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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1907156

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1907156

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1907156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBENHAROUN SAMOUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2019, et régularisée le 12 août 2019, Mme C B, représentée en dernier lieu par Me Boudry, demande au tribunal :

1°) de déclarer illégale la décision du 5 juin 2018 (également mentionnée comme prise le 20 juin 2018) par laquelle le directeur de l'établissement public de santé national de Fresnes a refusé de prendre en charge des frais médicaux, pharmaceutiques et soins divers au titre de la législation sur les accidents de service ;

2°) de prononcer la nullité de l'ensemble des décisions subséquentes, y compris celles du 18 juin 2019, par lesquelles le directeur de l'établissement public de santé national de Fresnes l'a placée à demi-traitement ;

3°) de juger qu'elle est en rechute d'accident du travail depuis le 7 décembre 2017 et qu'elle n'est pas consolidée à ce jour ;

4°) d'ordonner le versement rétroactif de son entier salaire depuis le 1er avril 2018 jusqu'au 31 juillet 2019, soit sur les seize derniers mois, sur la base d'un traitement indiciaire de 1 719,77 euros et du calcul de sa prime de service, de ses transferts prime point, et indemnités de résidence - prime exceptionnelle et prime forfait risque -, sous réserve, d'une part, du paiement de son plein salaire jusqu'à la reprise effective de son travail actée par consolidation et certificat de reprise ;

5°) dire que ce calcul devra lui être soumis pour approbation sur la période du 1er avril 2018 à fin juillet 2019, soit seize mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

6°) dire que le paiement rétroactif de son salaire à plein traitement devra intervenir au plus tard dans le mois suivant le rendu de la décision à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

7°) de mettre à la charge de l'établissement public de santé national de Fresnes la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 5 juin 2018, qui comporte la mention des voies et délais de recours, ne lui a jamais été notifiée ; cette décision a été portée à sa connaissance par un courriel du 19 janvier 2019 adressé à son conseil ; le point de départ de la présente requête pour excès de pouvoir doit être fixée au 19 janvier 2019 et, en application de la jurisprudence Czabaj, le dépôt du recours expire au 1er janvier 2020 ; à supposer que la réponse du directeur de l'établissement public de santé national de Fresnes du 19 décembre 2018 soit constitutive d'une décision recognitive, le dépassement des délais de recours initiaux n'entraîne aucune forclusion en l'absence de toute notification régulière de la décision du 5 juin 2018 ; les décisions portant demi-traitement notifiées, motivées et fondées sur cette décision du 5 juin 2018 doivent être annulées ;

