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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1908003

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1908003

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1908003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantLERAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 septembre 2019 et 2 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2019 par lequel le maire de Dampmart a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie constatée le 11 janvier 2019 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Dampmart, à titre principal, de retirer la décision contestée de son dossier administratif et de prendre un arrêté portant reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Dampmart la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2022, la commune de Dampmart, représentée par Me Cazin, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit ordonné, avant-dire droit, une expertise médicale, au sursis à statuer dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mentfakh, conseillère,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lerat, représentant Mme A.

Une note en délibéré présentée pour la commune de Dampmart a été enregistrée le 5 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, titulaire du grade d'adjointe technique territoriale de deuxième classe, est affectée sur un poste d'agente polyvalente au sein du service de restauration scolaire de la commune de Dampmart. A compter du 11 janvier 2019, elle a été placée en congé de maladie. Par un courrier du 22 janvier 2019, Mme A a saisi le maire de Dampmart d'une demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie. Par un arrêté du 11 juillet 2019, notifié le 8 août suivant à l'intéressée, le maire de Dampmart a refusé de reconnaître la maladie de l'agente, constatée le 11 janvier 2019, comme imputable au service. Par un courrier du 7 août 2019, reçu le 13 août, l'intéressée a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Le silence gardé pendant plus de deux mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet à la date du 13 octobre 2019. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige et sa rédaction alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".

3. Les droits des agents publics en matière de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle la maladie est diagnostiquée.

4. L'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique, est manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. Cet article n'est donc entré en vigueur, en tant qu'il s'applique à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 13 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 est demeuré applicable jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019.

5. Il s'ensuit que, dès lors que la pathologie dont souffre Mme A a été diagnostiquée le 11 janvier 2019, il convient de se référer aux dispositions du 2ème alinéa du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dans leur version antérieure à leur modification par l'ordonnance du 19 janvier 2017 et aux dispositions réglementaires alors en vigueur prises pour son application.

6. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Il en résulte qu'à défaut de démonstration de circonstances particulières tenant aux conditions de travail de l'agent, qui seraient de nature à conduire tout agent exposé à ces conditions à développer la pathologie dont il souffre, cette pathologie ne peut être regardée comme imputable au service.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'une visite du médecin de prévention sur le lieu d'exercice de ses fonctions, il a été diagnostiqué chez Mme A une " épitrochléite droite " au coude, le 11 janvier 2019, et confirmée par une imagerie à résonnance magnétique. Aux termes de sa fiche de visite, celui-ci a estimé qu'elle souffrait d'une " épicondylalgie droite " évoluant depuis plusieurs mois, le lien avec le poste de travail en restauration scolaire de l'intéressée, l'exposant aux gestes répétitifs mains/poignets, étant " très probable ". Dans le cadre de l'instruction de la demande présentée par Mme A tendant à voir reconnaître imputable au service sa maladie, dans son rapport d'expertise du 7 mars 2019, le médecin rhumatologue agréé saisi a notamment conclu à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie localisée au coude droit de la requérante, écartant tout état préexistant ou affection indépendante évoluant pour son propre compte. Au vu notamment de ces pièces médicales, le 15 mai 2019, la commission de réforme a émis, à l'unanimité de ses membres, un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie de Mme A en confirmant qu'il existe un lien direct entre la pathologie déclarée et le poste de travail exercé par l'intéressée.

8. Contrairement à ce que soutient la commune défenderesse, premièrement, par son objet même, la demande d'imputabilité au service présentée par Mme A précisait que la maladie avait été contractée à l'occasion de ses fonctions. Deuxièmement, les circonstances alléguées, d'une part, que la requérante ne s'est pas manifestée auprès d'elle antérieurement à sa demande et qu'ainsi, une telle information aurait pu lui permettre de prendre ses dispositions et de proposer un nouveau poste à l'intéressée et, d'autre part, qu'aucune expertise médicale ne détermine la date de contraction de la maladie, sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Troisièmement, eu égard aux éléments exposés au point précédent, l'administration ne peut sérieusement faire valoir que les avis médicaux émis ne concluent pas expressément à l'existence d'un lien direct entre la maladie et le service, ces allégations manquant en fait. Quatrièmement, la commune se prévaut de ce que le maire n'était pas tenu de suivre l'avis de la commission de réforme qui, selon elle, aurait été rendu uniquement au vu de documents fournis par Mme A ou son médecin traitant. Certes, l'avis consultatif de cette instance médicale ne lie pas l'autorité territoriale. Pour autant, émis par la commission qui s'est prononcée au vu du dossier de l'agente transmis et des conclusions du médecin spécialiste agréé, il constitue une pièce qui lui appartient de prendre en compte pour l'appréciation de l'imputabilité au service. Or, dans les circonstances de l'espèce, aucune pièce versée au dossier, notamment médicale n'est de nature à remettre utilement en cause le sens de cet avis rendu à l'unanimité de ses membres médecins. Dernièrement, l'administration se prévaut des termes du médecin agréé dans son rapport selon lesquels : " Mme A nous indique souffrir du coude droit depuis juin-juillet 2018 " / " il ressort de l'historique relatif aux absences que Mme A aurait fait l'objet de multiples arrêts de travail. Il ne peut être exclu que Mme A était déjà atteinte de cette pathologie ", dont les symptômes se sont manifestés en 2019 ou 2018. Cependant, la réalité des multiples absences de la requérante n'est étayée par aucune pièce et l'existence d'un état antérieur, écarté par le médecin lui-même, ne ressort pas des pièces du dossier. De plus, la circonstance que le médecin expert ait relevé l'apparition de la symptomatologie à juin-juillet 2018 ne saurait révéler, en elle-même, l'existence d'une pathologie antérieure. Ainsi, il ressort de l'ensemble des pièces versées au dossier que la maladie de la requérante présente un lien direct avec l'exercice de ses fonctions ou avec ses conditions de travail de nature à en avoir suscité le développement. Dans ces conditions, le maire de Dampmart a entaché l'arrêté en litige d'une appréciation inexacte au regard des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, ni statuer sur les conclusions de la commune de Dampmart tendant à ordonner une expertise médicale qui ne présente pas d'utilité et surseoir à statuer dans l'attente du dépôt du rapport de cette expertise, Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire du 11 juillet 2019 par lequel il a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie constatée le 11 janvier 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

11. D'une part, l'exécution du présent jugement, eu égard à ses motifs, implique nécessairement que le maire de Dampmart prenne une décision portant reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie de Mme A diagnostiquée le 11 janvier 2019. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à l'autorité territoriale d'y procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

12. D'autre part, elle implique que la collectivité procède au retrait de l'arrêté du 11 juillet 2019 contesté du dossier individuel de la requérante, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Dampmart une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le défendeur sur ce même fondement.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 juillet 2019 en tant que le maire de Dampmart a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme A constatée le 11 janvier 2019 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Dampmart de prendre une décision portant reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A ayant justifié les arrêts de travail à compter du 11 janvier 2019, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Il est enjoint à la commune de Dampmart de procéder au retrait de l'arrêté du 11 juillet 2019 contesté du dossier individuel de Mme A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : La commune de Dampmart versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Dampmart aux fins d'expertise et de sursis à statuer, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Dampmart.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Mentfakh, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

L. MENTFAKH

La présidente,

M. CLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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