autorités désignées ci-après reçoivent délégation de pouvoirs du ministre de la défense en matière d'administration et de gestion du personnel civil géré ou employé par son département ministériel, pour les catégories d'agents et dans les matières définies ci-après. " Aux termes de l'article 2 de cet arrêté: " La délégation de pouvoirs prévue à l'article 1er est consentie aux directeurs des centres ministériels de gestion, au chef du service parisien de soutien de l'administration centrale et au directeur de la caisse nationale militaire de sécurité sociale pour les catégories d'agents ne relevant pas du régime défini par le décret du 20 mai 2009 susvisé et selon les modalités énumérées au présent chapitre. " En vertu de l'article 4 de cet arrêté: " () la délégation de pouvoirs prévue à l'article 2 est consentie pour prendre les actes suivants : " ()3° Titularisation. ()7° Classement dans l'échelon opéré à la suite d'une nomination après recrutement au titre des articles L. 4139-1 et L. 4139-2 du code de la défense, au titre des emplois réservés, d'une titularisation, d'une intégration, d'un avancement par changement de corps ou de grade, ou d'une réforme statutaire () ". L'annexe de cet arrêté relative à la répartition des compétences et du périmètre des centres ministériels de gestion et du service parisien de soutien à l'administration centrale précise que " I. - Le service parisien de soutien de l'administration centrale est chargé de l'administration et de la gestion:/1° Des agents en fonctions dans les organismes militaires et civils faisant partie de l'administration centrale mentionnés dans le décret n° 2009-1178 du 5 octobre 2009 susvisé, à l'exception des assistants de service social et conseillers techniques de service social.() ".

3. En l'espèce, la ministre des armées produit la décision n°2366/ARM/SGA/SPAC du 15 mars 2018 portant délégation de signature (service parisien de soutien de l'administration centrale) publiée au bulletin officiel des armées n°12 du 29 mars 2018 donnant délégation de signature à M. A E, attaché d'administration de l'Etat, chef du bureau de la gestion et de la rémunération des personnels de niveau II et de niveau III, dans les limites des attributions de son bureau. Or, il résulte des dispositions précitées du décret du 12 décembre 2011 autorisant le ministre de la défense et des anciens combattants à déléguer certains de ses pouvoirs en matière d'administration et de gestion du personnel civil du ministère de la défense et de son arrêté d'application du 28 décembre 2017, que le chef du service du service parisien de soutien à l'administration centrale avait notamment reçu délégation à l'effet de signer les actes portant sur le classement dans l'échelon opéré à la suite d'une titularisation et qu'il pouvait lui-même déléguer sa signature à ses subordonnés. En outre, il ressort de l'intitulé même du bureau de la gestion et de la rémunération des personnels de niveau II et III que le classement de M. C à la suite de sa titularisation relevait des compétences du bureau dont M. E assure la direction. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 10 avril 2019 sera écarté.

4. En second lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir des vices propres dont la décision du 10 juillet 2019, rejetant le recours hiérarchique qu'il a formé contre la décision du 10 avril 2019, seraient entachés dès lors que la présence instance tend à obtenir l'annulation de la décision pour laquelle il a formé un recours hiérarchique. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision rejetant son recours hiérarchique sera écarté.

En ce qui concerne la légalité interne des décisions attaquées :

5. D'une part, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. " Aux termes du III de l'article 5 du décret n°2016-580 du 11 mai 2016 relatif à l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C : " Les agents publics contractuels classés, en application du présent article, à un échelon doté d'un indice brut conduisant à une rémunération inférieure à la rémunération dont ils bénéficiaient avant leur nomination conservent à titre personnel le bénéfice d'un indice brut fixé de façon à permettre le maintien de leur rémunération antérieure, jusqu'au jour où ils bénéficient dans leur grade d'un indice brut conduisant à une rémunération au moins égale à ce montant. Toutefois, l'indice brut ainsi déterminé ne peut excéder l'indice brut afférent au dernier échelon du grade dans lequel ils sont classés. / L'agent contractuel doit justifier, pour bénéficier du maintien de sa rémunération antérieure, de six mois de services effectifs en qualité d'agent public contractuel pendant les douze mois précédant sa nomination. /La rémunération prise en compte pour l'application du premier alinéa correspond à la moyenne des six meilleures rémunérations perçues en cette qualité pendant les douze mois avant sa nomination. Cette rémunération ne prend en compte aucun élément accessoire lié à la situation familiale, au lieu de travail et aux frais de transport. " D'autre part, aux termes de l'article 1 du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat ( IFSE) : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret.() ".

6. Il résulte de ces dispositions que le III de l'article 5 du décret du 11 mai 2016 permet aux agents contractuels titularisés, qui bénéficiaient avant leur titularisation d'une rémunération supérieure à celle à laquelle ils peuvent prétendre dans le cadre de leur nomination, de conserver le bénéfice d'un indice brut fixé de manière à maintenir le niveau de leur rémunération antérieure. Il n'est pas tenu compte pour l'appréciation du niveau de la rémunération antérieure des éléments accessoires liés à la situation familiale, au lieu de travail et aux frais de transport. L'IFSE, qui est une indemnité instituée par un texte réglementaire, constitue un élément de la rémunération au sens de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 précité. Elle doit par suite, en l'absence d'exclusion spécifique prévue par le III de l'article 5 du décret du 11 mai 2016, être prise en compte dans le montant de la rémunération dont bénéficient les agents contractuels lors de leur titularisation, dès lors qu'ils sont affectés à une fonction ouvrant droit au versement de cette indemnité. Le fait que cette indemnité soit versée en tenant compte des fonctions exercées et non de l'indice de l'agent et qu'elle ne soit pas prise en compte dans le calcul de la retraite est sans influence à cet égard. Il en résulte que M. C n'est pas fondé à soutenir que le ministre des armées ne devait pas tenir compte du III de l'article 5 du décret du 11 mai 2016 pour calculer le montant de sa rémunération après reclassement, hors IFSE. Par ailleurs, la ministre des armées expose sans être contredite que le montant de la rémunération perçue par M. C après sa titularisation, compte tenu du classement résultant de l'arrêté attaquée et de la perception de l'IFSE, s'établit à 2 122,29 euros, soit une somme supérieure à la moyenne des six meilleures rémunérations perçues pendant les douze derniers mois avant la nomination du requérant, qui s'établit à un montant de 1 958,75 euros. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M C tendant à obtenir l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2019 portant prise en compte et affectation d'un agent contractuel dans le corps des adjoints administratifs, ensemble la décision de rejet du 10 juillet 2019, doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022 .

Le rapporteur,

S. B

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme ;

La greffière,

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