- c'est à tort qu'elle a été considérée comme étant en maladie ordinaire sur le fondement de la décision du 5 juin 2018 qui ne lui a pas été notifiée et d'avis médicaux contradictoires et erronés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2019, l'établissement public de santé national de Fresnes, représenté par son directeur en exercice, représenté par Me de Bary, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- le moyen soulevé par Mme B n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 21 novembre 2019, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 décembre 2019 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rozes substituant Me de Bary, représentant l'établissement public de santé national de Fresnes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agent des services hospitaliers titulaire au sein de l'établissement public de santé national (EPSN) de Fresnes depuis le 2 mai 1988, a été victime, le 29 décembre 2016 à 15 h 45, d'une chute, alors qu'elle attendait le bus pour rentrer à son domicile, qu'elle a déclarée comme accident de trajet. Le directeur de l'EPSN lui a accordé, par décision du 28 février 2017, retirant ainsi implicitement mais nécessairement la décision du 19 janvier 2017 par laquelle il avait refusé de reconnaître cet accident comme un accident de trajet, le bénéfice des dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 ainsi que le remboursement des frais médicaux, pharmaceutiques et soins divers. Le directeur de l'EPSN de Fresnes a, le 27 mars 2017, pris une décision de même portée au vu du certificat médical de " rechute " du même jour. Par une décision du 31 octobre 2017, il a accordé à Mme B le bénéfice des dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 ainsi que le remboursement des frais médicaux, pharmaceutiques et soins divers respectivement jusqu'au 31 mars 2018. Le 6 décembre 2017, Mme B a déclaré une " rechute " de l'accident de trajet initial et s'est vu prescrire un arrêt de travail jusqu'au 20 décembre 2017. A la demande du directeur de l'EPSN, deux expertises médicales ont été réalisées par un premier médecin expert agréé, qui a rendu ses conclusions le 4 janvier 2018, puis, par un second médecin spécialiste agréé, chirurgien orthopédique, qui a rendu ses conclusions le 23 mars 2018. Dans son avis du 22 mai 2018, la commission de réforme a émis un avis défavorable à la prise en charge de la " rechute " déclarée par l'agente au titre de l'accident initialement déclaré. Par une décision n° 116/DRH/2018 du 5 juin 2018 et tenant compte de cet avis de la commission de réforme, le directeur de l'EPSN de Fresnes a refusé de prendre en charge les frais médicaux, pharmaceutiques et soins divers au titre des dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986. Le 20 juin 2018, par une décision prise sous le même numéro, le directeur de l'EPSN a entendu modifier sa précédente décision en plaçant, en outre, Mme B en congé de maladie ordinaire à compter du 6 décembre 2017. Par cinq décisions des 8 août et 3 octobre 2018, retirant implicitement mais nécessairement la décision du 10 septembre 2018, puis des 16 avril, 13 mai et 18 juin 2019, le directeur de l'EPSN, qui a placé l'intéressée en congé de maladie ordinaire, a maintenu son demi-traitement sur une période courant du 18 juin au 1er décembre 2018, puis du 12 mars au 31 juillet 2019. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 20 juin 2018, rectificative de celle du 5 juin 2018, ainsi que celle des décisions des 8 août et 3 octobre 2018, puis des 16 avril, 13 mai et 18 juin 2019.

2. En premier lieu, et contrairement à ce que soutient Mme B, les décisions contestées par lesquelles le directeur de l'EPSN de Fresnes l'a placée en congé de maladie ordinaire à demi-traitement ne procèdent pas de la " décision notifiée tantôt le 5 juin 2018 tantôt le 20 juin ". Ainsi, la circonstance que cette décision ne lui aurait pas été régulièrement notifiée n'est pas de nature à avoir privé de base légale ces décisions. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa version en vigueur à la date de la décision litigieuse : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () ; / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. (). / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / () ".

4. La rechute d'un accident de service se caractérise par la récidive ou l'aggravation subite et naturelle de l'affection initiale après sa consolidation sans intervention d'une cause extérieure.

5. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné en cas d'accident de service non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de la pathologie du fonctionnaire, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service. Doivent être pris en charge au titre de l'accident de service les honoraires médicaux et frais directement exposés à la suite d'une maladie professionnelle ou d'un accident reconnu imputable au service par celui-ci, y compris, le cas échéant, s'ils sont exposés postérieurement à la date de consolidation constatée par l'autorité compétente.

6. D'une part, s'il ressort des pièces versées au dossier, et notamment du certificat médical du 2 février 2017, que le médecin traitant de Mme B a conclu à une consolidation avec séquelles à la date du 9 février 2017 et que le médecin spécialiste agréé a estimé, dans les conclusions de son expertise médicale du 23 mars 2018, qu'elle était regardée comme consolidée à la date du 16 mars 2018, il ne ressort, en revanche, d'aucune des pièces du dossier que le directeur de l'EPSN de Fresnes aurait constaté la date à laquelle l'état de santé de la requérante était consolidé. Dans ces conditions, Mme B ne peut, à l'appui d'une argumentation confuse, se prévaloir d'une rechute de l'accident de trajet dont elle a été victime le 29 décembre 2016 pour soutenir que le directeur de l'EPSN de Fresnes aurait, à tort, refusé de faire application des dispositions précitées de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 en la plaçant en congé de maladie ordinaire à demi-traitement.

7. D'autre part, à supposer que Mme B, qui soutient maladroitement, que l'arrêt de maladie qui lui a été prescrit par son médecin traitant le 6 décembre 2017 s'inscrit dans un contexte de " maladie professionnelle suite à l'accident de trajet initial " et que " les arrêts de travail [qui lui ont été prescrits] sont des " arrêts de travail de prolongation pour maladie professionnelle ", puisse être regardée comme se prévalant du lien entre les douleurs actuelles et son accident de trajet du 29 décembre 2016, elle n'apporte, en tout état de cause, aucun élément pertinent de nature à contredire les conclusions de l'expertise médicale du 23 mars 2018 du médecin spécialiste agréé et à remettre en cause les constatations de la commission de réforme dans son avis du 22 mai 2018. Il ressort des pièces du dossier que le directeur de l'EPSN de Fresnes a, par une décision du 28 février 2017, accordé à Mme B le bénéfice des dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 ainsi que le remboursement des frais médicaux, pharmaceutiques et soins divers au titre de l'accident de trajet dont elle a été victime le 29 décembre 2016, à l'occasion duquel son médecin traitant a constaté une " contusion rachidienne ". Le 6 décembre 2017, le médecin traitant de

Mme B, qui a constaté une " céphalée sur névralgie post-traumatique ", lui a prescrit un arrêt de travail jusqu'au 20 décembre 2017. Le directeur de l'EPSN de Fresnes, saisi de la demande d'imputabilité au service des douleurs dont elle souffrait toujours à la date du 6 décembre 2017, a soumis à l'examen d'un médecin généraliste agréé, sa situation, lequel a relevé, dans ses conclusions du 4 mars 2018, des douleurs à l'épaule gauche soit une tenosynovite, une abduction du bras gauche limitée à 40 % et une cervicalgie, sans se prononcer sur le lien entre les douleurs actuelles et l'accident de trajet initial du 29 décembre 2016, et conclut que Mme B ne pouvait reprendre immédiatement son travail et à la nécessité de recueillir un avis spécialisé et de réaliser un examen d'imagerie par résonnance magnétique. Le médecin spécialiste agréée, chirurgien orthopédique, saisi par le directeur de l'EPSN de Fresnes, a conclu le 23 mars 2018, à l'issue de l'expertise médicale réalisée le 16 mars 2018, que la requérante ne pouvait actuellement reprendre ses activités professionnelles du fait de l'existence d'une pathologie sans rapport avec son accident de travail et qu'elle présentait une " pathologie intercurrente qui [devait] être prise en charge au titre de la maladie ordinaire ", laquelle justifiait un arrêt de travail jusqu'à l'amélioration de son symptômes. Au vu de cette expertise médicale, la commission de réforme a, le 22 mai 2018, émis un avis défavorable au motif que " la pathologie est indépendante de l'accident initial ". Or, aucune des pièces produites par Mme B, à savoir les certificats médicaux établis les 15 mars et

6 novembre 2018 par son médecin traitant, médecin généraliste, et les résultats de l'examen d'imagerie par résonnance magnétique du 1er mars 2018 et du scanner du 13 novembre 2018, ne permettent de contredire efficacement les constatations de l'expertise médicale du 23 mars 2018 et de la commission de réforme dans son avis du 22 mai 2018. Dans ces conditions, Mme B, qui ne démontre pas le caractère erroné et contradictoire de ces constatations, n'établit pas que les troubles qu'elle invoque sont en lien direct et certain avec son accident de trajet initial. Le moyen invoqué ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par l'EPSN de Fresnes, que la requête de Mme B doit, dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, être rejetée. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme que l'EPSN de Fresnes demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'établissement public de santé national de Fresnes présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à l'établissement public de santé national de Fresnes.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1907156

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